CHAPITRE CINQUIEME
Cependant, Dieu qui voulait cette âme tout entière, lui avait fait comprendre par des coups éclatants l'instabilité de ces grandeurs humaines dont le charme la retenait captive : le trop fameux Concino Concini, maréchal d'Ancre, tué en 1617, dans la Cour du Louvre, par Vitry, capitaine des gardes ; la reine Marie de Médicis tombée en même temps du pouvoir et reléguée à Blois, en attendant que, peu d'années après, elle dût quitter le beau pays de France. Le commandeur lui-même, enveloppé, en 161 7, (!) dans la disgrâce de sa bienfaitrice, puis rentré en faveur en 1620, et envoyé, comme on a dit, en ambassade à Rome, se vit, au mois de mars 1624, (2) raP~ pelé sous prétexte de rendre compte au roi de ses négociations avec le pape au sujet de ta Valteline, (3) mais en réalité pour être désavoué (4) et partager la déchéance de son frère, le chancelier, et de son neveu, le secrétaire d'Etat. Toute la famille des Brulart s'était opposée à l'entrée de Richelieu au conseil (5) et le tout-puissant ministre en avait probablement conservé un souvenir
1 La note 5, op. cit., p. 216, ss., ayant trait à un panégyrique de S. Fr. de Sales prononcé à Paris en 1630, et qui contribua à mettre fin aux hésitations de M. de Sillery, dit qu'elles avaient duré '• quatorze ans," ce qui nous reporte à 161 7.
2 La disgrâce eut lieu à dix-huit mois de la letire du 28 septembre 1622. — Note de M. d'Avenel avec renvoi à 1' "Histoire des guerres et négociations qui ont précédé le traité de Westphalie," par le P. Bougeant.
3 Richelieu, après avoir fait décider par la Sorbonne s'il pouvait faire la guerre au Pape, voulait s'emparer de ce petit pays tant disputé et en chasser les Espagnols.
4 D'après une note d'Avenel, op. cit., à la suite de la lettre de Richelieu citée plus haut, p. 731, 732.— On peut lire le récit de ces intrigues dans l'ancienne Vie de Richelieu déjà citée, I, 107, ss.
5 M. d'Avenel. op. et loc. cit.
plus vivace que des services rendus. Ainsi Dieu, comme il fait parfois pour les âmes hésitantes, rompait lui-même les liens de son serviteur.
Au milieu de ces revers, les appels de la grâce devenaient plus pressants. Le jubilé de 1625 fut pour le commandeur, l'époque décisive : son âme. inondée des consolations divines et illuminée d'une vive clarté, comprit l'impossibilité de servir plus longtemps deux maîtres, de rester plus longtemps partagée entre le monde et Jésus-Christ.
Dès lors, bien qu'il fût encore six ans avant de quitter entièrement l'embarras des affaires, il commença à se séparer peu à peu de ce faste qu'il aimait, de cette suite de courtisans dont les hommages lui étaient si agréables. On le vit s'adonner avec ardeur aux exercices de la piété, assidu aux prédications, passer au pied des autels de longues heures, à genoux sans mouvement, redoubler ses libéralités et ses aumônes, visiter la mansarde du pauvre, les hôpitaux, les prisons, à la recherche de misères à soulager, Au lieu de pages et de gentilshommes qui l'accompagnaient naguère, une feule de mendiants lui faisait cortège.
Madame de Trelon lui ayant demandé d'où pouvait venir ce grand changement : " Ma sœur, dit-il, je irai " fait que de tourner la médaille, c'est-à-dire taire et " employer pour Dieu ce que je faisais pour le monde " et la vanité. "
Il se mit en relation avec les âmes les plus saintes de ce temps. Le célèbre P. de Condren, général de l'Oratoire, qu'il voyait souvent, disait que M. de Sillery ki serait un jour un des pins fidèles ministres de Jésus-
ki Christ, des plus zélés défenseurs de sa gloire et un