‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 43 sur 295 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

palais devenu plus tard le Palais Royal. Ce fut pour le commandeur un rude sacrifice : la pensée que sa chapelle serait détruite lui était particulièrement cruelle. " Ah ! ' soupirait-il, faut-il que je voie ma chapelle que j'ai tant ' pris de complaisance et de plaisir à orner et à embel- ( lir, où j'ai fait tant de vœux, où j'ai tant de fois vu 1 offrir l'adorable sacrifice de notre salut, où j'ai tant ' répandu mon cœur en la présence de Dieu, faut-il que ' je la voie détruite pour mettre des carrosses et des ' chevaux". Le chevalier de Villegagnon, l'ayant entendu ne put retenir cette réflexion : " Je pensais que le c cœur de mon oncle ne tenait plus à rien : mais il ' n'était pas encore détaché de son hôtel ". Le vertueux gentilhomme comprit, et ce dernier lien fut brisé comme les autres.

Il vendit son riche mobilier, en donna le prix aux églises et aux pauvres, et, avec quelques serviteurs et trois ecclésiastiques dont il avait fait ses commensaux, vint, au mois de juillet, habiter une maison que lui avaient offerte les Visitandines près de leur monastère. (*) Il fit, à ses frais, ajouter un grand corps de logis, rehausser et planter le jardin, puis, trouvant trop petite la chapelle du couvent, résolut d'en bâtir une autre avec cette magnificence qu'il mettait en toute chose. Le célèbre architecte Mansard fut appelé d'Italie pour donner les plans et présider à leur exécution. Le commandeur posa la première pierre, le trente -un octobre 1632 (2) .

1 Note 9, op. cit. p. 2T9. s.

2 Elle portait cette inscription : — " Du règne de Louis XIII, roi " de France et de Navarre et de l' illustrissime Jean-François de Gondi, " archevêque de Paris, supérieur du monastère, a été posée la pre- " mière pierre de cette église, par Messire Noël Brulart de Sillery,

6o première! partie, 1541-167*)

Pour accélérer les travaux, il distribuait de l'argent aux ouvriers, au nombre de plus d'un cent, ou leur faisait festin. Il prenait soin des âmes mieux encore que des corps, donnant lui-même ou faisant donner des sermons à ces pauvres gens et même une mission entière. L'église, imitée de Sainte-Marie de la Rotonde, à Rome, était un dôme assez élevé reposant sur quatre arcs que supportaient des piliers corinthiens avec corniche tout autour. (!) Elle fut dédiée, en 1635, par André Frémyot, archevêque de Bourges et frère de sainte Jeanne de Chantai. Par une de ces iniquités inexpiables, comme l'esprit révolutionnaire, menteur et voleur dès le principe, en a tant à son crédit depuis quatre-vingt-neuf jusqu'à nos jours, cette église, où le pieux commandeur voulait que Dieu fût glorifié à perpétuité par l'oblation du saint sacrifice, est devenue à la suite de la révolution française et est encore le temple protestant de la rue Saint-Antoine. (2)

* A la fin de cette même année 1632, où il jetait les fondations de la chapelle des filles de Sainte-Marie, (3) le jour des Saints-Innocents, il revêtit l'habit ecclésiastique

" chevalier, baillif et grand-croix de l'ordre de Saint-Jean de Jérusa- " lem, commandeur des commanderies de Troyes et de la Ville-Dieu. " en l'honneur et dévotion de la glorieuse Vierge Marie et du bien- " heureux François de Sales, en son vivant évêque et prince de Ge- " nève, instituteur de l'ordre des filles de la Visitation Sainte-Marie, ".dont cette maison est le sixième monastère. Fait le 31 octobre " 1632. "

1 Note 8, op. cit. p. 220, 321.

2 Note des éditeurs, p. 66, et note 14. p. 226. — Confirmé par une lettre de la R. sœur secrétaire de la Visitation de Paris, en date du 3 février 1902, en réponse à une demande de renseignements que nous avons faite par l'entremise de M. Victor Retaux.

3 On appelait ainsi à cette époque les religieuses visitandiius

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