CHAPITRE ONZIÈME
et manifesté clairement leur désir d'avoir des arquebuses, M. de Montmagny devina que ces astucieux politiques ne cherchaient qu'un moyen de massacrer à leur aise ses alliés, pour détruire ensuite plus facilement la colonie elle-même. Il se garda bien de fournir des armes à des ennemis si dangereux. Les Iroquois rompirent alors les négociations et, "après un engagement assez vif, profitèrent de la nuit pour se jeter dans leurs canots et aller guetter au passage, des Hurons qui devaient bientôt descendre pour la traite. La guerre se rallumait avec une fureur nouvelle.
Deux canots, portant le P. de Brébeuf et quelques Français, échappèrent comme par miracle à l'embuscade, mais cinq autres qui suivaient y tombèrent, et, de ceux qui les montaient, les uns furent massacrés, un petit nombre rebroussèrent chemin et avertirent du danger leurs compatriotes sans défiance ; un seul put gagner les Trois-Rivières. Plusieurs, tombés vifs " entre les griffes de ces tigres, " (r) furent torturés à petit feu, ou dévorés.
A cette nouvelle les pères Paul Ragueneau et René Ménard, partis pour le pays des Hurons, retournent sur leurs pas, et viennent demander secours aux Algonquins des Trois-Rivières. Ceux-ci s'engagent â les escorter à condition qu'on obtienne des armes au fort de Québec, et que les chrétiens de la bourgade de Sillery soient de la partie. Le gouverneur consentit à fournir quelques soldats sous la conduite de M. de Chamflour, et les chrétiens de Sillery équipèrent huit canots, cammandés par Jean-Baptiste Ekhinechkaouat et Noël Négabamat
1 Expression de la Relation.
Mais à l'arrivée de la petite troupe aux Trois-Rivièv les Algonquins ayant refusé de marcher, M. de Champflour demanda aux sauvages chrétiens s'ils étaient prêts à poursuivre l'expédition. Au nom de tous, Jean-Baptiste Ekhinechkaouat ne répond qu'un mot : " Je suis Français, je n'ai rien à ajouter. " < '»
Par bonheur il ne fut pas nécessaire de risquer tant de vies précieuses: un canot huron vint avertir que l'ennemi s'était retiré, et les missionnaires purent continuer leur route. Mais la terreur du nom Iroquois s'était répandue partout. Les néophytes de Sillery, contre lesquels les barbares, en s'éloignant, avaient proféré des menaces, rapprochèrent leurs cabanes du monastère des Hospitalières, plus aisé à défendre en cas d'attaque, et les entourèrent d'une forte palissade qui y était reliée. "
Cependant la Providence, qui dirige les événements à l'encontre des prévisions humaines et souvent en dépit de nos étroits calculs, préparait en ce moment à la colonie un précieux secours contre les incursions de ces incommodes voisins.
Vers cette époque le vénérable M. Olier, qui devait peu après fonder la compagnie de Saint-Sulpice, se sentit surnaturellement appelé, en même temps qu'à travailler à la sanctification de l'église de France, à faire honorer les trois personnes de la. Sainte-Famille dans l'île de Montréal Le même dessein était inspiré de Dieu à un pieux gentilhomme, Jérôme Le Rover de la Dauversière. (3) Pour le mettre à exécution, une société, com-
1 ttel. 1641, p. 4.8.
> Hist. de VH.-Dicu^ par M. L'abbé Casgrain, 109-110. 3 Receveur des tailles à La Flèche. Voir Relat. 1642 c. IV sis. ; Paillon, Vie de la sceui Marguerite Bourg* - le titre '* Mi-
Mme DE LA PKLTRIE, (Marie-Madeleine
DE ChAUVIGNY)
(D'après un portrait à l'huile, aux Ursulines de Québec)
(PvKLA'iicws, éd. Bwrows.)