CHAPITRE ONZIÈME
Vivement pressé d'établir sa colonie à Québec on sur l'île d'Orléans, où il serait pins à l'abri des féroces Iroqnois, il demeura inébranlable : " Je ne suis pas venu " pour délibérer, répondit-il, mais bien pour exécuter ; " et tous les arbres de l'île de Montréal seraient-ils chan- " gés en autant d'Iroquois, il est de mon devoir et de " mon honneur d'aller y établir une colonie. " (x) Cependant, comme il était trop tard pour entreprendre rien d'important avant l'hiver, il se contenta, vers la miseptembre, d'aller avec M. de Montmagny, visiter les lieux et prendre possession de l'île et redescendit hiverner à Québec.
Mais les logements étaient rares, et il fallait trouver place pour près de cinquante personnes : M. de Puiseaux vint le tirer d'embarras de la manière la plus inattendue et la plus généreuse. Le bon vieillard s'était fait expliquer le dessein de la société de Montréal et en avait été si charmé, qu'il résolut d'y consacrer toute sa fortune et sa personne même. Il demanda à faire partie de la société et offrit sur le champ sa maison de Sainte-Foy, où M. de Maisonneuve, au retour de Montréal, s'était arrêté, ainsi que celle de Saint-Michel avec tout ce qu'il possédait de meubles et de bestiaux. (2) Il ajouta qu'à Sainte-Foy, où se trouvaient beaucoup de beaux chênes, les charpentiers pouvaient construire des barques pour transporter au printemps les colons à Montréal, pendant qu'à Saint-Michel on ferait les autres ouvrages de menuiserie et objets nécessaires à la nouvelle colonie. (3) M.
1 Faillon, toc. cit. p. 425, d'après Dollier de Casson et VHist. de V Hôtel-Dieu de la mère Saint-Ignace, p.32, 33, aussi les Mémoires de M . de la Tour, p . 130 .
2 Faillon, op. cit., I, — 426.
3 Ibid.
de Maisonneuve accepta avec reconnaissance et reçut, sauf ratification par les associés de France, M. de Puiseaux parmi les membres de la société.
La donation était faite à M. de Maisonneuve en son nom personnel, mais dans un acte U) passé à Paris, par procureur, le vingt et un mars 1643, ^ déclare transporter tous ses droits à la société de Montréal.
Nous reproduisons l'acte de donation de M. de Puiseaux, si important pour notre histoire. : 2)
" Fut présent en sa personne Pierre de Puiseaux, " écuyer, sieur de Montrenault en Gâtinois, demeurant à " présent en la maison appelée Saint-Michel en la Nou- " velle-France, lequel a volontairement donné, cédé " quitté, transporté et délaissé par ces présentes, par do- " nation irrévocable entre vifs, en la meilleure forme que " faire se peut, à Paul de Chomedey, écuyer, sieur de " Maisonneuve, demeurant à présent au dit Saint-Michel " de la Nouvelle-France, à ce ,présent et acceptant pour " lui. ses hoirs et ayants cause à l'avenir, les terres qui " ont été octroyées, données et concédées au dit sieur de " Puiseaux, sises en la dite Nouvelle-France, par Mes- " sieurs de la Compagnie générale tenue à Paris en Thô- " tel de monsieur Fouquet, conseiller du Roi en son con- " seil d'Etat et privé, le quinzième janvier mil six
1 On le trouvera à l'appendice, II, III, avec la procuration de M. de Maisonneuve, datés de Villemarie, 15 août 1642, et la ratification
du transport, faite aussi à Villemarie, le 20 septembr e 1643. Le fondé de pouvoirs était Mre Pierre Chariot, secrétaire ordinaire de la chambre du Roi, demeurant à Paris. — Pièces aux archives du Séminaire de Québec.
2 Nous suivons l'orthographe actuelle. On pourra goûter, dans les autres pièces à l'appendice, toute la saveur et la grâce de la langue des notaires de cette époque.