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CHAPITRE QUATRIÈME

Après le traité de Saint-Germain en Laye (mars 1632), qui rendit à la France l'Acadie et le Canada, les Jésuites revinrent seuls, — Richelieu ayant jugé qu'un seul ordre religieux donnerait plus d'unité aux travaux des missions.

Les PP. Paul Le Jeune et Anne de Noue s'embarquèrent dès le 18 avril, 1632.

Les PP. Jean de Brébeuf et Ennemond Massé revinrent en 1633, suivis, en 1634, des PP. André Richard, Julien Perrault, (J) Charles Lalemant, Jacques Buteux, et, les années suivantes, de plusieurs autres, parmi lesquels on remarque Jean Dequen, Charles Garnier, Paul Ragueneau, Isaac Jogues, Jérôme Lalemant. Beaucoup de ces noms reviendront souvent en notre récit.

Dès 1635 les Jésuites jetaient, près du fort, les fondements de leur collège, (2) le premier qui ait été fondé en Amérique. Ce ne fut d'abord qu'une humble école de grammaire et d'instruction religieuse. Bientôt, à la demande des parents, vint l'enseignement du latin, de la rhétorique, des mathématiques, et, lorsque, en 1659, arriva Monseigneur de Laval et qu'il conçut le dessein de former un clergé national, il trouva des élèves ayant fini

1 Rochemonteix, op. cit., I, 188, 189.

2 Le marquis de Gamaches, dont le fils aîné René Rohault était novice chez les Jésuites, donna pour cette fin une somme de seize mille écus d'or, à laquelle il ajouta de son vivant une rente annuelle de trois mille livres. — Ibid., 206,207. Le bâtiment élevé sous la direction du père Le Jeune était en bois. Détruit par l'incendie en 1640, rebâti plus vaste sous la direction du Fr. Liégeois, il fut de nouveau reconstruit et agrandi en 1727. Il servit de caserne après la conquête et fut enfin démoli en 1877. Le site en est occupé aujourd'hui par l'hôtel de ville, en face de la basilique de Québec. Rochemonteix, I, 219, s. 222, note, 224, etc. L'église avait été rasée dès 1807.

leurs classes de lettres, tout prêts à l'étude de la philosophie et de la théologie.

Le supérieur des Jésuites au Canada était le P. Le Jeune (0 qui, abstraction faite de ses éminentes qualités personnelles, mérite ici une mention spéciale, comme fondateur et premier supérieur de la mission de Sillery.

Né à Châlons-sur-Marne de parents calvinistes, dès sa jeunesse, docile à la grâce qui l'attirait depuis son enfance, il abjura, malgré ses parents, la détestable erreur et alla se ranger sous la bannière de saint Ignace. Il joignait à une haute intelligence, une âme ardente, un cœur brûlant de charité, une volonté de fer. Mais il savait maîtriser les élans de son impétueuse nature, tempérer l'inflexibilité native de son caractère pour ne laisser paraître, dans ses rapports avec autrui, qu'une inaltéra-

1 Paul Le Jeune, né au mois de juillet 1591, entra chez les Jésuites à Rouen, le 22 septembre 1613. De 1615 à 1618, il fait trois années ds philosophie à La Flèche. Puis il devient professeur de cinquième à Rennes (1618-1619), et à Bourges de troisième (1619-1620), de seconde (1620-1622) ; de 1622 à 1626, il étudie quatre ans la théologie au collège de Clermont à Paris ; il professe la rhétorique à Nei de 1626 à 162S ; en 1628-1629, il fait sa troisième année de probation à Rouen sous le père LouisL alemant. En 1629-1630, il est professeur de rhétorique à Caen et directeur de la Congrégation des messieurs ; 1630-1631, prédicateur à Dieppe ; 1631-1632, supérieur de la résidence de Dieppe ; 1632-1633, supérieur général de la mission du Canada. — Prot'ès des quatre vœux le 15 août 1631. [Catal. Prov. Franciacin arch. gen.) Rochemonteix, Les Jésuites et la .Y(>//r'. France, I; 10 . bs. Nous empruntons à ce magistral ouvrage les principaux traits de la physionomie du P. Le Jeune. Ce ne sera pas du reste notre seul emprunt, sauf à renvoyer fidèlement l'honneur à qui de droit. Par la rich< de la documentation, par l'importance et la multiplicité de- rena gnements, le livre du P. de R.ochemonteix, sur l'œuvre de nos vi< missionnaires, est absolument hors de pair.

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