CHAPITRE SEPTIEME
" démis et dévestu au profit de la ditte résidence, vou-
" lant que, du dit revenu, il en soit basti faite et
" parfaite une chapelle, dans tro's ans en la ditte rési- " dence des Pères, laquelle sera consacrée aux grandeurs "de la très Sainte Vierge et que, du surplus, la ditte " résidence des dits Pères en jouisse pour son entretien et " l'arrest des sauvages qui se voudront faire chrétiens, " n'entendant que le dit revenu soit diverti ailleurs. . ." Cependant, si, pour de bonnes raisons, la mission de Saint-Joseph était transportée en autre lieu, la rente était maintenue mais le " donateur entend que le lieu " ou résidence choisie pour ce changement portera le " même nom de Saint-Joseph, et y sera bastie une cha- " pelle et célébrée une messe en la même façon et aux " mêmes intentions que ci-dessus "
Lorsque le P. Le Jeune apprit cet acte de munificence chrétienne, il en fut vivement touché et voulut en remeicier le généreux bienfaiteur U) : "
" A peine ai-je commencé le premier mot de ma " lettre, qu'il m'a fallu tout quitter pour me retirer à " part, tant mon cœur et mes yeux me pressaient. Je " vous confesse que, repassant dans mon esprit ce que " vous me demandez, et voyant vos prodigieuses bontés " pour nos sauvages, il m'a fallu bénir Dieu, avant de " passer plus outre, et le remercier des grâces qu'il vous " a faites, et à nous, par votre entremise. Si j'avais l'aile " assez forte, je vous irais trouver pour passer les jours " et les nuits avec vous à parler de Dieu, car je sais bien " que votre cœur est à lui. Hâtons-nous, Monsieur, " hâtons-nous, pendant le court pèlerinage de notre vie !
1 Texte d'après la brochure anonyme déjà citée, p. 14.
" J'ai lu et vu vos intentions pour la fondation de messes " que vous désirez être dites à perpétuité. Quand je vins " à ces mots : Le prêtre se regardera comme le chape- " lain de Notre-Dame, 00 je fus touché, et je sentis en 11 moi-même un grand désir que ce bonheur m'arrivât, " et Dieu m'a exaucé, car notre Révérend Père Supé- " rieur m'a dit que c'était votre intention que je me " chargeasse de cette commission que j'ai reçue avec joie. " Il faut que je vous confesse que votre humilité m'ané- " antit fort ; vous me déclarez vos sentiments avec une " candeur qui me donne de la confusion. Je suis dans " de plus grandes espérances que jamais, que Dieu par " votre moyen réduira nos sauvages ; il vous a choisi, " pour ce grand ouvrage, rendons-lui grâce tous deux". .
Pendant les premières années, ce père, un des hommes les plus remarquables que la compagnie de Jésus ait envoyés au Canada, dirigea lui-même la mission de Sillery. Le trois septembre, 1640, la vénérable Marie de l'Incarnation écrivait : " Le P. Le Jeune qui est le " principal ouvrier qui a cultivé cette vigne, continue à " y faire des merveilles. Il presche le peuple tous les " jours et lui fait faire tout ce qu'il veut. " (2)
Il y fit le premier baptême, le huit avril 1638, d'un adulte qui mourut peu après. Le précieux registre de Sillery, qui nous apprend ce détail, nous montre encore plusieurs fois le nom du P. Le Jeune, suivi, jusqu'à la
1 Ces mots ne sont pas dans l'acte de fondation qu'on vient delire. On les a vus plus haut, p. 61, dans la fondation d'une messe à la Visitation de Paris. Une pièce semblable avait apparemment été envoyée à Sillery .
2 Lettre à une dame de qualité, I, 6S ; '3 septembre. [I