CHAPITRE DOUZIÈME
délibère s'il faut les tuer sur place ou les faire prisonniers.— Traîner à leur suite un ennemi vaincu et garrotté, le donner en spectacle dans leur bourgade, c'était la suprême joie, la gloire la plus enviée des guerriers Indiens— . Mais s'ils les emmènent captifs, comment les dérober à la cruauté des supplices ? mieux valait encore une mort prompte qu'une lente agonie au milieu des tortures. De laisser s'échapper ces bêtes féroces, il n'en pouvait être question. Alors chacun choisit son homme, et, après une décharge simultanée de leurs armes, tous fondent avec des cris affreux sur les survivants qu'ils assomment à coups de hache et de tomahawk. Ils enlèvent ensuite les chevelures et reviennent triomphants à Saint-Joseph.
L,'été se passa dans les travaux pacifiques des défrichement et de la pêche. Il y eut à l'automne une quantité prodigieuse d'anguilles, ce qui, avec la petite récolte de mais, mit l'abondance dans la bourgade.
Au commencement de novembre l'anse de Sillery fut témoin d'un malheur qui fit perdre à la colonie un serviteur aussi dévoué que brave. (*)
Arrivé à Québec en 161 8 jeune encore, coureur de bois infatigable, versé dans la connaissance des langues et des coutumes sauvages, Jean Nicollet, avait souvent usé de sa grande influence pour maintenir en paix les tribus indiennes et les attirer à l'alliance des Français. Il avait poussé ses courses jusque dans le Wisconsin, à la rivière aux Renards et chez les Winépigons ou Puants qui lui parlèrent de grandes eaux qu'il trouverait à trois jours de marche. C'était le Mississipi, dont la découverte
1 Voir Relat. de 1643, ch. I., p3 ss. — Ferland, I, 324. ss.
devait illustrer plus tard (1673) (I^ ^es noms de Louis Jolliet et du P. Marquette. Si la gloire de la découverte ne lui appartient pas, il a celle de l'avoir préparée et d'avoir été le premier européen qui pénétra dans cette riche vallée. (2)
Après plusieurs années passées aux Trois-Rivières on l'appela à Québec dans l'été de 1642 pour remplacer Olivier Le Tardif, commis général des Cent-Associé>\ qui passait en France.
Peu de temps après, les Algonquins des Trois- Rivières ayant pris dans une de leurs courses un sauvage Sokokis, résolurent de le brûler vif. M. de Montmagny désirait beaucoup de sauver le prisonnier, et Xicollet était bien l'homme capable de l'arracher aux griffes de ces barbares. Le temps pressait. Il part avec quelques hommes dans la chaloupe de M. de Chavigny, (3) vers sept heures du soir, par un froid pénétrant, une nuit noire et une rage de vent de nord-est qui avait bouleversé le fleuve. Vis-à-vis de Sillery, une violente rafale renverse l'embarcation et précipite à l'eau ceux qui la montaient. Ils se cramponnent à la chaloupe qui flottait près d'une roche, mais engourdis par Peau glacée, ils ne purent résister longtemps aux assauts redoublés des gués en furie. Nicollet dit à M. de Chavigny : " Sam
1 Relat. 1640, p.. 36.
2 Gilmary Shea, Discovery and exploration qf tJic M
Valley. — V. Ferland, I. 325.
3 Ferland, loc. cit. La Relation écrit Savigny. François île Chavigny de Berchereau était arrive au Canada en [640. Il s'établit à
Sillery où «les terres lui furent concédées. Il épousa Eléonore de
Grandmaison et mourut en mer pendant un voyage qu'il fais ut en nce pour sa santé . Ed. Burrows des Rel. XXVII. p. 311,312, d'après B. Suite, Hist. des Can. Fr. II. 80. Not. règ., N.-D., p