CHAPITRE ONZIEME
chênes propres à la construction ; la facilité offerte par la petite rivière pour bâtir et lancer des navires, la difficulté pour ne pas dire l'impossibilité pour M. de Puiseaux, fort avancé en âge, d'exploiter deux domaines à grande distance l'un de l'autre ; enfin le nom de Sainte- Foy qui s'est conservé et même a prévalu sur celui de Notre-Dame de Foy donné à la mission huronne établie, comme il sera dit ailleurs, (T) par le père Chaumonot en 1668 à la côte Saint-Michel.
Ce nom était déjà ancien puisqu'un sauvage, baptisé en France, en 1632, sous le nom de Louys, est appelé dans la relation de 1633, vraisemblablement du lieu de sa résidence, Louys de Sainte-Foy. (2) On pourrait en inférer, sans la date précise de 1637, donnée par le document cité plus haut, que M. de Puiseaux avait obtenu ses concessions dès ce temps-là. (3)
Quoiqu'il en soit, à l'automne de 1641, M. de Puiseaux remit complètement dans l'anse Saint-Michel, la maîtrise à M. de Maisonneuve et dit à Mme de la Peltrie, qui, pour se rapprocher dts sauvages de Saint-Joseph, y avait élu domicile : " Madame, ce n'est plus moi qui " vous donne l'hospitalité ; je n'ai plus rien ici. Vous " en avez présentement l'obligation à M. de Maison- " neuve : car il est maître de tout " (4)
Ce dernier laissa une partie de son monde à Sainte- Foy et se fixa avec le reste à Saint-Michel. Pendant
1 Dans la 2ème partie., Voir Bulletin des Rech. hist.y no. 3, mars, 1900.
2 Rel., 1632, p. 14,—Rel., 1633, 31, 34,
3 En étudiant les greffes des anciens notaires, nous avons trouvé maint exemple de titres légaux donnés plusieurs années après une concession verbale.
4 Dollier de Casson, Hist. de Montréal, 1641-1642, iôid, I, 427.
l'hiver, dans l'un et l'autre poste, on mena vie fort active : à Sainte-Foy, les charpentiers travaillaient à la construction des barques, et, à Saint-Michel, se faisaient d'autres ouvrages de menuiserie pour rendre plus facile et plus prompt, au printemps, l'établissement de Montréal. (1)
La plus parfaite harmonie régnait entre tous les nouveaux colons, la plus grande cordialité dans leurs rapports avec Québec. Il n'y eut dans le ciel serein qu'un léger nuage, produit par le formalisme pointilleux de ce temps-là, et d'ailleurs bientôt dissipé. A l'occasion de la fête du gouverneur de Montréal, 25 janvier, Conversion de Saint-Paul, ses gens, qui l'aimaient, firent des réjouissances en son honneur, tirèrent de l'arquebuse et même du canon. M. de Montmagny en prit ombrage, et, se croyant lésé dans son autorité, fit mettre aux fers Jean Gorry qui avait tiré les pièces. M. de Maisonneuve sentit l'affront et, comprenant qu'il était de son honneur de ne pas intercéder pour le prisonnier, victime d'un excès de pouvoir, attendit que la réflexion portât son auteur à le réparer de lui-même. Cela ne tarda guère et Gorry, remis en liberté peu de jours après, fut reçu comme un ami par son chef qui le pressa dans ses bras et lui fit grande chère ainsi qu'à ses camarades. (2)
Le voisinage des colons de Montréal fut pour les Hospitalières de Sillery une précieuse consolation ; M.
r Paillon, /or. cit., I, 430.
2 Paillon, I, 430, — d'après un in-folio manuscrit de documents divers conservé à la bibliothèque provinciale de Québec.
Ce dossier se trouve aussi parmi les papiers Faribault ans archives du Séni. de Québec. Le nom de Mlle Mance y est souvent mentionné. Il est probable qu'elle avait été l'âme de la fêt