CHAPITRE NEUVIÈME
En effet, d'après les catologues annuels confirmés par le liber baptisalortim, où son nom revient souvent, il y exerça la charge de supérieur, presque sans interruption, de 1641 à 1648 inclusivement. Il fut plus tard supérieur de la maison de Québec, 1656- 1659. Né" à Amiens en 1603 et entré au noviciat en 1620, il vint au Canada en 1635 après avoir enseigné les humanités au collège d'Eu. Sans avoii l'intelligence supérieure des Le Jeune, des Paul Ragueneau ou des Jérôme Lalemant, ni cette fermeté de volonté, qui brise les obstacles, et dont il aurait eu besoin dans les circonstances difficiles qui accompagnèrent l'arrivée de M. de Queylus, c'était un religieux plein de douceur, de bonté, de zèle, puisant, dans son amour pour Dieu et pour les âmes, le courage du sacrifice. I1) Nous l'avons vu en 1639 risquer sa vie au chevet des varioles, nous le verrons tomber en 1659 victime de sa charité.
Au mois de juillet, arrivèrent les PP. René Ménard et Joseph Imbert Duperon (2) qui, toujours d'après les mêmes documents, devaient,-le dernier surtout, - passer à Sillery plusieurs années. (3)
grand Condé à Bourges (janvier 1630-octobre 1632.) Il n'avait alors que vingt-deux ans (né en 1608) et n'était pas encore prêtre. Il fut longtemps missionnaire des Hurons et c'est lui qui en ramena les débris à Québec en 1650. Il a le premier fait mention de la chute de Niagara. Il retourna en France en 1662 et mourut à Paris en 1680. Ses confrères lui ont reproché trop d'inclination à s'occuper d'affaires politiques. — V. Rochemonteix, op. cit., II, 70, s., 110, note et surtout 183, ss., note.
1 Voir le P. de Rochemonteix, op. cit., I, 267, note 2, 214.
2 On verra plus loin quelques notes sur ces missionnaires.
3 L,e P. René Ménard, 1640-1641-1642. Catal. Annuels. Cela ne peut s'entendre d'un séjour continuel. — Le P. Jos. Duperon, 1640-1641- 1642 — 1647, 1648, 1650.
Il y avait en outre deux frères coadjuteurs, Jacques Ratel, menuisier, et Pierre Fauté, forgeron. U)
En cette année quatre petits logements furent construits, où quatre nouvelles familles trouvèrent refuge. " Le tout peut revenir, dit le P. Le Jeune, à quatre ou " cinq cents écus ; hélas ! ce n'est qu'un coup de dez en " France, ou une simple collation, et dans nos grands " bois, c'est le salut de quatre pauvres familles, qui peut- " estre ne verraient jamais Dieu si on ne leur portait ce " secours ". (2)
Triste réflexion que la vue de leurs œuvres, paralysées par le défaut de ressources, a dû inspirer à tous les hommes apostoliques, au souvenir des dispendieuses folies mondaines.
Un des premiers soins des chrétiens de Sillery fut de faire une assemblée pendant la nuit, afin d'exhorter leurs frères encore infidèles à embrasser la foi. Les principaux d'entre eux, Noël Négabamat, Jean-Baptiste Ekhinechkaouat, Etienne Pigarouich, prirent tour à tour la parole. L'ancien sorcier ayant mis dans sa harangue un zèle un peu trop ardent, un païen, qui n'avait pas encore perdu toute son arrogance, répondit : " Je vois " bien qu'on nous veut chasser. Si on pense nous faire u sortir de force, il faut jouer à qui l'emportera, celui " qui perdra la partie cédera. Nous écoutons tous les " jours les pères, nous n'improuvons pas ce qu'il disent ; " mais nous ne croyons pas pouvoir retenir ce qu'ils en- " seignent, ni garder ce qu'ils recommandent ; il ne se u faut pas hâter, les forces viennent avec l'âge. J'ai en
1 Catal. annuels, — 1640, 1641, 1642. Le Fr. Fauté, encore en 1643 ou 164.4.
2 Relation 1640, cli . 5.