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Notre-Dame de Soissons, son histoire, ses églises, ses tombeaux, ses

Cette seconde édition diffêre essentiellement de la première qui n'avait été qu'une œuvre de circonstance et qui cependant avait déjà été jugée assez importante par MM. de Sivry et de Champagnac pour les engager à Tinsérer presqiie toute entière dans leur savant dictionnaire des pèlerinages^ T. 2 , page 1265. Edition Migne. Nous nous contenterons de faire observer que ces auteurs , ordinairement si bien renseignés , se sont toutefois trompés en donnant ces détails archéologiques conune revenant de droit à la cathédrale de Soissons, tandis qu'ils concernent un autre établissement religieux de la ville.

Cette notice , dit le Bulletin archéologique de Soissons , t. 8 , p. 181 , « est une publication entièrement nouvelle et qui com- ' plète l'histoire si intéressante de la vieille abbaye et de ses curieux monuments. %

DE

Lliistoire du moyen-âge, naguères encore si déda!-^ gnée, commence enfin à s'affranchir de ces longs et insuk tants mépris. Tout nous fait espérer que rien ne viendra l'arrêter dans cette voie de réhabilitation où elle est entrée depuis bientôt un quart de siècle , et où elle semble se relever chaque jour dans l'opinion et reconquérir, en dépit de ses injustes détracteurs, une position honorable et justement méritée. Qu'elle poursuive donc avec un zèle infatigable ses patientes et curieuses investigations. Nul doute qu'elle ne nous apporte, en échange de seslaborieuses recherches, des documents importants, des révélations inespérées qui , soumis à l'examen et à l'impartiale équité des savants, amèneront nécessairement des appréciations moins passionnées. Or, pour arriver à ce précieux résultat, il faut que chacun de nous mette la main à l'œuvre, et cherche autour de lui tout ce qui peut foire connaître cette grande époque , ses croyances, ses mœurs, ses usages, et jusqu'à sf s défauts et ses faiblesses. Quant à nous, il nous semble qu'entre tous Ips sujets d'étude que l'histoire du moyen-âge peut nous offrir pour sa justification , nous n'en trouvons pas

de plus concluant en sa faveur, ni de plus intéressant pour récrivain queVétude approfondie d.e nos anciens monastères. Et en effet, soit qu'on envisage ces établissements sous un aspect matériel, et seulement comme de grandes et larges conceptions architecturales renfermant toutes les richesses artistiques des générations qui s'y sont succédé ; soit qu'on les considère sous un rapport plus élevé, comme de pieux asiles on se reliraient des cœurs innocents, des âmes fatiguée^ du monde, allant demander au cloftre ses austérités et le silence anticipé du tombeau, que d^aperçus instructif ! nouveaux peut-^tre,. ne nous fourniraient pas nos maisons religieuses sous ce double point de. vue * Alors ces vieilles abbayes qui sont tombées la plupart sous les coups du vandalisme ei de l'irréligion, ou qui ont été employées à d'auires usages lorsqu'elles ont eu le trop rare bonheur d'échapper à une complète destruction, ces restes imposants, ces colonnes mutilées» ces ruines qui s'écroulent, ces débris encore debout, parleiu puissamment à nos regards, à notre imagination et à nos sentiments; et lors même qu'on est parvenu à renverser ces nobles édifices, a changer leur destination primitive, lorsqu'on a fah enlever jusqu'à leurs dernières pierres en nivelant le sol , a-t-oa pu anéantir les souvenirs de ceux qui les habitèrent si longtemps, effacer le large et profond sillon qu'ils avaient creusé, au prix de tant d'abnégations, de sacrifices et de bienfaits, dans les traditions locales? Non , Non.

Toutefois, ne laissons pas s'éteindre celte kimière des temps anciens ; lumièi'e qui , de sa nature, et au mHieu de nos incessantes révolutions, tend à s'obscurcir chaque jour. Ravivons-la, au contraire, en interrogeant souvent ces débris muets, vieux témoins des civilisations, des arts et des mœurs d'autrefois, et qui nous restent heureusement comme les lointains et derniers échos du

passé. Travailler ainsi , c'est coopérer à cette réhabilitation de l'histoire que nous invoquons» et donner une vie nouvelle à ses graves et solides enseignements. Or, nous le répétons, rien de plus concluant et de plus intéfessant« selon nous, pour hâter cette résurrection des âges anciens, que d'écrire l'histoire de ces couvents, de ces grandes associations religieuses qui ont jadis couvert le sol de leurs monuments et de leurs bienfaits. Sous ce rapport encore, nous pouvons le dire, la contrée que nous habitons a été une terre privilégiée, puisque la seule ville de Soissons , outre ses treize églises paroissiales et collégiales, comptait encore dix-huit maisons religieuses), communautés, couvents et abbayes.

Mais parmi ces établissements si nombreux et dont quelques-uns, comme Saint- Médard, Saint-Crépin-le- Grand, Saint-Jean, furent très-importants, l'abbaye de Notre-Dame , quoique occupée par des femmes, n'en joua pas moins un rôle très-considérable dans les destinées du pays. Bien plus, et ici nous n'exagérons rien, en ajoutant qu'elle sut se mettre au niveau des plus grands monastères de France, et rivaliser de régularité et d'illustration avec les fameuses abbayes de Luxeuil, de Jouarre, deChelles, de Faremoutier et de Fontevraud. L'exposé historique que nous allons faire de cette antique et célèbre abbaye, la description que nous donne* rons ensuite de ses églises et de ses tombeaux, le catalogue si complet de ses grandes abbesses, le détail de ses riches et nombreuses reliques, seront autant de preuves irrécusables de ce que nous avançons.

Si. — Histoire de l'âbbaye.

Son origine. — Sa splendeur. — Sa régularité exemplaire. Evénements divers.

Noire-Dame est la première abbaye de femmes fomiée dans le diocèse de Soissons. Sa création remonte à la seconde moitié du 7« siècle (656), alors que Tamour de la vie cénobitiquequi, depuis longtemps, coulait à pleins bords en Orient, commençait aussi à se répandre en Occident. Drauscius, Drausin» prélat recommandable par ses hautes vertus, secondait de tout son pouvoir ce mouvement religieux qui poussait les âmes à Tobservande des conseils évangéliques. Non content d'avoir établi sur la lisière des deux vastes forêts de Cuise et de Laigue, dans un endroit sauvage du contour de TAisne , le couvent de Saint-Pierre'*>de Rethonde, Drausin se persuada facilement qu'une congrégation de filles* placée sous les yeux de la cour qui résidait encore fréquemment dans la cité d'Augusta SuessUmum, exercerait une salutaire influence sur la conduite et les mœurs des grandes dames du monde, hélas! trop oublieuses de leur sanctification. Le saint évéque communiqua son projet à Leutrude, épouse d'Ebroin , maire du palais , la priant dengager son mari A bâtir, de concert avec elle, un monastère de vierges consacrées au Seigneur, c Ebroiii accueillit favoi rablement les instances de sa femme et celles du saint t homme. Le couvent fut d'abord placé hors des murs 1 romains, dans Tile d'Aisne. Ce fut là que Drauscius et > Leutrude appelèrent un chœur de vierges servant dignement le Seigneur» r sous la direction d'une abbesse venue de Jouarre.

Les religieuses ne restèrent pas longtemps dans cette maison. Il parait que les fréquents débordements de la

rivière, qiiiconiproiiietUi»tlasolldiCédesconairiietioDS> le danger d'être exposées aux attaques de l'ennemi dans un lieu qui n'était pas encore fortifié» joint* au défaut d'espace qui ne leur permettait pas de s'agrandir, les obligèrent à quitter cette habitation insalubre et incommode. Jaloux d^assurer à ses filles spirituelles une sécurité plus grande et un repos plus assuré » Drausin » aidé par saint Ouen» archevêque de Rouen, et enfant du pays, sollicita vivement Leutrude d'obtenir de son mari l'autorisation de transférer la communauté naissante dans l'iniéiieur de la cité. Cette nouvelle demande fut &vorablem<>nt accueillie. Ebroin céda non-seulement tout un quartier de la ville, entre Saint-Gervais et la rivière; mais encore l'emplacement de son propre palais, ou au moins d'un domaine qui lui appartenait. Hen plus, la charte de fondation souscrite par vingt évéques nous apprend c qu'Ebroin , maire du palais, homme illustre, > de bonne vie, sa noble épouse Leutrude et leur très- 9 cher fils unique, Bovon, enflammés de l'ardeur d'un

• saint désir, ont construit, dansTenceinte du monastère,

• trois basiliques en l'honneur de sainte Marie, mère de

• N. S. Jésus-Christ, de saint Pierre et de sainte Gène-

• viève (Genuvevae), ou des autres saints dans l'enceinte » du monastère^ lieu sis entre les murs de la cité de 1 Soissons. 1 (!)

(I) L.eatrude se retira, à deux reprises différentes, à Tabbaye de Notre-Dame pendant la disgrâce de sou mari. Après son assassinat, elle 8*y fit religieuse et y mouroC» Sainte Sigrade , mère de saint Léger, y avait d^ pris le voile. Ainsi, la femme du persécuteur et la mère du àU persécuté ont pu vivre ensemble sons le môuie toit, sous la mèuie règle, et presque avec les mêmes douleurs. Quel incroyable rapprochement opèrent les vicissitudes humaines ! Mais aussi quelle consolation pour ces deux infortunées de rencontrer la paix , les espérances chrétiennes dans ce saùit asile dont le martyr d'Autim disait âi sa mère, en lui écrivant une épttre oonsoUtotre sur la mort du fils qu*elle venait de perdre, tout

La dédicace de la principale église qui paraissait déjà xomme la maitretu de la ville se fil en 664, probable* nient sans être entièrement achevée» puisque saint Drausin« mort en 675, n'y fut pas enterré ; mais dans la chapelle du premier monast^ ; soit que l'usage intro* duit par la vieHIe JégislatioB romaine d'inhumer hors de Tenceinte des villes prévdAt encore ; soit que le saint évéque si humble « si pieux> ait choisi de préférence l'oratoire de l'ancien couvent qui était plus particulièremeht son ouvrage rèe ne sont là toutefois que de simples conjectures qu'on peut admettre ou rejeter avec une éf^le liberté. Quoi qu'il en soit, la petite chapelle, en recevant ce précieux dépôt dans son seîu, acquit bientôt une singulière illustration. Les miracles qui s'y opérèrent incontinent par l'intercession du saint y attirèrent une foule de pèlerins et de malades. Ce concours tout spontané du peuple ; et le regret si vif qu'éprouvaient les

en la préparant à de nouveaux sacrifices. « En place de la foule » de vos servantes, îl vous a donné rôtis les saints frères qui

> prient chaque jour pour vous ; au lieu du servage de vos dômes-

> tiques, les sœurs saintes dont le commerce est en votre jouis* » sance; pour le labeur de la vie du siècle, le repos de la cou-

> grégation du monastère; pour là perle des biens, récriture » divine, la méditation sainte et la prière assidue; pour la perte » des parents, vous avez la vénérable et sainte dame Ethérie;

> elle est votre mère, elle est votre sœur. Rendes-lui donc retour,

> car j*en suis certain , dans le Christ Jésus, il n*y a entre vous » qu*un cœur et qu*une ftme. » Ce qu*il lui dit du pardon des injures, de Tamour des ennemis, semblerait faire allusion à quelque circonstance présente. Sans doute Sigrade avait occasion de voir quelquefois Leutrude , qui , en qualité de fondatrice et de bienfaitrice de Notre-Dame , pouvait visiter cette maison et la noble dame Ethérie, qui en était abbesse. Ces raisons eipliquent au moin& Taffection et les préférences que l'épouse d'Ebroin avait pour ce monastère où elle entra depuis en religion. Saint Léger pré* voyait-il cette circonstance qui allait rapprocher ces deux ftmes brisées par les chagrins et les pertes, ou bien répondait-il à quelques embarras de conscicuce que lui aurait exposés sa pieuse

''mère ; ^c^est ce que nous ignorons.

rol^ieu^ea <l€> ne pas avoir en leur possession les refi-. ques de leur bien-aimé fondateur, amenèrent une transllttlon que tout le monde désirait. Cette translation se fit ea686, sous Tépiscopat de saint Âdalbert. Le corps qui avait été trouvé aussi sain, aussi entier que si on venait de le confier à la terre (vita S. Draus.)* fut transporté solennellement dans le nouveau monastère de Sainte-Marie, appelé quflquefois, depuis cet événement, le Muustier de saint Drausin. Un superbe tombeau^ sans doute le sarcophage gallo-romain dont nous parlerons plus loin, fut placé dans la conque ou coquille de l'abside qui présentait dans sa forme semi-circulaire l'aspect d'une tour à cheval sur les murs romains, ce qui lui donnait, d'après nos chroniqueurs, l'aspect d'une forteresse. Beaucoup d'églises rurales, de la vallée de l'Aisne, telles que Bemy-Rivière , Fontenoy, Vaurezis, Courmelles, Berzy, Yailly, ont conservé celte forme primitive des anciens temples et des basiliques romaines.

C'était là un noble début pour la naissante abbaye et un présage assuré de sa grandeur future. Aussi^ en peu d'années, grâces aux immenses largesses des rois qui se déclarèrent ses protecteurs et lui oct|H>yèrfnt toutes, sortes de faveurs temporelles,, l'abbaye, de Notre-Dame, put passer pour une des plus riches et des plus consi-^. dérables du royaume. Thierry III , Clotaire 111 , Childebert avaient été ses premiers bienfaiteurs; Charlemagne, Louis-le Débonnaire, surpassant la générosité des princes mérovingiens, gratifièrent l'abbaye d'une multitude de villages, de manoirs et de cens , enfin de propriétés et de revenus de tous genres épars dans la Gaule depiiis le Rhin jusqu'au pays d'Outre-Loire (1).

(i) Oo voit, en effet, par le dénombrement de ses possessions détaillées dans an diplôme de Charles-le-Chauve et inséré aux preuves de Tbistoire de Michel Germain , qae l*abbaye possédait plus de quatre cents maoses dans le Maine , TAnjoa , la Tonraiue,

Tous les revenus de ces grandes possessions devaient être employés à la nourriture et à l'entretien du nombreux personnel de Fabbay^, fixé alors à 4i6 personnes» savoir ; 216 religieuses de chœur, 40 servantes clohrées ou sœurs converses, 30 servantes qui travaillaient au* dehors dans le Gynécée, atelier où se filait la laine destinée aux vêtements des religieuses, 430 servants du sexe masculin chargés de divers offices au-dedans et audehors du monastère. 5,000 muids de blé par an étaient attribués ù la nourriture de tout ce monde, avec 350 muids de légumes, 500 mesures de fromage, 30 sous d'argent par semaine pour acheter du poisson et des œufs, iOO muids de graisse pour entretenir les luminaires et préparer les mets des religieuses et de leurs hôtes^ 300 muids de sel, 2,600 muids de vin et 50 muids de miel qu'on mêlait avec le vin au3( jours^ de fête pour faire de VBypocras. En cas de disette de vin , on devait le remplacer par une égale quantité de bière. Selon l'ancien usage, on ne servait de la volaille que deux fois

l'Orléanais, rAqui|aine, en Flandre et en Alsace (où elle avait cent dix fermes), aux pays de Vorms, de Blaêstricht , dans les diocèses ie Mayence, de Metz, de Cologne et de Trêves. Outre ces biens situés en lointains pays, elle possédait dans le Soissonnais, TOrceois, le Valois et le Laonnois : Palrieiut, Patriniaeui Pargny, Carliacuê Charly, Colomella Courmelles, Murieineluif Mnreinetus, Moreinus Mercin, liorcbain, Re«on(<u« Ressoat, Carerisia Ohacrise, Nantoilms Nanteuil, Aziacui, Etiaeus Aiay, Vliaeus Oulcby-la-VlUe , BiUiaeus Billy, Motinealum Molinchart, Cavinionuê Cbavignon, Corciacus Gorcy, Tro$liaeu$ Trosly, Brueliui Breuil, CurUngiaut Courtegisse, Guniaeui Gany, CoUiolaê, CoUiolvs Gollloles, fUlarU VilIcrs-GotterèU, Coloêiaeum^CnUiiacum Couloisy, NigcUa Nesifss, Nugaredum Noyers, Altrepia Autrescbes, Saconia Saconin, Caudiiiittm Chaudnn, Ckoa^ Clwy Cbouy, Gehennœ Géhenne, Bachevel Bassevel, Flmy Fleuiy, Fresnicieêt Freinieiœ Fresnes, Frenisches , Fillenim Fillain , Paremniacuê Pargny , Apliaeuê Epàncouri, Solona et lianH Mancy, Laffou Laffaux.

par an , le jour de Noël et le jour de Pâques.Ponr aider aux digestions pénibles et fortifier les estomacs, on leur feisait prendre des frinêcmgoê (I). On leur avait assigné les revenus des trois villas de Guny , Collioles et Villers- Cotteréts , avec tes quatre-vingts manses qui les composaient, pour les soulager dans les infirmités de la vieillesse ou dans les maladies imprévues, afin qu'elles servent le Seigneur sans murmure , occupées à la prière et à la psalmodie. Les rentes des villages de Ntsles et de Noyers, contenant soixante -dix maisons de serfs, furent laissées à U disposition de Tabbesse, ainsi que le revenu du village à'Autrescke, avec la dtme de toutes les autres redevances, pour être données à la porte du monastère , c'est-à-dire destinées ù défrayer les botes qu'on recevait dans l'hôpital bâti près de la porte principale (%

L'abbaye de Notre-Dame passait donc . à bon droit, pour une maison riche en terre, en rentes, en autels, en hommes. Aussi fournissait-elle au roi precet, milites et munera, c'est-à-dire que les religieuses étaient obligés non-seulement de prier pour le succès des armes du roi

(1) Viandes de porc ou de ?eaa iftUes. ( Voyei Dacange, au mot frinscinga. )

(2) Par une suite naturelle du démembreoieot du vaste empiia de Gharlemagne, Tabbaye perdit la plus grande partie des domaines^ qu'elle possédait dans le pays qui fut séparé du royaume des Francs. Dans les guerres civiles du 10« siècle, les pertes furent encore plus considérables ; en sorte qu'en 1175 il &llut réduire le nombre des religieuses à quatre-vingts. Deux siècles plus tard, en i5T7, les désastres affreux causés par les guerres malheureuses et les pillages de la Jacquerie en réduisirent le nombre ^ soixante. A la ûû du 18* siècle « on n'y comptait plus que trente-sept dames de chœur, l'abbesse comprise, et vingt-huit sœurs converses. L'abbesse nommait à toutes les prébendes de la collégiale de Saint- Pierre-au-Parvis dont elle possédait la trésorerie , et à neuf cures du diocèse ; Bassevel, Breuil, Trosly, Chacrise, Ck)rcy, Couloisy, Gourmelles, Mancy, Nanteuil-la-Fosse.

lorsqu'il était en campagne, rien assurément de pins juste; mais de lui envoyer des dons de guerre et un contingent militaire , chose assez étrange pour un mo^ nastère de femmes, tandis que l'abbaye de Saint-Médard en avait été exempté par un rare privilège. Ce qui n'empêcha pas le couvent de Notre*Dame« dans les san^ glantes batailles qui se livrèrent si souvent dans les belles vallées de l'Aisne, de voir ses fermes ravagées, ses. domaines envahis, ses manses situées en pays étrangers devenir la proie de conquérants avides.

De leur côté, les princes de l'église ne s'étaient pas laissé vaincre en générosité, du moins en concessions^ spirituelles. Dans un magnifique privilège daté de 666, saint Drausin, non content de confirmer les biens présents et à venir du monastère « ainsi que l'élection de l'abbesse faite par les religieuses en chapitre, avait encore voulu exempter Tabbaye de tout acte de juridiction èpiscopale, de droit de visite et de circade, pour ne relever immédiatement que du Saint-Siège ; en sorte que les religieuses pouvaient avoir recours à tel évéque qui leur plairait pour prendre l'habit de religion, pro* noncer leurs vœux, foire bénir leurs ornements et consacrer leurs autels. Leurs droits devaient même s'étendre jusqu'à pouvoir célébrer les saints offices, à la manière accoutumée , pendant les Interdits lancés sur la ville et le diocèse (i). Elles avaient aussi la faculté de faire

(f ) Après de longues cootestatioas sur ce si^et entre le diapitre de la cathédrale et l'abbaye de Notre-Dame, il parait que cette dernière re<:onnut (1370) la suprématie du chapitre en matière d'interdit ; à moins que cet interdit ne fût attentatoire à la personne ou aux intiirèts de Tévèque diocésain. Histoire de Soisêonê^ tome 2, page 146. Bien plus, les abbesses de Notre-Dame prétendaient aToir le droit d'excommunier les religieuses qui leur refuseraient Tobéissance; ce qui arriva à Elisabeth Descronnes qui, accusée au tribunal de Tévèque , d'aToir attenté à un privilège épiscopal, en eicommnniant de son cheft soutint qu'elle avait Ubé

desserrir» par des prêtres de leur choix » les cures nombreuses qu'elles possédaient à la campague.

Mais ce qu*il y a de plus glorieux pour le monastère » c'est que d'après les témoignages des papes Adrien IV» Lucius 111, Urbain m. Clément III, Innocent III, Grégoire IX, Innocent IV, Tabbesseet ses religieuses avaient mérité d'être honorées de ces grâces. Et, en effet, Noire-Dame était depuis longtemps une véritable école de la perfection monastique. Là régnaient un généreux mépris du monde, une pureté inviolable, une clôture sévère , le travail des mains, la psalmodie perpétuelle* Là on observait avec une rare exactitude la règle austère de saint Benoit, d'après les nouvelles prescriptions du bienheureux Colomban , telles qu'on les pratiquait à Luxeuil , à Jouarre , à Faremoutier^

Paschase Radbert, jeune Soissonnais, recueilli orphe* lin dans le monastère Je Notre-Dame , et élevé par les soins des religieuses au milieu desquelles il avait passé son enfance, nous a laissé une peinture touchante des venus dont il tkvvAi été l'heureux témoin. Après de longs jours écoulés sous les cloîtres silencieux de Corbie dont il était devenu abbé, encore plein de ses pieux souvenirs d'autrefois, il écrivait aux abbesses Théodrade et Imma, sa fille t

« Soissons, que vous habitez maintenant, était autred'an droit acquis; de \k survint un prooàs qui dura plus de soixante ans. Jhid. En i 488, Jean Milet ayant voulu foire une Tisite et une enquête dans l'abbaye , les portes lui (tirent fermées, et la communauté toute entière protesta contre cet abus de pouvoir. L'évèque, irrité de cette résistance, excommunia l'abbesse et ses religieuses ; celles-ci portèrent plainte en cour de Rome , et le pape Innocent VIII déclara que Tabbaye de Notre-Dame, avec toutes ses per$onne$ était, par privilège du Saint-Siège, exempte de toute juridiction , domination , puissance , Visitation , correction et punition de Tévèquede Soissons. /6<(f* 352* Cependant, en 1801, d'après une sentence du parlement de Bretagne, les évèques furent maintenus dans la plénitude de leurs droits.

% fois une vitte infidèle et idolâtre; aiigourd'hiii» ç;*est » uneciié fidèle et toute resplendissante de piétés La fille

> de la perdition est devenue la possession la plus pré-

> cleusedu Christ, notre très-pieux et divin maître... » Etant donc attirées» mes très-chères sœurs, à ce genre

> de vie si pénible et si laborieux , où vous aimez mieux

> plaire à Dieu dans la souffrance que de jouit* des

> délices du siècle.. . Qui n'admirera le bel ordre de vos

> saintes observances, et qui ne s'étonnera de voir des » filles faibles et délicates vivre dans un corps , comme » si elles ne le possédaient que pour le sacrifier !.. Vos 1 cellules, quelque petites qu'elles soient, vous suffisent, » puisque vous n'habitez que comme des colombes qui » se reposent un peu dans leur nid pour s'envoler plus » facilement vers le ciel... Sans quitter votre cloitre, » que j'ai nommé une ruche , vous volez sans cesse dans » le champ des saintes écritures, comme dans des prai* » ries remplies d'une agréable verdure , et par le tra«

> Vail du corps et celui de l'esprit, vous en tirez de quoi 9 nourrir votre âme de toutes les vertus... Vous tra^ » vaillez à imiter Jésus-Christ , notre Seigneur, dont il » e^t dit dans les cantiques : Je suU la fleur des champs » et le lys de la vallée. Vous êtes aussi les véritables fleurs

> du Christ, et ses lys éclatants de blancheur. Mais pour* » quoi ai-je comparé votre monastère à une ruche, puis^ » que l'essaim, voué à une éternelle clôture, ne peut » violer la consigne du camp pour aller ù l'aventure » puiser le suc des fleurs^ Ah! c'est que, comme les » abeilles qui restent à rintérieur de la ruche en compa^

> gnie de leur reine et reçoivent, à l'entrée de leur de» » meure , le fardeau de celles qui arrivent du dehors et » le iransporlent dans les riches alvéoles, de même vous » recueillez le miel des saintes lettres à l'intérieur du • cloitre, où le Saint-Esprit vous enivre d'un nectar déli*

» deux en répandant le rayon de sa divine lumière pour » éclairer vos cœurs... Tontes les fois que je pénètre en » esprit dans Tégiise de Notre-Dame » il me semble voir » réchelle de Jacob dressée vers le ciel » sur laquelle

> les anges montent et descendent pour vous en ce lieu,

> qui est sans doute la porte du ciel... Marie présente à » Dieu les oraisons que vous lui adressez sans inter- » mption dans le lieu saint où reposent tant de saints » corps ; mais particulièrement tant de saintes vierges » qui assistent à vos veilles, et pourraient rendre témoi- » gnage à votre dévotion et à votre ferveur.

» Au reste, la Providence a placé votre demeure d'une » manière vraiment fortunée au milieu de Soissons. A » Torient, vous avez le monastère de Saint-Médard plein » de confesseurs et de martyrs. Derrière vous, à l'occi- » dent , s'élève la cathédrale où retentit la trompette du » saint Evangile de la voix des prédicateurs annonçant » les dons célestes. Vers le sud^est, ad meridiem in pros- » peciu arieniis, l'église des saints martyrs Crépin et

> Crépinien qui ont fondé cette cité chrétienne au prix

> de leur «ang, et l'ont arrachée aux ombres de la » mort. Vous êtes établies entre tous ces sanctuaires, » à l'angle seulement de cette cité soissonnaise , comme » la pierre angulaire dans Tédifice spirituel de la sainte

> église. En vous choisissant, le Christ vous a placées

> pour« garder et défendre toute la ville. C'est pour-

> quoi vous Élites bien d'être exactes à veiller la nuit . à » louer Dieu sans cesse sans jamais interrompre l'ofiBce, » puisqu'assurément c'est durant ces saints exercices » que vos larmes et vos gémissements pénètrent le ciel,

> et que vos désirs, vos actions de grâces et les sout pirs de vos cœurs embrasés d'amour se précipitent » dans le sein de Dieu ; car, mes chères sœurs, si le » Seigneur ne veille sur vous, Soissons dont l'enceinte

> est d*one si faible étendue peut succomber sans vous » mettre à Tabri de l'ennemi. • (1)

Avec une organisation si puissante , une population si nombreuse et une conduite si édifiante, Notre-Dame, déjà considérée dans l'opinion publique comme une des congrégations les plus austères et des plus régulières du monde catholique, et qui marchait l'égal des plus célèbres monastères de France, de Lerins, de Saint-Marcel, de Châlons, de Luxeuil , pouvait entreprendre de former au-dehors quelques établissements nouveaux désignés, dans la langue religieuse, sous le nom de filiation, sans doute à cause de leur origine spirituelle et des relations subséquentes que feisait nattre une création de ce genre. C'est ce qui arriva. Dès l'an 850, une petite colonie religieuse fut transplantée des bords de l'Aisne dans la Germanie par l'empereur Louis-le- Débonnaire , pour aller fonder le monastère d'Heriwood. Une seconde émigration alla se fixer au diocèse du Mans, dans un endroit nommé Le Pré. Enfin, un troisième essaim, sorti de cette ruche féconde, vint habiter le prieuré d'Ëspargnemail en Vermandois.

Quand au iO® siècle, le malheur des guerres civiles et étrangères amena presque partout la décadence des institutions monastiques, le bruit de la dissipation et du relâchement ne purent s'introduire dans les cloîtres austères de Notre-Dame (3). Chose remarquable, pendant

(i) In pêolmo xliii m libro de parlu Firginis , longtemps attribué à saint IldepboDse et dédié à Tabbesse Tbéodrade. Patro. logiede Migoe, tome cxx, pages 1 OOH-10 48 paiiim.

(2) Ces émigrations volontaires avaient , au surplus, leur raison d'être. Le nombre des personnes qui voulaient alors embrasser la vie religieuse était fri considérable que vu Tinsuffisance des revenus, on était obligé de solliciter des princes temporels et spirituels de vouloir bien Gxer, par un d plôme , le nombre des 611es qu'elles devaient recevoir; et cela afin de se mettre à Tabri d'une foule de demandes importunes et incessantes. C'est ce qui explique les

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les siècles suivants (ils \^y i5« siècle), cette ferveur primitive qui s'efiàce peu à peu avec les années, loin de se démentir sembla prendre un nouvel essor; en sorte que cette abbaye était toujours Tarche du salut, la tour de David, une ruche remplie de saintes filles qui, attirées par l'éclat des vertus, venaient en foule de lointains pays pour y embrasser les exercices de la pénitence^ et revêtir la bure grossière de saint Benoit. Beaucoup de religieuses, engagées dans des ordres moins sévères, quittaient leurs monastères pour se réfugier dans celui* ci comme dans un port assuré^ et un asile contre la corruption du siècle et le relâchement des saintes règles. Certes, ce n'est pas une mince gloire pour la vieille abbaye d'avoir conservé, dans les temps les plus difficiles, ù travers la vicissitude des âges, le tumulte des guerres, le cri des passions, une renommée si pure et qui a duré autant qu'elle même.

Mais ce qui n'est pas moins admirable assurément , c'est de voir que Notre-Dame ne perdit rien de cette éclatante régularité et de cette profonde piété sous le gouvernement de ces hautes et puissantes princesses, sœurs de rois ou leurs proches parentes qui, toutes joignirent ù l'éclat d'une naissance illustre celui bien

prescriptions royales de 855, de 1175 et de 1575. Ces prescriptions étaient si sévères qu*on ne pouvait recevoir personne , si ce n'est à Tarticle de la mort , jusqu'à ce qu'on fût réduit au nombre fixé. Toute transgression devait encourir l'indignation du roi et le crime de lèse «majesté relevant de la censure et de la Justice du roi. Alexandre III avait donné une bulle sur le même sujet. Ces diartres furent approuvées et confirmées par Pbilippe-Âuguste en il80. On voit, par une bulle du pape Célestin III, que les religieuses des autres couvents émigraieot vers Notre-Dame de Soissons ; on avait obligé les religieuses de foire serment de ne plus recevoir de consœurs pour ne pas en augmenter trop te nombre. Le même pape , pour de bonnes raisons, les délia plus tard de leur serment.

plus mériloire des plus nobles vertus. Il suffirait de nommer Hlldegarde» Eremburge » de la famille des rois d*Austrasie , Théodrade , fille de Bernard » roi d'Italie et cousine de Charlemagne » Imma , sa fille , Rotrude , Ri* childe et Rotbilde, issues du sang carlovingien. Mathifde de Toulouse, petite -fille de Louis-le-Gros« Helvide, Béairix et Agnès de Cheri^y (Ouierzy). Les Elisabeth de Châiiilon , les Marguerite de Coucy et de Luxembourg» Catherine de Bourbon, tante de Henri IV, les trois prin« cesses de Lorraine , les duchesses de La Rochefoucaud. A ces noms déjà si glorieux, nous pourrions sgouter ceux des Emengarde de Mortemer, des Mathllde de La Ferté, et de tant d'autres non moins recommandables par une vie toute céleste , une piété incomparable et une douceur angélique, que par une héroïque fermeté; sachant , au besoin , défendre les prérogatives de leurs charges, les droits de leurs monastères et les saintes observances de la discipline.

Ces &its , néanmoins , tout importants qu'ils sont , ne sont pas les seuls qui nous révèlent la grandeur de l'abbaye; car dans le cours des âges» son histoire pstrticulière se trouve sans cesse liée à celle du pays tout entier; et à ce magnifique monastère qui couvrait presque le quart de la superficie de la ville se rattachent une foule de souvenirs intéressants. C'est ainsi qu'en 4J65, saint Thomas de Cantorbéry, forcé de qiUtter son exil de Pontigny, vint à Notre Ds^me, et y veilla plusieurs nuits devant l'image de la sainte Vierge et le tombeau de saint Drau!»in, avant de jeter l'interdit sur le royaume d'Angleterre. En 1198, les Croisés se réunirent dans une dépendance de l'abbaye, et, après l'élection de Boniface» marquis de Montferrat, comme général en chef de l'armée d'Orient, ils reçurent la croix des mains de l'évéque Nivelon. Le cruel fléau de iiS8 et la redoutable épidémie de il 35 donnèrent à l'abbaye une immense et

colossale réputation jusque dans les contrées septentrionales. En i200 » Engelbei^e » femme de Philippe-Auguste, monarqiw si dhrerseneiK apprécié» s*y retira pendant ses démêlés avec le roi, son mari* qui, prévenant la sentence de$ jugée, la mena en trousse à Paris, au grand étonnement de tout le monde. En 1867 , Catherine de Bourbon, sœur du prince de Condé, femme courageuse, d'un noble caractère s'il en fut , sauva de la fureur des Calvinistes le trésor des églises et des couvents de la ville, en leur donnant asile dans son monastère. En 4645, Louis XIII étant à Soissons, donna à Tabbesse Henriette d'Elbeuf deux cornettes et deux drapeaux que son frère» le comte d'Harcourt, venait de prendre sur les Espagnols. Ces trophées se virent longtemps à l'abbaye. En 1680, la dauphine, née princesse de Bavière, logea à Notre-Dame, et Tabbesse lui offrit , ainsi qu'à la reine et au dauphin, de très-beaux ouvrages en broderies que les religieuses avaient elles-mêmes confectionnées.

Mais un siècle plus tard, une terrible révolution éclatais. Avec 92 , l'ancien monde s'écroulait. L'heure fatale avait sonné : Notre-Dame n'eut pas un sort plus heureux que Saint-Médard, Saint-Crépin, Saint-Jean, et tant d'antres. La France se couvrait de ruines. Supprimée dans les jours mauvais de 93, c elle fut sur le point de

> devenir la propriété d'une compagnie de capitalistes » qui cherchèrent à l'obtenir pour y fonder une filature » de coton ; mais ce projet ayant échoué, on finit par

• en faire une caserne d'infanterie. L'Eiat aliéna ou

• détruisit une vaste portion de bâtiments. Les cloîtres I et le reste du couvent, livrés à toutes sortes de dégra-*

• dations, tombèrent peu à peu en ruines , à l'exception

> de la porte principale qui élève encore du côté de la

> rivière son double porche ogival, ses tourelles cré-

> nelées, et de l'abbatial construit sur la fin du siècle

> dernier. Deux arcades de l'ancienne église Notre-Dame,

> une parlie de la nef de la coll<^giale de Saiot-Pierre

> ont seules été épargnées. »

§ IL — Ses Églises,

Eglise de Noire-Dame. — Sa iescriptUm. — Collégiale de Saini'Pierre. — Chapelle SairUe-Geneviève. — Baiilique Sainte-Croix. — Monastère. — Hôpital Samt-Voué.

Du monaslère et des trois églises bâtis par Ebroia et la pieuse Leutrude, au V siècle, ainsi que du petit hôpital Saint-Youé adossé au vieux mur romain , il ne subsiste plus aucune trace, et cela n'a rien d'étonnant. Les basiliques primitives, élevées pendant la dégénérescence de Tart , couvertes ordinairement d'une simple toiture en bois, d'une construction peu solide, ne portaient avec elles aucune garantie de durée; leur plan uniforme, leurs arcades étranglées, leurs colonnes trapues, leurs voûtes écrasées ne firent que hâter la chute qui les attendait. Dès le commencement du ii« siècle, on avait senti le besoin d'une rénovation complète, et partout on s'était mis à l'oeuvre avec une incroyable activité. C'est à compter de cette époque qu'il faut chercher le point de départ de la grande architecture caihollque en Occident, et la source de sa prodigieuse fécondité. Le Soissonnais, plus qu'aucune autre province de la France peut-être , participa à ce mouvement imprimé à toute l'Europe , et dans Tespace de deux siècles , son sol se couvrit de nombreux édifices romans. Notre-Dame df^ Soissons , déjà si illustre depuis longtemps dans les pays d'outre mer , et au-delà du Rhin , par les prodiges qui s*opéraierU journellement devant la sainte image et au tombeau de saint Drausin , ne pouvait rester étrangère à cette régénération de l'ancien monde. Au reste , le ciel

lui-même, au dire des chroniqueurs, venait déparier» Voici dans quelles circonstances :

On était en 1128, et c un fléau terrible, le mal des

> ardents, désolait les villes de Chartres , de Paris, de

> Cambrai et de Soissons. Des populations entières, » venues des contrées les plus lointaines, se pressaient » sous les portiques de Téglise Notre-Dame, invoquant

> la sainte Vierge, avec des cris et des plaintes lamen^ » tables. Cette épidémie se montra de nouveau en H 33, » et vraisemblablement il eu resta des vestiges ; car » vers H46 , un petit pâtre de Vaux (hameau près de t Soldons, entre BemyRivière et Pontenoy), guéri » miraculeusement, s'écria que la sainte Vierge deman-

> dait une nouvelle église ; le fléau ne manquerait pas » de reparaître, si on ne hâtait cette réédification. •

Cet événement, si on veut s'en rapporter au livre des miracles de la sainte Vierge, composé par Hugues Farsit, ami et contemporain de saint Bernard qui lui donne le litre de maître, de docteur, et témoin oculaire des faits qu'il raconte, devrait» ce semble, se rapporter à l'année 1128 (i), époque où éclatait ce terrible fléau, ainsi que

(I) Les historiens ne sont pas d*accord sur l*époque précise où fut commencée cette église , et ils se contredisent. Michel Germain semble admettre, page 88 , qu'elle fut commencée en 1128 (t achevée vers le milieu du 12« siècle ; il ajoute, page 83, qu*en lli6 on construisit la nouvelle église sur les fondements de Tancienne; puis, page 147, il suppose que Tabbefise Matbilde entreprit peu après 1148, avec les offrandes du pays de Liège, la construction de réglise. D'autres supposent après Michel Cîermain , page 148, que le miracle dePenfant guéri par les mérites du saint Soulier eut lieu vers 1146,etque la princesse Mathilde deToulousf, qui était abbesse de Notre-Dame, résolut d'obéir à l'ordre du ciel* Pour nous, il nous parait certain que le miracle doit être rapporté à Tan 1128, suivant le témoignage d'Hugues Farsit, qui place cette date en tète de son livre des miracles ; que l'église aura dû être commencée presqu'aussitôt avec les offhindes des fldèles. Puis , cette immense construction nécessitant une dépense incroyable, il

les gaérisons miraculeuses qu'il occasionna, puisqu'il dit 9 en pariant de cette vision de l'enfant , inter initia benediciionis hujuê eœUtuB effusœ. Le naïf traducteur du légendaire Hugues semble être du même avis , puisqu'il dit : Le premier miracle arriva c lorsque l'efficace de » l'intercession de Notre-Dame commença d'éclater par » des miracles, pour le secours de ceux qui brûlaient » du feu ardent. Un jeune garçon de onze ans, natif de

> Vaux, proche de Soissons, sur la rivière d'Aisne, » lequel gardait les pourceaux de ses parents, fut » frappé de ce mal au pied. Cet accident obligea sa » mère de l'apporter dans l'église de Notre-Dame. A » peine y fut il entré qu'il reçut aussitôt sa guérison , » de quoy cette femme eut une extrême joye , et elle » le ramena malgré lui à sa maison. Cet enfant, pressé » du désir de retourner voir sa bienfaitrice et de lui » rendre de nouveau ses devoirs , prioit sans cesse sa » mère de luy permettre d'aller à Soissons; mais ne t pouvant obtenir d'elle cette permission, il pria Notre » Seigneur d'y pourvoir , même par une douleur non-

> velle. si c'étoit sa volonté. Sa prière fut exaucée; il » se sentit tout d'un coup brûlé de la même ardeur, » mais plus fort qu'auparavant. Sa mère s'en étant

> aperçue, se repentit vivement de sa dureté ; et comme. 1 elle voyoit que le mal s'augmentoit sans cesse , elle

> le porta de nouveau dans l'église de Notre-Dame où il 1 reçut la même grâce qu'auparavant. Après avoir été » guéri, il se laissa aller au sommeil, jusqu'à ce

> qu'ayant été éveillé par le bruit que faisoit le peuple » qui accompagnait la procession de l'église cathédrale.

aura fallu eavoyer les reliques du monastère en pays étrangers, comme c*était alors la coutume , pour terminer plus promptement cette grande œuvre, dont la construction avait pu durer déjà vingt ans.

il publia les merveilles que Dieu venait de hïre par les mérites de sa très-sainte Mère.

» Tout le monde s 'étant arrêté pour entendre cet enfant, il rapporta que> durant son assoupissement, son esprit avait été ravy eu Dieu, et que dans cette vision, il avait aperçu la sainte Vierge prosternée devant le trône de son Fils , qu'elle priait de vouloir détourner ce fléau de son peuple : à qui Noire Seigneur répondit: Ma mère, vous êtes l* Etoile de la Uer; que votre volonté Boit faite. Il ajouta que Notre-Dame s'étant plaint que son Eglise était négligée à l'égard des bâtiments. Notre Seigneur l'assura qu'il la rendrait une des plus considérables du pays, et que non seulement les fidèles de la province coniribueraient à l'orner et à l'embellir, mais que Ton viendrait des pays situez au^lelà de la mer et du Rhin , offrir de quoi la bâtir de nouveau avec plus de magnificence. 11 dit aussi qu'une partie des malheurs des Soissonoais venaient de ce qu'ils négligeaient de réparer les ruines de ce temple. Peu de temps après, on vit l'accomplissement de cette prédiction ; car les fidèles de toutes conditions et de tous les pays firent des offrandes dont l'église fut rebâtie.

» Mais on ne pouvait assez s'étonner d'entendre cet enfant parler de l'histoire de l'ancien Testsgnent, qu'il rapportait en vers sans hésiter. 11 récitait aussi le nouveau Testament avec autant de facilité que s'il en eût fait la lecture dans un livre. Il relevait les mérites et la virginité de saint Joseph avec des éloges qui surprenaient tout le monde; et entre autres choses, il dit ces mots de luy :

» Quitenet sceptrumflorentis virgœ, ctistos eriigloriosœ pueUœ.

1 Trois semaines après qu'il fut retourné en pleine santé chez ses parents, il mourut comme il l'avait

» prédit , et en rendant les derniers soupirs, on vit son » \isage brillant d'une blancheur et d'une clarté si » extraordinaire , qu'il paraissait beau comme un ange ; » les assistants reconnurent qu'il y avait en lui quelque » chose de surnaturel et de miraculeux. » Histoire de Notre-Dame, page 565 et suivantes (i).

Gautier de Coinsy, poète soissonnais, dont nous avons parlé si souvent, a aussi versifié en langue romane» au i3« siècle y la légende de Hugues FarsiU

Quant à Soissons tant de genz vindrent

A granz miracles qui avindrent

Au saint SoUer, la bêle Dame,

De Yaus une moult povre &me

Y apporta un suen enfant »

Qui maladie avoit si grant.

Que feu d'enfer les pieds ardoit.

Cil enfes les porciaus gardoit

En Yaus qui est lez Gonfroicort ( i)

Lez Fontenai où Aisne court.

Petit estoit ne mie granz.

Li livres dit n'avoit qu'onze ans.

Li puant feu qui art sans flamme

Moult lost guéri i'out Notre Dame ,

Qui est soutix (2) cyrurgiane.

En Yaus la povre crestienne

A tout son enfant s'en revint.

En l'an après, grant vouloirs vint

A l'enfant de r'aler arrière.

(i) Ferme sitaée au-dessus duT petit hameau de Vaux , dépen-» daoce de Bemy-Rivière , entre Foutesoy et Nouvron. Gonfre^urt dont nous avons plusieurs chartes dans le cartulaire de Saint-Médard, présente encore des restes des tourelles et des fossés qui en défendaient l'accès.

(3) Suhtil, habile chirurgien.

Sa mère en fait mainte prière ; Souvenl li prie à jointes mains Que , chaqu'an, une foiz au mains, A Nostre Dame la ramaint , Que feu d'enfer ne le mesmaint (i).

Chasqu'an ce dit la vient requerre Que sainz ses membres y art sus terre.

Mais sa mère de ceste chose Assez souvent le blasme et chose (2), Et dit qu'il ne porroit por céans Cui bestes garde et qui porceaus. Souvent prières l'en fait grans.

Mais la vielle est moust sdiurtans (3)^ Ausi come teles sunt y a.

Celi respont : c ya ya « » Or du router^ or du router;

> Trop te puis bien amignoter » Sun petitet me voiz irîer ;

» Je te cuit jà si atirier

» Que tu d'aler n'auras courage

» A Soissons en pèlerinage? »

Li valletons (4) forment (5) Ëqre

Des paroles qui li ot dire

Et si respont iréément :

c Or doint li sires qui ne ment

> Quand mener sain ne mi voulez ,

> Qu'à vostre col si com solez (6) » Mi reporter par estouvoir (7) ;

(f) Toomiente, maltraite, malmené, maie minare. (2) Gronde , reprend.

(S) Heorté , choqué.

(4) Dlminmif de valet.

(5) Portement, grandement, fariiter.

(6) Avez Goatome, de ioiere.

(7) EsUm^oir, de estuei, vieux français, nécessité.

1 Si ferez vous ce croi je voir. >

Aiuz qu'ait diie sa parole

Le feu d'enfer qui genz afole

Es piez li rest maintenant pris;

El si griément le raespris (i)»

Qui brait et crie toute jour.

Lors ni vient mètre nul séjour

Ne le raport à Nostre-Dame.

Tout en plorant la povre famé

La letre dit, se bien m'en membre

Quant il vint qu'il n avoit membre»

Que tant ne quant peust mouvoir.

Près d'un des huis par estouvoir

La povre famé jus (2) le couche.

Là gist ainsi comme une couche ;

Là pleure assez et brait et crie.

Mes, madame sainte Marie ,

La grant royne glorieuse ,

La douce Dame, la piteuse.

De celé ardeur, de celé rage

Si l'adoucist, si l'asouage (3)

Que maintenant s'est endormiz.

Si com Diex plout ses esperiz

Ou ciel monta ignelement.

Ne dormi pas nK)ult longuement ;

Car la grant presse et la grand tourbe

Si le griève, si le destourbe

Que maintenant s'est esperis

 Tesveiller n'est pas seris.

Mais à voiz clère, à haut escrie ;

ff Douce Dame sainte Marie,

(1) Repris.

(%) Jus ; à bas, i terre , de junum.

{'5) Soulage.

— 2tt —

» Gloréfiée soies tu !

I De ce qu'estainl as le grief fu

» Dont si griement estoie espris.

1 En paradis ai bien apris

» Là où tu as portée m'ame

» Que de terre îes et de ciel Dame« »

Entour lui viennent clers et lai ;

Et il leur conte sans délai

Qu'en paradis a esté s'ame*

Et qu'a aTeue Nostre Dame

Qui déprioit nostre Seigneur,

Oster daingnast, par sa douceur.

De son pueple ceste grief plaie,

Ce feu d'enfer qui tant en plaie,

Qui tant en as ars et espris.

Et tel respons en avoie pris.

Que respondit H très douz Père :

c Bêle très douce chière Mère ,

> Vous estes estoile de mer,

I Seur toute rien vous doi amer,

> Seur toute rien vous ai eslite,

» Quanque vous plest tout me délite ,

» Vos volentez en tous endroiz

» Weil que soit faite et il est droiz. »

La douce Mère Jhesucrist

Refait li enfes a donc dit :

c Biau très douz fils, moult me desplest»

» Quant à Boissons n'est si vous plest

» Assez plus bêle ma maison.

» Biau très douz cbier, n'est pas raison

I Qu'ele des autres soit la pire.

€ Douce Mère, > fais nostre sire

1 D'outre la mer, d'outre le Rin

» Vindront par tens li pèlerin ,

» De cui aport vostre chapèle

» Faite sera plaisanz et bêle ;

I Et por ce qu'ainsi grant poverté

» Cil de Soissons Tout tant souferté

> A mautalent m'ont escité,

1 S*onvoierai sus la cité

• Si grant flael (i), tuit crieront

» Et tnit merci vous prieront. »

Seigneur, por Dieu, dit l'onfanzoa , A ce sachiez que la leçon Est toute vraie que j*ai dite , Que por tens rendrai Tesperite* A ce sachiez sans contredit Qu'il est tout voir (2) quanque j'ai dit.

Que plus d'un mois ne vivrai.

Sans revenir lors m'en irai.

Mestre Hue (3) li Farsis dit. Qui i parla et qui le vit, Qu'onques letre n'out conneue N'oncques letre n'avoit veue.

Et lorsque s'ame du ciel vint Tiex clers et tel devin devint.

Que toute sont divinité.

Tuit li bon clers de la cité Son parfont (4) sens oir venoien€ Et leur doutances demandoient.

Tant lert bon clers, c'en est la somme , Qu'à trop grant peine à nul lai homme Se trop soutiz n'estoit d'entendre , Daignoit parler ne reson rendre.

Moult parloit à letrée gent ,

(1) Fléau, flageUum,

(2) Vérité.

(3) Hugues Farsit, auteur du lîYre des miracles de Notre-Dame de SoissoDS.

(4) Profond.

Latin parioit si beau , si gent , Tuit li bon clers s'en merveilloient Et à merveilles rescouioient.

Le viez testament , le nouvel , En rime et en mètre trop bel Contoit si bel, si à délivre (I) Com s'il le leust en un livre.

Quant parla de la saintée , Joseph qui iert de grant ée»

Quant à sa garde out Nostre Dame , Comme s'espouse et com sa famé.

Moult grant loenge de lui fist Aveuc plusieurs choses en dist : Qui tenet seeptrum florentiê virgme Cusios erat glariose puelU.

Si grant clarté lasus à mont (2) Veue avoit que de cest mont La grant clarté, la grant lumière Âusi baoit comme fumière , Nés regardoit ne le pooit.

Mais tout ades les iex clooit (3).

Sainz esperites ses grant dons Renouvela et fist à dons.

Ce miracle tieng à moult bel Cil qui David le pastorel , Le harpéeur, le chistariste , Fist 8on prophète et son psalmiste.

De cestui pastourel refist Son prophète ; quar quant qu'il dist Avint après ignelement Et sachiez bien certainement

(1> Affranchi , libre , defiberare.

(2; En liaat , ad moniem, (3) Fermait. Claudere.

Qu'esclairier vout li très douz père

Qu'on bonnourast sa douce mère

Seur toutes choses doucement.

Quant vint à son définement

Et de partir Tame en convint »

Si biaus, si Mans, si cler devint,

Qu'il ressembloit un angelot.

Trestout ausi com dit Tôt,

Li feu d'enfer par Soissons prist»

Et d'uns et d'autres tant esprist,

Non à Soissons tant seulement ,

Mes loing et près communément

Qu'à grant tourbe criant venoient

 Soissons où touz garissoient

fin saint soller, la bêle Dame.

Si com li filz la povre famé

Dire Tout oi vraiement

Li roys des roys qui pas ne ment,

D'outre le Rin et de l'Empire «

Ausi com dist Tout Nostre Sire ,

Grant et petit y acouroient.

Du grand aport qu'il aportoient

Edifiée fu l'église

Qui bêle et gente est à dévise ;

Où il a or moult biau couvent

De bêles dames qui souvent,

Non pas souvent, mais sans séjour.

Servent et loeot nuit et jor

La douce mère au roy célesire.

Aveucques elles veille et doint estre

La douce mère au créateur.

Moust pursont sages quant l'atour

Et le beubans (4) du mont guerpissent

(1) Pompe, magnificence, vanité, orgueil

Et les joies qui tost faiissent ,

Por les joies qui naroot fin.

S'eles bien servent de cuer fin

Celui qui épure et affine

Touz ceus qui ralmment d'amor fine.

Chascune s'y affinera

Que de fin fine finera.

Si leur dépri mouli finement

Quant saront mon définement

Finement prient la finée »

Joie me doint qui n'iert finée.

Diex qui seur touz purs et fins»

Si finement afint leur fins.

Que quant venra au définer.

De fine fin puissent finer.

U n'en fallut pas davantage pour qu'on se décidât à se mettre à l'œuvre ; aussi , la princesse Maihilde de Toulouse, nièce de Louis VU, alors abbesse de Notre-Dame» s'empressa -t -elle d'obtempérer à l'ordre du ciel. Les travaux cependant ne furent pas poussés activement; les ricbes offrandes qui venaient de temps à autre grossir les ressources de l'abbaye ne suffisant pas, l'on fut obligé de faire transporter les reliques en pays étrangers» afin d'y recueillir de nouvelles aumônes.

ii62. Mathilde» cependant» eut la consolation» en mourant» de laisser une splendide basilique dont la gloire devait reluire aux yeux de tous; et, si» à l'extérieur» l'architecture de ce magnifique monument ne parait pas avoir eu la moindre affinité avec le style ogival qui allait lutter au transept sud de la cathédrale contre la vieille architecture romane» et devait la détrôner presqu'entièrement avant la fin du siècle» nous sommes autorisés à croire que l'intérieur empruntait déjà» comme tant d'autres églises de la même époque» les timides

essais de l'iit ogival. C'est aa molna ce que nous foie supposer une vue intérieure de Taveniier que nous avons sous les yeux (i). Entrons dans quelques détails.

Extérieur. Quant à Tordonnance générale extérieure, cet édifice ne parait pas avoir subi d'innovations imporiantes. Cest toujours la forme des anciennes basiliques adoptée par les premiers chrétiens, mais avec prolongement des ailes autour du sanctuaire et l'interposition d'une nef transversale jetée entre l'abside et la grande salle. Son étendue, dans œuvre , était de 90 mètres de longueur sur 24 de largeur ; elle couvrait tout l'espace planté d'arbres occupé par la place Saint-Pierre et l'arrière-cour de la caserne actuelle.

La façade était nue et sévère , percée de trois portes cintrées, dont celle du milieu surchargée d^un fronton aigu , et les deux autres affrontées de deux tours d'égale hauteur, ce qui ne veut pas dire toutefois que cette partie de l'édifice était dépourvue de toute espèce d'ornement^ puisque nous savons que , dans la période de transition, on se servait , pour les archivoltes des fenêtres, les chapiteaux et les voussures du portail» de tout ce que l'omementisme roman avait de plus luxueux et de plus riche.

La corniche de la nef principale et des collatéraux reposait sur des modillons à figures grimaçantes, affectant, comme à Saint-Pierre , les formes les plus bizarres et les attitudes les plus grotesques. On peut la retrouver dans une multitude d'églises, à Vaurezis, à Pontenoy,

(2) Bien qoe nous soyons dans une juste défiance bur Texactitude de ta plupart de ces tues qui n'ont pas pour nous toute la précision archéologique « nous ne pouvons cependant leut refuser une cer^ taine valeur que les dates et |les fait» viennent du reste confirmer sous nos yeux. Ainsi , la cathédrale, Téglise Saint-Pierie , sa {,lus proche parente , Saint-Martin de Laon , Noyon , et tant d'autres portent avec elles leur extrait de naissance et accusent la première moitié du i2« siècle.

à Saint-Bandry, à Coamudles, à Vailiy, à Sapnt-Vaasl de. La Ferté-Milon, et surtout à Urcel, à Nouvion-le-Vineux, à Brayères près de Laon, les trois plus curieuses églises peut-être du département.

Des coBtreforts, plantéâ de dîstaDce en distance, sou* tenaient rentablemem, fci, aox ailes^ des pîhei^ butants et carres, peu saillanis, avec larmiers et ressauts. Là p ù ta grande nef, des colonnes cylindriques et cannelées avec des chapiteaux feuillages rappelant encore ïa forme corinthienne. Ce motif n'est pas absolument rare dans nos contrées, et nous le retrouvons dans plusieurs édifices des H* eH2^ siècles^ et, en paniculier» à Saint- Remy de Reims et sur le portail de Saint-Pierre de Soissons,

Les croisées à plein cintre égalaient certainement en richesse tout ce que le luse ogival a de plus gracieux. Pour être de notre avis, il suffît de jeter les yeux sur le dessin qui accompagne cette notice» et qui en rend avec beaucoup de précision jusqu'aux plus minutieux détails. Quatre colonnettes engagées, à scotie profonde, ornées de chapiteaux hisiorit^ et fantastiques, portent une bril* laute voussure brodée d'oves, creusées au vif, développées en fleurons, sillonnées en réseau, imitant les pommes de pin , les grappes de raisin , le fruit de IV uanas. L'archivolte est couronnée d'un cordon de feuilles qui se roulent à ûots, surmontée d'un ourlet de feuilles lacînlées. La seconde croisée oiïVe quelque différence dans son ornementation. Au lieu de ces oves enlacées dans des contours qui serpentent comme des nébules, c'est une espèce de bandeau pMcaturé en zîg-xag qui s'étend, se rapproche comme les plis d'un éventait h filet. C'est une dentelle unie , tuyautée comme celle d'une coiffure étagée. La partie supérieure de l'imposte est couronnée de rosaces à pétales recourbées, séparées par des culots et garnies d'un feston en dents de scie. Une guirlande de palmcttes rappelant la feuille d'olîvler,

recreusées en canal et pressées par te milieu pour en rapprocher tes extrémités, descend gracieusement jusqu'à la base des colonnettes. On dirait autant de coquillages rudentés placés en regard. Nous n'avons remarqué que deux violettes. Les chapiteaux sont des plus variés. Ici, dans la première fenêtre , un sujet mutilé. Un homme qui étoufifb deux énormes serpents écaillés. Vis à vis, un autre personnage à qui un animal féroce , un oiseau de proie déchire la langue. Une chimère ailée, à queue de serpent , à tête humaine appuie ses gri£fes sur deux serpents accolés ensemble par une ligature. Â la seconde fenêtre , une belle tête de vieillard , barbe, cheveux , moustaches en faisceau. Des feuilles d'acanthe parées d'un cordon de grains de chapelets au milieu , des palmettes enroulées, des nattes ou entrelacs bien fouillés. Ces trois derniers chapiteaux sont piqués de perles, ainsi que les tailloirs qui les surmontent, c Ces 1 belles fenêtres romanes, > dit M. Léon Vitet, dans un rapport adressé au ministre en 1831, t sont Tun des 1 plus beaux modèles que j'ai encore rencontré de ce » goût oriental, de ce style bizantin pur qui , après la » première Croisade , vint se naturaliser avec plus ou I moins de bonheur dans tout l'Occident. Les Grecs, » à leurs plus belles époques, > sgoute-t-il , c n'^ont rien » sculpté assurément d'un goût plus fin , plus spirituel, » plus capricieux, et à la fois phis régulier que ces deux » arcades. > (i)

(i) Ces deux magnifiques arcades d*un trayail exquis, sauvées comme parmiracle de cette lente destruction qui a duré depuis 1797 jusqu'en 4802 , sont aujourd'hui les seuls débris de cette église intéressante et remarquable à tant de titres, et en même temps un précieux échantillon d'une des plus belles époques de l'architecture romane fleurie . Il est regrettable, assurément, que la ville de Soissons à qui appartient la nu-propriété de l'ancienne abbaye , en vendant le terrain contign à ces magnifiques arcades» ait autorité le pro-

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