CHAPITRE DOUZIÈME
u vous, vous savez nage*. : je ne le sais pas. Pour moi je " m'en vais à Dieu : je vous recommande ma femme et " ma fille, " ù) et il disparaît avec trois autres victimes. AL de Chavigny put gagner la terre qui n'était pas éloignée et se rendre, à demi mort, à la résidence des Jésuites où il raconta le malheur qui venait d'arriver. " Les sau- " vages de Sillery, dit la relatio?t, au bruit du naufrage " de M. Nicollet, courent sur le lieu et ne le voyant " plus paraistre en témoignent des regrets indicibles. Ce 11 n'estait pas la première fois que cet homme s'estait " exposé au danger de la mort pour le salut des sauva- " ges : il l'a faict fort souvent et nous a laissé des exem- " pies qui sont au dessus de l'estat d'un homme marié et " tiennent de la vie apostolique ".
C'est un bel éloge. —
1 Relation, ibid. — Nicollet avait épousé, en 1637 Marguerite Couillard, âgée de onze ans, fille de Guillaume Couillard et de Guillemette Hébert. Sa fille Marguerite épousa J. B. Le Gardeur de Repentigny et entra ainsi dans une des plus grandes familles du pays. Ferland, I, p 324, 326 : — Notes sur les rég. de N.-D. de Québec, p. 27 30, ss.
Une autre fille de Jean Nicollet s'appelait Euphrosine, d'après le liber baptisatorum, où. elle apparaît comme marraine le 18 janvier 1642. Elle se maria en 1643 avec Jean Leblanc, de Saint-Lambert, évêché de Bayeux — Elle était née d'une autre union. Notes sur les tég. de N.-D. p. 92.
Jean Nicollet laissait deux frères au Canada, Pierre, navigateur, et Gilles un des premiers prêtres séculiers du pays . Pendant plusieurs années il administra les sacrements sur la côte de Beaupré. Notes rég. N.-D. p. 33.
Jean Nicollet avait obtenu en 1639 une concession dans ce qui a formé plus tard la Châtellenie de Coulonge. M. Ern. Gagnon, Etude citée, p 94, pense que c'est Nicollet qui a nommé le ruisseau de Belleborne. Lui-même s'appelait Nicollet de Belleborne .
Sa veuve épousa en 1646 Nicolas Macart. Rég. de N.-D. de Q. p. 67.
l66 PREMIÈRE PARTIE, 1541-1670
Douze jours après, le sauvage pour qui Nicollet avait perdu la vie, délivré par M. des Roches, gouverneur des Trois-Rivières, arriva à Sillery tout couvert de plaies, que lui avaient faites ses bourreaux. Ils lui avaient arraché tous les ongles, percé un pied avec un bâton, serré les poignets jusqu'aux os avec des cordes, transpercé à coups d'alênes et brûlé presque tout le corps, coupé trois doigts dont les blessures fourmillaient de vers. Les soins charitables et habiles des bonnes Hospitalières le guérirent, et on lui donna une escorte pour retourner dans son pays. Il fut si touché de cette charité qu'il obtint par ses intances qu'une délégation de ses compatriotes allât demander à leurs alliés, les Iroquois, la liberté du Père Jogues (J) fait prisonnier, au mois d'août précédent, avec plusieurs Hurons et deux jeunes Français, René Goupil et Guillaume Couture, donnés à la compagnie.
Le père, sur un convoi de douze canots, chargés de vivres et d'objets du culte, remontait à la mission des Hurons, d'où il n'était descendu que depuis quinze jours. Avant son départ, dans une visite d'adieu faite aux Hospitalières de Sillery, en compagnie du P. de Brébeuf, il les avait exhortées à se mettre à couvert d'une surprise, toujours possible et toujours redoutable, de la part des Iroquois, et c'est sur son avis que, après une longue discussion, on résolut de reprendre les travaux abandonnés du monastère commencé à Québec en 1639.
1 Hist. de V Hôtel-DieUy par l'abbé Casgrain, p. 122; — Relation^ 1643, 39. Voir la vie de cet héroïque missionnaire par le P. Martin. Il était né à Orléans en 1607 et entra elle/, les Jésuites en [624, Arrivé à Québec en [637, il subit un premier martyre en 1042 et fut m par les [roquoisen [646. Ed. Burrows, I.XXI, 142 — Rochemonteix, II-
21, note.