‹ Notre-Dame de Soissons, son histoire, ses églises, ses tombeaux, sesChapitre 2 sur 6 · V. Le clocher, qu'on appelait la laoteroe , passait pour · texte numérisé non relu

V. Le clocher, qu'on appelait la laoteroe , passait pour

une des pièces les plus hardies et les plus délicales. Il était très*élevé et comme découpé à jour par ses nombreuses ouvertures ; mais ses fenêtres géminées, coiffées de trèfles, ses galbes hérissés de crosses annonçaient que

\ sa naissance était postérieure d'un siècle environ au

I reste de l'édifice. On dit que l'architecte qui en fut

priétalre à élever, coatreces oonstnictioiis d'an travail si remarquable

' des bâtiments considérables qui en ont complètement dérobé la

) vue. Ce que nous avions prévu, lorsqu^en 1847 nous engagions la

' ville à ne pas ratifier une concession aussi peu motivée , et qui

{ pourrait un jour lui occasionner des regrets, est malheureusement

un fait accompli. Ces deux fenêtres sent désormais perdues pour

les arts. L'une est emprisonnée sous clé dans un énorme placard

d'appartement; l'autre, quoiqu'en plein air, n'en est pas moins

tenue en charte privée entre quatre hautes murailles qui , en

j l'aveuglant de toutes parts, la rendent invisible. L'administration

de la ville , qui n'attachait pas la même importance que nous aux

intérêts archéologiqaes» avait sans àonVe cru défendre suflteamment

les droits de l'art , et faire payer assez cher au propriétaire Ws

avantages qu'elle lui cédait en lui faisant prendre l'engagement

réel, mais qui, de fait, est devenu illusoire, de respecter les

sculptures délicieuses dont les archivoltes sont chargées. Le chef du

I génie militaire à Soissons parait avoir donné son approbation ^ ces

I arrangements, et permis de trancher le contrefort qui épaulait ces

I admirables feoèlres, désormais perdues pour les admirateura de

! rarcbitecture du 12« siècle.

« On a lieu d'être étonné , » disait entre autres choses le comité dont nous faiisions partie, «r que la ville, le génie les aient sacrifiées » si facilement; car, dutre leur intérêt au point de vue artistique et » archéologique, elles établissaient , au profit de la caserne, un » droit de jour qu'on regrettera peut-être plus tard d'avoir aban- » donné. Tout nous fiiit supposer que le ministre de la guerre » n'a pas été éclairé suffisamment sur l'importance de nos arca- » des, car si on lui eût fait connaître tonte leur valeur, il n'eût pas » manqué de prescrire toutes les mesures de conservation néces* » saires dans un moment surtout où le gouvernement manifeste sa » vive sollicitude pour nos anciens monuments, et fait faiire , d^ns » toute la France, et particulièrement aux flèches de Saint-Jean-i » des-Vignes, des travaux considérables de réparation et de con* » solidation. »

chargé, s'étant aperçu qu'elle pencbait , craignit de la voir s'écrouler, et s'enfuit sans réclamer le salaire qui lui était dû. Au reste » ce n'était pas là les seuls évé« nements extraordinaires qui s'étaient passés pendant la construction de cette église. On racontait qu'un serrurier laonnois, après avoir pris avec l'architecte de l'édifice des engagements pour l'entretien des outils de tailleurs de pierre, voulant rompre un contrat qu'il trouvait désavantageux, entreprit de retourner dans son pays; mais à peine était-il arrivé à la montagne de Crouy que ses pieds restèrent enchaînés au sol sans qu'il lui fftt possible d'avancer ni de reculer. 11 ne recouvra l'usage de ses jambes que devant l'image de la sainte Vierge. {Preuves de Notre-Dame, page 486).

Intérieur. Malgré ces ruines et ces déplorables mutilations, nous avons pu vous donner une idée assez complète de ce monument à l'extérieur. Mais, hélas ! nous serons moins heureux en vous parlant de l'intérieur. Ici, tout a disparu, jusqu'au sol, et les historiens qui auraient pu si facilement nous en donner une exacte description ont malheureusement gardé le plus profond silence.

Le bruit de quelques arbres agitant leurs tendres rameaux, les jeux bruyants des enfants qui s'enfuient entre ces allées de verdure, les conversations monotones du soldat ennuyé de son loisir, mêlées à la voix aigre de quelques marchandes de fruits ; voilà l'étrange psalmodie qui a remplacé le concert étemel de louanges qui retentissait jadis à Notre-Dame. Du reste, n'y cherchez plus ces colonnes romanes mariées aux arcades élevées de l'ogive , ces galeries transparentes, ces splendides verrières, cette abside remarquable par son élévation et sa belle perspective, ni l'argenterie bâtie par Ade de Bazocbe, ni ce navire d'argent donné par la princesse de Ck)ucy à Marguerite, sa fille, ni cet autel

— sodé marbre, m deê plu» beaux qu*m puisse bair, ni ce chœar oroé de g^rands tableaux représentant la vie de la sainte Vierge, ni ces stalles dites en pleine renaissance sons Catherine de Bourbon, ni ces grilles magnifiques eu fer battu dues à la générosité d'Henriette de Lorraine* Ne fouillez pas même la terre pour y retrouver les dalles funéraires qui couvraient les corps de Béatrix de Man* tinmont, des deux Elisabeth de Chitillou, des Marguerite de Coucy, de Cambronne, de Luxembourg, des Françoise Lejeune, des Madeleine de Vendôme, fille de Jacques, bâiard de Bourbon, ornées de deux écus* sons» Fun de Vendôme chargé d'un sautoir qui était la marque du bâtard, ni des seigneurs de Barbançon, du comte et de la comtesse d*Harcourt dont le corps reposait à Tabbaye de Royaumont, et le cœur à Notre- Dame, auprès de sa fille chérie, Ârmande-Henriette de Lorraine; tout a été enlevé, bouleversé, brisé^ détruit. Le trésor lui-même dont rien ne surpassait la richesse n'est plus! Les châsses d'argent, ouvrage merveilleux des siècles de foi, mais effacées par le reliquaire qui renfermait une portion de la croix du Sauveur, le grand texte des évangiles enrichi d'une infinité de pierreries, les belles tapisseries placées devant les reliques, les somptueuses courtines semées d'armoiries, les canevas brodés d'argent, les fresques éclatantes , les feseles et les vases si variés, tant d'objets émaillés et tout ruisselants d'or, les heures et le chapelet de Pierre de Luxembourg, les belles bourses remplies de reliques que les seigneurs français portaient h leurs ceintures en revenant des Croisades, tout cela est passé au creuset de la monnaie, du vandalisme ou de la spéculation (l)«

(1) A l'exception toutefois d*un bean calice en yermeil qui est aujoord'boi à la cathédrale de SoissoDS. Ce calice , qui n'est pas sans îBtérèt , parait cependant du i7« siècle. La coupe droite et

Collégiale de Saint-Pierre.

Non loin de l'église Notre-Dame se trouvait une autre église dédiée à saint Pierre , prince des apôtres. On sait que c'était une coutume dès Torlgine, dans Tordre de saint Benoit, de bâtir plusieurs églises dans les grands monastères, lors même qu'ils n'étaient composés que de moines; mais, ici, la fondation de Saint-Pierre s'explique par la nécessité où se trouva la communauté, déjà si nombreuse à sa naissance, d'avoir un corps religieux chargé du service des autels, de la direction spirituelle et de l'administration temporelle de l'abbaye. On en avait ainsi agi à Chelles, à Jouarre , à Faremoutier, à Tuflée, et ailleurs. Il paraît que cette double administration fut d'abord confiée à des moines qui vivaient, de leur côté, en communauté, ainsi que cela se pratiquait dans les couvents de filtes ; mais qu'au 9* siècle, vers 870, on les remplaça par des chanoines (1).

sans rebord repose sur une tige qui s'épanouit en corole chargée de ciselures, de palmettes entremêlées de trois bas-reliefe représentant VAdoralion des liages, la Présentation au Temple et la Fuite en Egypte. Sur le nœud de la tige , un ange tenant un phylactère où est écrit : Gloria in exeelHi, s'abaisse ?era le pied du calice où sont figurées l'Annonciation, la ViHitation et la nais* sance de Jésus-Christ. La patène , d'une forme gracieuse , est décorée à l'intérieur d'emblèmes religieux. Le fond extérieur rappelle l'Assomption de la sainte Vierge enlevée par les anges. Le manuscrit peut-être unique en beauté des poésies de Gautier de Goincy.aété aussi sauvé de ce naufrage révolutionnaire. Nous terminons en ce mo* ment cette charmante publication d'un des plus curieux livres qui existent. Nous possédons déplus un tableau sur bois représentant le christ en croix et les deux larions, dans le genre de Franck qui pro« vient aussi de Notre^'Dame. Nous la tenons d'une personne à qui la dernière abbesseMm* Momoot de laRo<*hefoucaud,ravait laissé comme seul et unique gage de son affection et de sa reconnaissance, pour les soins journaliers et désintéressés qu'elle en avait reçus dans sa plus profonde détresse.

(1) Dom Germain dit que les moines ne forent pas expulsés.

Nous avons une charte de Charles-le-Chauve de 873 pour rétablissement des chanoines de Sainte-Pierre, et qui règle les services qu'ils doivent rendre à l'abbaye. Il y est dit y entre autres choses, c que si la grande.no- » blesse de celte abbaye réclame une splendide repré*

• sentation et un accroissement égal de faveurs tempo- » relies, il est juste qu'elle soit aussi magnifiquement

> traitée au spirituel et dans ce qui est du service divin; » mais que les ft?mmes seules, sans le secours des

> hommes, ne pouvant arriver à cette pompe éclatante » que demande la religion , il établit des ecclésiastiques i de tous les degrés de la hiérarchie sacerdotale , des » prêtres, des diacres, des clercs minorés pour la des-

> serte des autels, les offices solennels, et enfin pour

• toutes les diverses fonctions du saint ministère. » Une fois leurs devoirs accomplis et la conscience déchargée de leurs obligations, ils devaient se retirer de la présence des religieuses et rentrer dans leur cloitre.

Leur nombre était fixé à vingt^cinq au plus. On avait assigné, pour leur subsistance, tout le revenu de la terre de Chouy (Choa) et les dîmes de Pargny Pairinicio destinés jusqu'alors à ^la nourriture et aux vêtements des religieuses. Le prévôt de l'abbaye devait leur donner, pour leur boisson ordinaire , et aux jours de fêtes fériés, deux cent cinquante muids de vin par an. Dans les années d'une récolte abondante en vin, les prêtres recevaient par jour trois livres de vin, les diacres.

que ceux d'entre eux qui étaient prêtres devinrent curés des vil* lages soumis au monastère ; que quelques-uns continuèrent même de diriger la conscience des religieuses, et à gouverner Pbôpital, de concert avec les frères-servants non prêtres qui prirent soin, comme auparavant , du temporel de l'abbaye. Histoire de Notre* Dame, page OT.

On croit que Pascbase Radbert avait été instruit dans le collège clérical de Saint-Pierre qui possédait déjà de précieux manuscrits.

deux, les soasdiacres et les autres clercs, une livre pour chaque individu. Dans les temps de disette , on pouvait y suppléer par une distribution de cervoise.

On voit clairement par ce diplôme et les bulles des Papes que les chanoines de Saint-Pierre, obligés dè> le commencement de leur fondation à s'acquitter de certains devoirs en vue desquels ils recevaient leur subsistance des biens du monastère , devaient être soumis aux abbesses qui avaient la collation de leurs bénéfices qu'elles conféraient de plein droit en qualité de fondatrices et de patrones (1).

Les chanoines vécurent en bonne intelligence avec les religieuses de Notre-Dame jusque vers le milieu du 12® siècle (1(54). Ils prétendirent alors avoir le droit d'ajouter des prébendes à celles qui étaient fondées dans leur église, et cela de leur autorité privée. L'abbesse adressa des plaintes au souverain Pontife Alexandre III qui cassa cette érection par une bulle. Par une autre bulle de 1(50, ce même Pape leur défend déposséder d'autres bénéfices que leurs prébendes, de peur qu'ils ne viennent à négliger les devoirs qui les attachent à l'église de l'abbaye. Dans le cas de refus, il ordonne à

(1) Lors de la prise de possession des abbesses le doyen, revêtu de sa chape , allait au-devant de Tabhesse jusqu'à la ( remière porte avec le corps du chapitre précédé de la croix. A son arrivée , il lui présentait l'eau bénite , et le diacre le texte des Evangiles. Après quoii lé doyen la complimentait, puis la conduisait devant Tautel où, ayant fait sa prière , elle entrait au chapitre. Après avoir pris possession de soi office et de sa prébende de trésorière , elle retournait à l'église qu'on avait parée de ses plus magnifiques ornements. Le doyen la plaçait immédiatement à la première stalle du chœur, du côté gauche , et aussitôt il entonnait le 7e Dtfttfii. Ce cantique terminé , le doyen commençait la messe du Saint-Esprit, durant laquelle l'abbesse et les trente religieuses qui l'accompagnaient en cette cérémonie, recevaient tous les honneurs et les prééoiinences qu'on a coutume de déférer aux patrons et aux fondateurs des églises. D. Germain, page 404.

Tabbesse de les priver de leurs bénéfices. Lucius III en 1181, Urbain IV en 1264 renouvelèrent la même défense, et déclarèrent qu'il ne leur était pas permis de recevoir aucune cure, titre ou bénéfice, qu'ils n'aient, auparavant, remis leurs canonicats entre les mains de l'abbesse. La collégiale possédait alors trente prébendes ; Tabbesse était trésorière. Les chanoines avaient à leur téie an doyen.

Quelques années auparavant, était intervenu une sentence arbitrale entre l'abbesse Agnès de Cherizy et les chanoines, touchant les services qu'ils devaient rendre à ^église et les rétributions qu'ils en recevaient. D'après ce concordat , le chanoine semainier était tenu, aux principales fêtes de l'année, de commencer les Vêpres eo^l'église de Notre-Dame, et pendant le cantique de Ma^ gnificat d'encenser, en chape de soie, l'abbesse et la prieure ; le sous*diacre , aussi en chape de soie , présentait de l'encens aux deux parties du chœur. A la messe, ce dernier portait le texte après l'Evangile , et la Paix devant la communion, et le diacre encensait à son tour. Le doyen du chapitre remplissait aussi diverses cérémonies, comme de chanter la messe aux fêtes solennelles, de bénir les cendres et les rameaux , et le feu nouveau le Vendredi-Saint. Le jeudi et le samedi, le feu était béni par le semainier , accompagné d'un sous* diacre. Lorsqu'une religieuse converse mourait, les chanoines portaient, avec respect, son corps au Heu de la sépulture; mais tous ces usages, qu'approuvaient la simplicité des temps, furent supprimés en 1517 lors de la réforme opérée par le cardinal de Bourbon.

De nouvelles contestations s'élevèrent cependant en 1377 à l'occasion des dominicains de Vailly que l'abbesse, Marguerite de Coucy, avait pris pour administrer les sacrements. Jean Lihuissier, doyen de Saint-Pierre, prétendit être le seul curé des religieuses, et déclara pu-

bliquement qu'il soutiendrait son droit envers et contre tous; mais il reconnut ses torts et fit amende honora* ble à Tabbesse et à ses filles. Enfin , par un jugement rendu en J675 par Tofficialité de Reims, les chanoines furent obligés de se soumettre à leurs devoirs, sous peine d'interdiction de leurs saints ordres,

La primitive église de Saint-Pierre, que nous pourrions aussi appeler basilique, puisqu'elle était occupée par des moines tirés sans doute de Saint-Pierre de Rethonde, prieuré que saint Drausin avait créé un peu avant Notre-Dame, avait disparu ou menaçait de s'écrouler, lorsqu'au 12' siècle on entreprit de la rétablir sur le même emplacement. Cette nouvelle église, située au nord de celle de Notre-Dame dont elle suivait Torientation et affectait la forme plus en petit, en était si rapprochée, qu'un étroit passage de sept à huit mètres seulement séparait les deux édifices. La collégiale de Saint-Pierre devait se ressentir évidemment, dans son plan et ses détails d'architecture quoique moins finis, dé ce voisinage et de cette situation de dépendance dans laquelle elle se trouvait vis-à-vis de sa rivale, ou plutôt de sa mère. Au reste , il serait difficile aujourd'hui , en l'absence de documents positifs, de décider quelle est celle des deux églises qui a été antérieure à l'autre et lui a servi de modèle.

Quoi qu'il en soit, nous sommes portés à croire que ces deux monuments avaient beaucoup d'afilnité, non-seulement quant à la disposition générale et à la forme, mais encore quant au style et à l'ornementation. Saint-Pierre avait aussi le plan des basiliques, mais avec ses modifications encore récentes. C'était la croix latine avec le clocher au point central , l'abside circulaire ou en hémicycle, deux transepts, une nef principale et ses deux latéraux. L'édifice , dans sa composition architecturale, représentait non-seulement la barque, la nacelle légère

qui glisse sur les eaux, mais le navire avec sa nef, son mât et sa proue, destiné i braver les flots en courroux. On retrouverait tous ces emblèmes religieux dans nos temples catholiques, si Ton voulait se donner la peine de les étudier dans leurs rapports réels et symboliques. Nous pouvons dire qu*à l'extérieur, Saint-Pierre était tout roman, si nous en exceptons les voussures de la porte principale où commence à poindre Fogive. Cette porte est flanquée de six colonnettes; quatre d'entre elles portent le fût cannelé et isolé du mur. Ces fàts^ en pierres monolithes et très-dures, reposent sur un soubassement élevé avec un tore et une scoiie profondément fouillée. Les chapiteaux ornés de larges feuilles enroulées et frisées se terminent par des croches ou boutons qui se recourbent en volutes. Dans lentrecolonnemeut se trouvaient des statues dont II ne reste plus que le piédestal, encore a-t-il été mutilé. Les voussures sont formées de deux tores unis et d'un bandeau découpé par des cavités ou sillons de manière à former une espèce d'engrenage avec ses vides et ses pleins alternés. Une magnifique archivolte, chargée depalmeites se relevant vers la partie supérieure pour encadrer un médaillon dont la figure est effacée, recouvre cette belle voussure. Letym* pan était occupé par un bas-relief ; mais les sujets en ont . été tellement hachés, tailladés, c'est le mot, qu'il n'est plus possible de distinguer la scène qu'ils représentaient. Deux contreforts plats et peu saillants accompagnent cette porte et s'arrêtent dans le haut, un peu au-dessous d'une curieuse corniche garnie de modillons d^une composition fantastique et bizarre ; ce sont des têtes grotesques, des masques, des figures d'hommes et d'animaux alternées, des bouts de solives en biseau , des fleurons et des palmettes. Cette corniche, qui tnériterait une description plus étendue , parcourt toute la nef principale et enveloppe dans son circuit une charmante tourelle

surmontée d'un toit conique imbriqué. Au-dessus, la façade se termine par un pignon à double égoût, et dont le fronton aigu est percé d'une ouverture carrée , ornée d'un cintre en décharge, disposition très-usitée au J2« siècle* Des portes latérales flanquées aussi de colonnettes engagées, enrichies d'un tore« s'ouvraient dans les bas-côtés. Trois fenêtres à plein-cintre, ornées de colonnettes et surchargées de violettes, donnaient beaucoup de grâce à cette façade dont l'ensemble est sévère, mais harmonieux. Au midi delà nef et du latéral, la même ornementalion se reproduit ; ce sont toujours des cordons de violettes qui circulent tout le long des murs et se festonnent au-dessus des fenêtres pour en former des archivoltes gracieuses, quoique les évasements des baies soient dépourvues d'ornements.

Le choeur et l'abside ont disparu , ainsi qu'une partie de la nef et le clocher; mais ce dernier, si on en juge d'après la gravure de Tavernier, n'était pas sans importance, quant à la tour carrée. Ses quatre faces étaient remarquables par une double arcade dans laquelle s'ouvraient des fenêtres géminées, séparées par une colonnette centrale qui supportait un tympan aveugle. Deux archivoltes, décorées de violettf»s, formaient encadrement au-dessus. Une guirlande de palmettes se déroulait avec grâce le long de la corniche. Quant à la flèche en bois qui surmontait la tour, elle était des plus vulgau*es ; elle se composait de quelques baies écrasées, semblables à des sabords flanquées de quati*e clochetons aigus aux angles. Ce genre de construction hibride, assez commun dans nos campagnes, ne remonte pas à une époque bien éloignée. On n'a pu y avoir recours que dans les temps de calamité et d'épuisement, lorsqu'il y avait vraiment pénurie de numéraire et d'artistes, ce qui est arrivé bien souvent à la suite des guerres désas-

treuses qui ont affligé le pays, et sariout ces riches contrées.

A rintérieur, Féglise est des plus simples. Au Heu de ces belles voûtes en pierres, croisées d'élégantes nervures, il n'y avait, au moins dans les nefs, que de simples planchers reposant sur des saillies en forme de corniches. Des cinq travées qui composaient la nef, il n'en reste phis que deux offrant un développement de dix mètres environ de longueur sur cinq mètres de largeur non compris les bas-côtés de quatre mètres. Ces arcades en ogive, sont soutenues par des colonnes cylindriques assez élancées ; les bases sont ornées de tores, affrontées de feuilles aux angles. De larges feuilles frisées enlacent aux deux tiers ces chapiteaux cubiques d'où sort, comme d'une corbeille , des tiges qui se recourbent en volutes. Un tailloir carré en chanfrein les couronne. Là, encore, réminiscence de la vieille architecture clas-^ sique; mais libre , idéale et capricieuse. La tribime est supportée par quatre colonnettes du môme style ; seulement, les chapiteaux sont lisses. Au-dessus s'étend une voûte à vive-aréte. Une arcade à plein cintre sur laquelle on aperçoit quelques rosaces rouges, semées sur un fond jaune, découpées de lignes blanches forme Fouverture de celte tribune.

Nous devons nous féliciter que cette église n'ait pas été complètement entraînée dans la ruine de l'aMaye, et que la façade romane et une partie de la nef aient échappé à la destruction. Malheureusement elles n'ont pas échappé aux outrages qui les ont si cruellement mutilées. Les statues ont été enlevées, les bas-reliefs brisés. Ce monument, après avoir servi de hangar, de remise, sert aujourd'hui d'entrepôt de vin. Qu'a-t-il donc gagné en passant des mains des particuliers entre celles de la ville, à laquelle il appartient? Quel profit a-t-il retiré de cet échange ? Et la ville , qui vient de le débar-

rasser de ces deuK misérables échopes qoi en souillaient^ la vue, ne se hâtera-t-elle pas de faire disparaître le malencontreux dépôt établi dans son enceinte? Nous n'avons pas besoin de demander si cette destination mercantile est convenable, si elle est conservatrice? Saiot-Pierre n'est propre aujourd'hui qu'à un seul usage, à la formation d'un musée soissonnais. C'est là la seule appropriation qui soit à sa hauteur, et que nous réclamons de nouveau pour lui. Dans ces conditions, ce petit monument sera encore le plus riche écrin du musée soissonnais. Nous f;>isons des vœux ardents pour la réalisation d'un projet qui honorerait l'administration municipale et agréerait singulièrement tous les archéologues (i).

Eglise Sainte^Geneviève.

Outre l'église de Notre-Dame et de Saint-Pierre , nous avons dit qu'il existait une troisième église dédiée à sainte Geneviève. Cette église ou chapelle devait servir aux religieuses malades, ou aux hôtes et aux pauvres qu'on recevait dans le monastère. Nous ne possédons aucun renseignement sur sa construction ni sur sa durée. 11 est probable qu'elle avait été bâtie dans un lieu très-voisin de l'hôpital destiné aux pèlerins et aux étrangers.

(1) \\ existe, dans la cathédale de Soissons, sous les cloches, «ne pierre tumulaire du lf« siècle, provenant de Saint- Pierre , et contemporaine de Téglise. Elle porte l'effigie d*un prêtre revèta de la chasuble antique , tenant un calice dans ses mains. Dans «ne légende qui Tencadre horizontalement, on lit.....

Fit Remit naluiy requietcit <.o. des Renerus fidifuil Aeolylus verus ceUbris hum.. . des fuit isto cap,... Rogate.... Deus hune acareere iel..., autour de la tète du personnage on a gravé en demi cercle ces mots : Anno Domini MCCLXVIII kl, Maii. Nous devons à Tobligeanoe de M. Fossé-Darcosse la communicaUon de cette inscription qu'il est aujourd'hui très-difficile de compléter.

Eglise Sainte-Croiûù»

Il paraîtrait que, peu de temps après la mort de saint Drausin, on aurait élevé une quatrième église que i'au^^ teur de la vie de saint Voué et Pascbase Radhert» écrivain du xi* siècle* appellent BaHUqae. Elle aurait été dédiée à la sainte Croix , et affectée à la sépulture des religieuses. Le corps de saint Voué y fut inhumé, ety de-^ meura jusqu'à la construction de la dernière église. On assure que cette chapelle était à gauche de la grande ^se, à l'orient» Gelieu était en grande vénération, sur^ tout depuis que le prince Henry y avait déposé la croix miraculeuse trouvée dans l'Aisne. Voici à quelle occasion: • Henry, api es une sanglante bataille où il déBt » les Normands sur les bords de l'Aisne , entra dans la » rivière pour se nettoyer , parce que ses armes étaient » toutes couvertes de sang et de poussière , où , voyant

• venir à lui une croix noire qui flottait sur la rivière

• contre le fil de l'eau, le duc de Saxe poussa son che-

• val danç le lit de l'Aisne > et tira de l'eau la croix

• miraculeuse sans se mouiller aucunement. >

Si et remporta ou moutier saint Drosin ; Encor y est, oncques pui n'en parti.

Très-bien le lèvent et vieillart et meschin.

Veiller y vont encore li pèlerin Cil qui bataille veulent fère et fournir.

SI on s'en rapporte à ce récit du poète Guérin le Lobé* rain, et surtout à la tradition telle que l'explique l'abbé Leboeuf , ce ne serait pas dans l'église Sainte-Croix, mais bien dans celle de Notre-Dame qu'aurait été dépo* sée cette insigne relique»

Mmuuière.

Le monastère de Notre-Dame partagea toutes les vici»-

siludes de ses édifices religieux. Reconstruit dans la première moitié du 12<^ siècle , parce qu'il tombait en ruine par la vétusté et les secousses qu'il avait éprouvées lors de la démolition de Tancienne église, il présenta alors! Image d'une forteresse parla solidité et l'élévation de ses murs de clôture qui ressemblaient à de véritables remparts. On peut en avoir une idée en jetant les yeux sur la porte qui subsiste encore dans la rue Neuve- Notre-Dame. C'est un double porche ogival aux voussures profondes, à plusieurs retrait5, en vive arête. Le fond du mur, en partie plein, ne laisse dans la partie inférieure qu'un étroit passage surmonté d'un cintre en anse de panier. Des jours aujourd'hui grillés, sans doute d'anciens ci^neaux , rompaient l'uniformité de ce grand mur dont le haut se terminait par une plate-forme échancrée de distance en distance et ornée de tourillons en encorbel' lement. Des offices, des cuisines^ des dortoirs avaient été construits à cette époque qui peut passer pour celle du renouvellement complet du monastère. Dans le siècle suivant, de i250 à 1560, de grands travaux s'exé'cutèrent encore; dans cette riche abbaye, et l'on peut dire que le gouvernement de chaque abbesse y apporta quelques développements ou embellissements nouveaux. L'abbatial , l'argenterie , les lieux réguliers et leurs cloîtres, les fontaines, les aqueducs souterrains, le grand hôpital et une foule d'autres bâtiments s'élevèrent comme par enchantement durant cette période de tranquillité. Les dottres furent cependant rebâtis au i6« siècle par Catherine de Bourbon, à qui on fut redevable de plusieurs autresconstructions importantes dans l'église et dans le couvent, tels que : le réfectoire, les infirmeries, la grante salle voûtée qui était au-dessous, la porte d'entrée, la clôture, le corps-de-logis entre l'église et le dortoir, appelé le Noviciat. H parait que ce dernier édifice d'une beauté remarquable Caisatt l'admiration

de lous les architectes. La façade abbatiale du côté de la cour extérieure, et le parloir avec les degrt^ de pierre pour y accéder du côté de la viUe« étaient l'œuvre de Louise de Lorraine» et dataient du commencement du xvii« siècle.

De ce vaste et spleiidide monastère, il ne re^te plus aujourd'hui que Tabbatt^l , le parloir, le dessus de la porte fortifiée qui sert aujourd'hui de sallede discipline militaire, quelques parties du noviciat, et le corps-de*logis construit sur la rue par la dernière abbesse, M"" de Larochefoucauld-Momont; le resté a disparu. Les cloîtres, les offices, . les communs livrés à toutes sortes de d^radations, tombèrent peu à peu en ruine.

Hospice Saint 'Voué.

Il en fut de même de l'hospice Saint-Voué qui avait été rebâti au xii« siècle sur des proportions plus vastes; car ce n'était plus le petit hôpital accolé aux murs romains qui fermaient l'abbaye, mais bien de magnifiques bâtiments auxquels on pouvait communiquer au premier par une galerie en bois jetée sur les remparts et traversant la rue Notre-Dame. Cet hospice, où se trouvaient les écuries, les greniers et la basse-coiur, fut aliéné ; et des maisons particulières, des chantiers de bois vinrent trôner sur leurs vieux débris et les accommoder à leurs usages. La petite tour Saint-Benott, plus connue dans le langage du temps sous la dénomination de tour Lardier ou du Diable (i), ne domine plus le cours de rÂi:»ne.

(1) Nicolas Berlette raconte , d*après une tradition populaire fort accréditée de son temps , que le démon emportait la treizième personne qui passait dans la rue Mont-Revers. Chassé de ce lieu par saint Voué qui avait fait passer devant lui douze personnes bien disposées, le démon avait obtenu du saint confesseur la rivière d'Aisne, au-dessous de la tour Lardier, comme une retraité moins malheureuse que Teofer.

Pendant longtemps, on conjura encore tous les ans le démon dans

Elle n^a pu trouver grâce devant le génie militaire qui a nivelé tant de choses qu'il aurait pu alors conserver. Ainsi, Thumble retraite que la tradition assigne au pieux reclus écossais n'a pas survécu au monastère qui l'avait accueilli.

S 5, Monuments.

Mausolées^ — Tombeaux de saint Drausin et de saint Voué^

Statues., — Pierres iumulaires des abbesses

de Noire-Dame. — Inscriptions.

Ces richesses architecturales ne sont ps^ lea seules que nous ayons à regretter dans la ruine de cette puissante

une tour que le génie militaire a foit malencontreusement disparaître. Il est évident que c*est l'altération d*nn fait plus simple dans son origine, mais poétisé par la légende locale. Cette cérémonie avait lieu sans doute, parce que cette tour, improprement désignée comme la véritable demeure du saint , avait été sanctifiée par les larmes et la pénitence de ce grand thaumaturge de la cité soissonnaise ; peut- être aussi en mémoire du miracle que saint Voué avait opéré en chassant le démon du corps d'un domestique de l'abbaye. Quoi qu'il en soit, ce fait était déjàtrës-célèbre au commencement du XIII* siècle , puisque le poète Gautier de Goinsy le cite dans se€ miracles de la sainte Vierge comme un fait contemporain du ix« La tradition se perpétue, mais avec des modifications qui en altèrent souvent la simplicité , comme nous le disions naguères,

Souvent avait povres moissons

En la valée de Soissons,

Quant li martyrs (saint Sébastien) fu apporte»

Li pays iert si avortes

Ne povait croistre n'un n'el ;

Car sus la porte saint Voêl ,

Ertun deableà séjour

Qui estonnait nuit et jour

Toute hi ville par sa voix.

Souvent crioit li fel , li froiz ,

A voiz haie , à voiz hideuse ,

 voiz horrible et ténébreuse :

Fe tibif SuessiOt peribis ui Sodoma.

abbaye. Il y a beaucoup d'objets qui , pour éire d'un plus mince volume qu'une vaste cathédrale et un bâtiment aux proportions hardies, n'en ont pas moins une valeur artistique et relative qui échappe à toutes les appréciations ordinaires auxquelles on voudrait les soumettre. C'est ce qui existait à Notre-Dame qui, au dire des chroniqueurs, possédait sous ce rapport des monuments historiques d'un prix inestimable.

Entre tous ces objets mémorables, on admirait plus particulièrement les mausolées de Catherine de Bourbon, tante de Henri IV, et de la princesse Louise de Lorraine. Ces deux magnifiques cénotaphes , semblables de forme , étaient de marbre noir incrusté de marbre blanc.

Le premier représentait la figure naturelle de la défunte et celle de sa sœur, la princesse Marie de Bourbon, fiancée à Jacques, roi d^Ecosse,et morte en 4658, à l'âge de vingt-trois ans.

Mais les tombeaux les plus renommés étaient deux sarcophages de pierre très-dure qu'on a souvent confondue avec le marbre blanc, pour n^voir pas fait attention à la teinte bistre que porte la pierre de liais. Ces tombeaux, de deux mètres de long sur un mètre de haut, étaient supportés par deux colonnes de marbre noir et revêtus, l'un d'un couvercle uni , Fautre d'un couvercle imbriqué. Sur les parois extérieures du premier tombeau couraient en arabesques, d'un côté des branches de vigne, chargées de pampres, et de l'autre des grappes de raisin. Au milieu, une couronne ornée de postes ombrageait le fameux Chrésimon Qumonc^ramme du Christ placé entre l'alpha et l'oméga ; de l'autre côté était massée en épis une riche moisson de froment. Aux deux extrémités, entre des colonnettes cannelées et appliquées aux angles, à droite était une guirlande de feuilles longues et pointues entourant le monogramme avec un cep de vigne sans feuilles, mais chargé de grappes de raisin. A

gauche, on remarquait une rosace occupée par un fleuron multipétale encadré de roseaux fleuris.

Le second tonib<'au, bien plus riche et plus varié de sculptures, était couvert de bas-reltet's rq)ré,sentant des scènes historiées de TAncien et du Nouveau Tesument. Ces bas-reliefs, divisés en cinq compartiments , séparés par des colonnes torses surmontées de chapiteaux à palmette*^, avec la corbeille et la volute corintluenne, fonnaient autant de tableaux» Au-dessus s'élevait une arcade en anse de panier, ornée de vases d*encens ou de personnages placés entre les rampes à la retombée de Tarchivolle. Dans le premier tableau, on remarquait deux personnages, dont l'un d'eux versait de l'eau sur la tête d'un enfant; une colombe s'abaissait vers lm\ Dans le second tableau, trois personnages; au milieu d'eux , une femme s^enouillée cherchant à toucher la robe de l'un d'eux. Dans le tableau central, une croix marquetée de pierres précieuses, carrées et losangées. Deux soldats, vêtus à la romaine, placés au-dessous des branches de la croix , s'appuyaient sur leurs boucliers. Deux colombes, posées sur les deux bras de la croix, se tournaient, le bec ouvert, vers une couronne triomphale où était inscrit le monogramme du Christ, sur-' monté d'une colombe qui tenait à son bec une petite croix patlée attachée à la couronne. Dans le quatrième tableau , trois grands personnages et un plus petit dans une humble attitude. Dans le cinquième tableau, trois personnages dont deux se désaltéraient ; l'un frappait un rocher avec un bâton, et tenait un rouleau de l'autre main. Aux deux extrémités du tombeau on voyait , d'un côté, dans un fourneau ardent, trois personnes levant les mains au ciel; de Tautre coté était debout un homme dépouillé de ses vêtements ; un lion à côté de lui qui le considérait. Voyez Expilly, t. 6, p. 835.

La plupart des historiens soissonnais et des auteurs

qui ODl eu occasion de parler de ces monumeuts ont été fort embarrassés pour expliquer ces bas-reliefs.

Le chanoine Cabaret qui assure , dans ses Mémoires, avoir bien examiné ces sculptures auxquelles il reproche, toutefois, d'être lourdes et grossières, en donne l'explication suivante : c Le premier tableau me paraît figurer » le baptême de J.-C. La figure de celui qui le donne,

> l'attitude de celui qui le reçoit, la colombe qui descend » sur la tête du baptisé au milieu des rayons de feu qui 1 l'environnent, me persuadent que le sculpteur a voulu » désigner le baptême de N.-S. par saint Jean-Baptiste » au milieu du Jourdain* » Seulement, pourquoi trois personnes ? pourquoi J.-C. sous la forme d*un enfant de dix à douze ans ?

f La femme suppliante du deuxième tableau me parait » être l'Hémorroïsse de l'Evangile. Sa posture humble ,

> Teffort qu'elle semble faire pour se saisir de la robe

> de celui à qui elle parle , qui l'écoute et semble lui » répondre , les figures qui l'accompagnent et qui admi-

> rent sa foi, tout annonce la présence de ce sujet pieux.

» Le troisième tableau est, sans contredit « nn^calvaire » d'imagination et une croix embellie d'incrustations dans » un cercle formé par une couronne de laurier figurative»

> de celle d'épines gardée par les soldats juifs. > N'estce pas tout simplement un médaillon , un cartouche, une signature pieuse et abréviative comme on en rencontre tant à toutes les époques, et surtout dans le basempire et au commencement du moyen-âge ?

1 Le quatrième tableau me parait désigner le prince » de la synagogue. Son mouchoir poui* recevoir et » esbuyer les larmes» sa posture à genoux, celle de J.-C. » qui l'écoute avec attention , ses disciples qui l'admi- » rent, toutes ces attitudes rappellent la mémoire de ce

> miracle. > N'est - ce pas plutôt le fait de Marie -

Madeleine y des pèlerins d'Emmaûs, ou de la femme adultère?

> Le cinquième tableau est , à ce que je pense , le t miracle du rocher dans le désert. Le rocher n'offre

• qu'une petite pierre d'où il sort une affluence d'eau

• dont se désaltèrent deux Israélites. En face de ces » deux figfureS) Moïse tenant à la main droite un gros » bâton frappe le rocher ; de la main gauche, un rouleau

> de papier que je présume désigner la loi des Israélites. » Il sgoute naïvement c que le fourneau ardent sur lequel » on voit deux hommes qui joignent les mains (le » mur cachait le troisième personnage) lui paraissent

> signifier le purgatoire plutôt que l'enfer, par la raison » que l'attitude de ces figures, loin de supposer le dé-« » sespoir, accusent, au contraire , des supplications vers

> le ciel. Quant à l'homme nu et ail lion , il pense que » l'intention de l'artiste a été d'y représenter la misère 1 humaine, figurée par la nudité et les combats sur la » terre par la férocité du lion. > N'est-il pas plus naturel> plus simple et plus vrai d'y voir les trois enfants dans la fournaise, et Daniel dans la fosse aux lions ? Si on s'en rapportait au dessin de Tavernier, ce serait tout autre chose qu'il faudrait Voir dans plusieurs des tableaux. Malheureusement il est impossible, aujourd'hui, de véri« fier qui a raison* Dans tous les cas, nous inclinons plus pour le savant bénédictin qui , le premier, a fait graver les dessins. Ce ne sont pas là, au reste, les seules différences qui existent entre les deux gravures, dont l'une accuse aussi une disposition toute différente pour les ar^ catures et le sommet du tombeau»

c Pour ce qui regarde ce tombeau , il n^est pas » douteux que tous les attributs dont il est orné » représentent l'abondance, » dit encore Cabaret. Quant au chiffre accompagné des lettres ^ et enfermé dans un cercle, il n'en dit rien, parce que l'abbé d'Expilly,

dernier auteur qui en a parlé, ne s'esl pas donné la peine de les expliquer. Ce qu'il y a de plus étonnant , c'est qu'eu prenant ce tombeau pour celui de saint Voué dont il conteste toutefois l'authenticité, parce que les archives de l'abbaye n'en fusaient pas mention, il va jusqu'à prendre rOpour une if renversée plutôt qu'un double ^ qui n'a jamais pu désigner le nom de ce solitaire; et les autres lettres K P A ne peuvent répondre à ces qualités, d'où Il conclut que toutes ces lettres étant de caractère grec, il ne faut pas moins qu'un MabUlon pour les interpréter. Cependant, syoute-t-il, ce savant les a vues^ et n'en a pu donner V explication. Charmante simplicité I c Ce qui a fait croire au Père Poupart que ce tombeau était du temps des fils de Coustantm, et que le monogramme enfermé dans le cercle imitait le chiffre de l'étendard de Constantin qu'on appelle le latontm, et qui signifiait le nom de J.-C. >

Malgré la lumière que venait lui apporter cette dernière et plausible interprétation. Cabaret n'en reste pas moins enfermé dans le cercle qu'il s*est tracé , et ne peut parvenir à comprendre l'alliance si étroite du K et du P, le Ki et le Rho grec, initiales du mot Kristos d'où est venu ChristuSf Christ; et telle est son étroite préoccupation, qu'il ne peut reconnaître dans Yalpha et Yomega les deux initiales du Labarum, parce que Vomega diffère un peu.

On ne comprend pas, au reste, que des auteurs comme l'abbé d'Expiily (Dici. art. Soissons)^ et Pîgauiol, dans son voyage de la France, aient pris tous deux le K pour deux flèches ou javelots en sautoir, jugeant par là que ce devait être un tombeau militaire. C'est là une opinion erronée s'il en fut jamais; opinion qui a été ensuite acceptée comme un héritage par tous les écrivains qui ont traité la même matière, sans se donner la peine de voir par euxmêmes,

Quoi qu'il en soit , ces deux tombeaux que Mabilkm (Annales, 1. 1, et Lebceuf» t. 4, p. 224) estiment élre du iv<> siècle, avaient été placés, de temps immémorial, dans l'église de Notre-Dame. Cfabaret suppose cependant que ce ne fut qu'au xii'' siècle, lors de la reconstruction de l'église, que cette disposition eut lieu. Il est probable que les restes de ces deux célèbres personnages du vii^ siècle avaient été placés, nous ne savons à quelle époque, dans ces monuments chrétiens, demeurés vides à là suite de . quelqu'irruption tles Barbares.

Mais que sont devenus ces précieux débris de l'art chrétien, dont l'un nous rappellerait, dans son ornementation, le tombeau d'une des filles de Conslantin enterrée à Rome; l'autre ces beaux baptistères, ces autels, ces sarcophages historiés des premiers âges chrétiens ? Nous n'avons pu acquérir aucune lumière sur le sort du plus curieux de ces tombeaux , celui dû saint Voué, qui a disparu lors de la ruine de l'abbaye, à la révolution.

Le second , après être resté longtemps dans le jardin dé M. Brayer, à Soissons, fut transféré au musée national des Petits-Augustins»

I Depuis la destruction à jamais regrettable de ce » musée, ce monument, un des plus vénérables et des » plus anciens du christianisme, avait été laissé par • l'administration du musée du Louvre dans un coupable 1 abandon , pour ne pas dire une ignominie honteuse, i Grâces aux réclamations faites par M. Ferdinand de Guillermy dans les ^itna/«« archéologiques, t. J, p. 355, et aussi à celles que nous avons provoquées de la part de M^r de Soissons et de la Société archéologique. Bulletin, t. 3, 4 et 6, ce tombeau, longtemps abandonné dans une cour à l'injure de l'air et des outrages, a enfin été transféré dans une des salles du musée du Louvre. On aurait pu lui donner une place plus honorable dans l'église de Saint-Denis ; mais on a mieux aimé le copier

plus ou moins mal, et mettre la copie sous l'autel de la chapelle de saint Benoit. Dès 1846, nous avions engagé le conseil de fabrique de la catl^édrale dQ Soissons à réclamer ce monumeni, aussi intéressant pour le^ diocèse et pour Tépiscopat dont saint Drausin fiit uae des gloires les plus pitres. Sur nos instances, Uf' de Simony, prélat de glorieuse et sainte mémoire , jaloux d^assurep à sa belle cathédrale la possession d'un objes auquel la piété et la science avaient toujours attaché un si grand intérêt, avait Eût des démarches auprès du mi-iu nistre pour ea poursuivre la. restitution. L'administration celte fois ne parut pas se contenter de promesses , elle en, avait prononcé le renvoi à la cathédrale de Soissons ; mais les choses traînèrent en longueur, des changements politiques vinrent sifion détruire, au moins ajourner toutes les espérances de retour.

Depuis, sur de nouvelles réclamations, on se borna à répondre qu^ ce sarcophage faisant actuellement partie de la collection des objets chrétiens primitif^, et se trouvant porté dans Finventaire général des musées déposé aux chambres en 4832, en vertu d\ine loi spéciale, il faudrait une loi votée par l'assemblée législative pour que l'administration actuelle des musses fût autorisée à en disposer. On syoutait que, les habitants de Soissons ayant réduit eu poudroie couvercle primitif du sarco* phage pour le boire comme remède, Alexandre Lenoir l'avait fait remplacer par un autre couvercle à peu près du même temps. En 1852, M. de Niewerkerke, directeur général des musées impériaux , avait fait es|)érer le prochain retour de l'intéressant sarcophage dans l'église cathédrale de Soissons; mais rien n'a encore été exécuté. Nous attendons avec une sorte d'impatience la restitution d'un objet dont nous avons été le premier à revendiquer aussi vivement la glorieuse possession.

On n'aura aucune peine à comprendre l'activité et la

persévérance de nos réclamaltons, quand, indépendam-* ment de la valeur estétique du monument, on aura une idée de l'importance des souvenirs qu'il rappelle. Sans parler de ces nombreux pèlerins qui, pendani huit à neuf cents ans, y afiQuèrent pour y demander la giiérison de leurs maux, sans parler des prodiges qui,, au dire des chroniqueurs, s'y seraient opérés, ce fut une croyance générale au moyen -âge, dit l'historien de Noire-Dame, quecetix qui veillaient au tombeau de saint Drausin, avant de se battre en duel, par la permission des magistrats, étaient sûrs de remporter la victoire.

Anne Commène, dans son Alexiade (1), parle de cette coutume qui était connue jusqu'en Orient. Jean de Sam lisbury (Epist. 159) affirme qu'on y venait , de l'Italie et de la Bourgogne, demander secours au saint protecteur, comme fit le comte Robert de Montfort étant sur le point de se battre avec Henry, comte d'Essex, qui hii contestait la succession de Bretagne. Ltes champions y passaient ordinairement la nuit debout, armés de pied en cap, ce qui a fait dire à un vieux poète français du règne de Louis VU , déjà cité plus haut :

Ou moustier saint Drosin

Veiller y vont encor li pèlerin

Cil qui bataille veulent fere et fournir.

(!) Lorsque les cbefSs de la grande armée croisée allèrent saluer Tempereur Alexis, en passant près de Gonstantinople pour aller en Asie, le monarque grec reçut cette visite, assis sur son trOne, et environné de toute la pompe impériale. Un chevalier français, Robert, prévôt royal de Paris, se plaça sans façon sur le trône • à côté de l'Empereur. Gomme on voulait le faire retirer: Voilai* 8*écria-t-il, an plaisant rustre que cet bomme-là de s*asseoir tout seul pendant que des gens comme nous sont debout. — Et qui ètes-vous donc, lui demanda Alexis? — Qui je suis? répondit le chevalier. Il y a , dans mon pays, un moustier où tous ceux qui vont se battre en champ clos vont passer la nuit en oraisons. J'y

C'était sans doute par le même motif que les reli^ gieuses veillaient des nuits entières devant ce tombeau, quand le roi était à l'armée ou que ss^ vie était menacée de quelque daoger (i).

sois allé , et pas «p bomme â*araie de toute la France n'a osé se présenter contre moi. Voilà qui je suis. Villebardoin rapporte, ailleors, que ce mousUer était celui de Notre*<J)ame de Soissons.

(f ) Lebœuf, t. i de ses MémùireMs cherche à donner une eiplioOion toute « différente de cet usage si fortement appuyé par une » tradition consunte ; il prétend qu'on possédait à Soissons du bois » de la vraie croix dès le 4» siècle, et que Teiistence de ce foit » avait donné lieu à rinvention de cette croii miraculeuse saufée % du torrent de la rivière 6t apportée en ce Heu par le doc Henry, » après qu'il eut défait leaNomu^ds près de Soissons. De là, selon » loi , le titre de Sainte-Croix dopué à l'église cimetériale , et la » figure de la croix qui représentait la capse où elle était enfer- % mée. » Sa difôrence des autres croix fonèbres, sa sculpture singulière, ses accompagnements qu,*on ne retrouve pas ailleurs, In^, fusaient conclure que ce n^'était pas orighiairement pour saint Drausin que les champions se rendaient à Notre-Dame , encore moins pour sain;t Voué , qooiqo'on donne son nom au tombeau sur lequel cette croix est figurée; c'était pour la croix même, et parce que les ancieos soldats chrétiens avaient été dévots envers le même signe qui avait &it remporter la victoire à Constantin, Il ajoute « que , comme les combattants se plaçaient debout dans l'église » de Notre-Dame, dans le lieu même ot( étaient 1^ deux tombeaux , » ayant devant eux celiM de («aint Drausin,, et derrière celui de. » saint Voué , on imagina que le tombeau de saint Drausfai vers. » leqoel ils étaient tournés était l'objet de leur dévotion; peut-être. » le crorent-ils eux-mêmes par la suite ; mais si on plaçait là ces » hommes de guerre, c'est que • dans une église de filles dont » tous les autres côtés sont fermés, on ne pouvait goère les placer » ailleurs* Dans la liturgie gallicane qui avait cours au ix« siècle «^ » ajoute-t-il , on était bien plus attaché au culte de la croix que. » dans la Romaine , et on avait souvent à la bouche ces paroles :

> Eeee lignum Domini ; fugiU partes advena per signum Cru-» 9 cis. De inimieU nostris libéra nos, Deus nosler. Aussi , les » soldats armés de pied eo cap qui sont assis sous les branches

> de la croix marquent la confiance qu'on avait en ce signe fondée

> sur l'apparition faite à Constantin : în hoc signo vinces. « Cette explication nous paraît plos ingénieuse que solide, et nous préfet rons le premier sentiment comme plos conforme à la tradition de tout le moytin-âge, et aux preuves nombreuses sur lesquelles elle s'appuie,

Les statues qui ornaient l'église de l'abbaye, (fabopd transférées y comme les tombeaux de saint Drausin e% de saint Vouéy au musée des Petits-Âugustins, ont été restitués à la ville de Soissons, à l'exception des statues de Catherine et de Marie de Bourbon, tantes de Henry IV^ L'effigie de Catherine de Bourbon aurait , suivant M. Le~ noir, été brisée en 1793; l'autre fut sauvée. Elle esl placée' aujourd'hui dans la partie méridionale des cryptes de l'église abbatiale de Saint-Denis, vis-à-vis le tombeau de René d'Orléans-Longueville. tiCS n^ains ayant été brisées, ont été refaites en plâtre. Marie de Bourbon est à genoux sur un coussin ; elle porte une couronne, une coiffe et un collier enrichi de pierreries, une double robe et un surcot garni d'orfèvrerie et de pierres précieuses, une fraise élégamment plissée , un manteau à col el doublure d'hermine. Le travail de sculpture est gracieux et facile. Le socle de la statue se compose, en majeure partie, d'un fragment de l'arcature du tombeau des. d'Orléans dont le style ni la forme ne pouvaient cepen-< dant avoir aucun rapport^ Les deux sœurs avaient une même épitaphe gravée sur marbre noir en lettres dorées. Cette épitaphe , de 1 mètre 80 centimètres de longueur sur 40 centimètres de largeur, a été conservée et encastrée dans le mur, au-dessus de la figure de Marie de Bourbon.

c Cy gisent les corps de très-illustres princesses mes* » dames Marie et Catherine de Bourbon , sœurs et tantes » du roi Henri quatriesme, filles de trèsâllustre prince 1 Charles de Bovrbon, duc de Vandosme, et de Françoise

> d'Alencon , leur mère. La dite dame Marie movrvt 1 estant fiancée à Jacqvesinquiesmedvnom roy Descosse,

> et la dite dame Catherine après avoir esté cinquante et

> vn an abbesse de labbaye de céans, passa de ce monde » le septiesme avril 1594. Priez Dieu pour leurs âmes. »

Les autres» au nombre de cinq, sont am'ourd'hoi dans la cathédrale de Soissoos. Deux en marbre blanc représentant TÂnnonciation forment l'accompagnement du maître -auteK Deux autres statues d'un fort beau style» Henriette de Lorraine d'Elbeuf et Catherine-Bfarie de Larochefoucauld sont placées à l'entrée de la nef principale sur un soubassement élevé en pierre blanche. En voici la description :

Henrieite de Lorraine est aussi représentée à genoux , les mains Jointes devant un prie- Dieu sculpté des armes de sa famille et sur lequel est étendu son livre d'heures. Elle ne porte pas le costume religieux, mais bien celui des grandes dames de son temps » le frontal » la triple gorgerette et le grand rosdre attaché à sa ceinture. A la vue du moelleux et de la souplesse des vêtements de cette gracieuse ondulation de la robe, on s'étonne» avec raison , que le marbre ait pu emprunter au3si facilement jusqu'aux nuances et aux ombres d'une draperie qui semble s'agiter. On lit» sur la bande de marbre noir» en lettres dorées, cette épliaphe :

« Ici repose le corps de très-haulte, très-puissante et » très-illustre madame, Henriette de Lorraine d'Elbeuf » » abbesse de ce royal monastère qu'elle a gouverné 1 vingt-six ans. Elle était fille de Charles de Lorraine » d'Elbeuf et de Marguerite de Chabot. La sincérité de » sa foy et l'étendue de sa charité l'ont rendue plus re-

> commandable que sa naissance. Quelque magnifiques

> qu'aient été les augmentations qu'elle a faites dans

> cette maison » ses venus contribueront encore davan-

> tage à éterniser sa mémoire ; elle décéda le 24 janvier

> 1669» âgée de 77 ans. — Requieseat in pace. >

La statue de Catherine-Marie de Larochefoucauld est revêtue de la grande chape de chœur en marbre noir et

laisse apercevoir en dessous des vêtements blancs \ elle est à genoux sur un coussin. On lit> sur le socle, Guillem diet de Cambray F. Au-dessous est l'inscription suivante, gravée aussi sur une bande de marbre noir, en lettres dorées :

c Ici repose le corps de Irèsi'^hantè et très^itlustre prin-

> cesse dame ^ madame Gabrielle-Marie de La Rbchefou* » cauld , fille de François de La Rochefoucauld et de » dame Gabrielle Duplessy de Liancourt qui, après avoir » été abbesse du Paraclet durant vingt-neuf ans, fut » nommée par le roy Louis XIV à cette abbaye royale » qu'elle a gouvernée neuf ans et demi ; elle a fait faire

> le grand autel de cette église , toutes les chapelles,

> le petit chœur pour chanter Tofflce la nuit durant

> l'hiver, le gros horloge de l'église, et en dedans de là » maison, quantité d'embellissements pour la commodité.

> de ses religieuses. Elle décéda le 213 novembre J695, » âgée de 71 ans. Priez Dieu pour son àme^

Sapiehtiamhabens, obtulit sacrifiàum^ camummatianem templi. IL Mach. 2. V. 9.

La cinquième , cataloguée au musée des monuments français sous le n"* 570, gît oubliée dans un réduit ignoré, derrière l'autel du transept nord (1) de la cathédrale»

(!) Nous aTOBS d^à exprimé plusieurs fois combien nous serions heureux de Toir replacée , dans la cathédrale , cette statue trop légèrement endommagée pour être confondue avec les objets de rebut. Nous nous sommes adressés autrefois au président de la fabrique pour le prier, au nom de la piété et de la justice ^ d'as* signer enfin une place tout k la fois digne et convenable à ce monument soissonnais. Nous n*en avons reçu aucune réponse , et rien n'a été fait pour satisfaire à une réclamation aussi légitime; Nous allons renouveler nos démarches» espérant qu*enfin notre voix sera entendue» et qu*on donnera prochainement âi cette statue oubliée , ainsi qu'au sarcophage de saint Drausin qu'il faudrait aussi réclamer de nouveau , un droit d'asile «t de cité dans notre «rave et intéressante basilique. Fiail liât!...

Cette statue représente Armande-HeDriette de Lorraine , aussi à genoux, couverte du manteau et du capuchon de marbre noir, portant la crosse abbatiale entre ses bras. Les chairs sont en pierre tendre , ce qui a occasionné la mutilation du nez et le bris des mains. On pourrait à peu de frais, la replacer dans la cathédrale, non loin dtiS autres reiigteuses dont l'une, Henheiiti de Lorraiue, fut sa tante. La tuble de murbre qui porte l'inscription a été fracturée eu deux, mais sans lui causer un véritable dommage ; il sulïil d'en rapprocher les morceaux. Ou y

i Ici repose le cot^S de très-illustre et irès-'puissante 1 princesse Armande - Henriette de Lorraine , fille de 1 Henry de Lorraine, comte d' Ha rcourt et de Marguerite 1 du Cambout, EHe fut élevée k la piété dans cette maison 1 royaHeoù elle fut faite religieuBe h quinze ans, coad- I jutrice h dîx-sept , et abbessc â vingt-neuf. Et s'csiant 1 attirée radmïratîon de tout le monde encore plus par 1 ses venus chrétiennes et religieuses que par ses aurrrs » qualités, après avoir fait bâtir le chapitre, le logis ab- » batial et fait &îre les orgues, elle mourut le ! 9 de may 1 deTannée ]^4, ûgée de 44 ans.

Priez Dieu pour son âme. >

Il eiistatt encore plusieurs autres inscriptions et épi^ taphes, entre autres celle de madame Louise de Lorraine d'Aumate, sa parente. Elle était ainsi conçue :

n A Vhouneur de Dieu et la mémoire de très haute et

> trèsMllustre princesse madame Louyse de Lorniine,

> abbesso de cette abbaye*

» Fa.ssant, arrête ici les yeux et ta pensée. Ce tombeau 1 renferme le corps d*une princesse grande par sa naist sance et plus grande encore par ses vertus. Sache

> qu'elle sortît du monde aussitôt qu'elle y fut entrée, et

» qu'elle en eut horreur avant que de le connaître. De » quatre-vingt -une années qu*elle a vécu, elle en a 1 donné quatre-vingts à Dieu dans cette sainte maison

> qu'elle a gouvernée cinquante ans avec une prudence » extraordinaire. Pendant sa vie, elle a donné trois » cents livres de rente à cette communauté de religieuses » pour faire célébrer, à perpétuité , un obit au jour de 4 son décès qui est arrivé le 215 août 1645.

> Passant , honore sa mémoire , et prie Dieu pour son t âme, 1

Le comte d'Harcourt et la comtesse, sa femme, y avaient aussi chacun une épitaphe, gravée sur des plaques en cuivre attachées aux boites de plomb qu! renfermaient leurs cœurs.

f C*cst icy le cœur de très-haut et très-puissant et » très-iliustre Prince Henry de Lorraine, Conite d'Har- » court, d'Ârmagnac, de Brionne, de Marsan, de Charny, » Seigneur de Gonliège, Neublant, etc., Pair et Grand

> Escuyer de France, Chevalier des Ordres du Roy, grand 1 Seueschal de Bourgogne, Gouverneur de la Haute et

> Basse-Alsace et de la province d'Anjou, Général des ar- » mées de Sa Msyesté, et cy-devant Vice-Roy en Catalo- » gne, dont Thistoire parle amplement à cause de ses » actions héroïques et de ses exploits mémor;ibles qui

> lui ont acquis le nom du grand comte d'Harcourt. 1}

> fut né le 20 may 1601 , environ midy^ et décéda le

> 25 juillet 1666 en Tabbaye royale de Royaumont (où

> gîst son corps), (1) appartenant à messire Alphonse-

(!) Nous apprenons à l'instant , et avec un véritable bonheur que la Société d'archéologie de Lorraine ayant eu connaissance de l'abandon déplorable où se trouvaient dans l'ancienne abbaye de Royaumont , devenue propriété particulière , les trois cercueils en plomb de Henri de Lorraine, celui de Louis, son fils , mort en 1718 et celui de François- Armand de Lorraine , abbé de Royaamont ,

i Louys de Lorraine, son fils, Chevalier d'Harcourt, Grand* » croix de Malte. Il était fils de Charles de Lorraine, duc » d'Elbœuf , Gouverneur de Bourgogne et Grand Veneur » de France, et de Marguerite Chabot. Ledit cœur a ) été transféré de Tabbaye de Royaumont en celle ci par lies soins de madame Ârmande-Henriette, sa fille,

> abbesse de celte abbaye royale de Notre-Dame de 1 Soissons, l'an i669. »

€ C'est ici le cœur de feue très-haute , très-illustre et » très-puissante princesse madame Marguerite du Cam- » bout , comtesse douairière d'Harcourt , femme de très- » haut , très-puissant et très-illustre prince monseigneur » Henry de Lorraine , comte d'Harcourl , etc. , Grand » Escuyer de France, etc., laquelle est décédée le 9 dé- » cembre 1674, âgée de cinquante-trois ans, et son cœur

> a été posé en ce lieu le 19 janvier 1675, par les soins » de madame Ârmande-Henriettede Lorraine d'Harcourt, » sa fille, abbesse de l'abbaye royale de céans, i

et évêque de Bayeux , décédé en IT^B^ \ient d'exprimer le vœu que ces trois cercueils et les restes des princes Lorrains puissent être ramenés à Nancy et placés dans Téglise des Gordeliers. Nous nous associons à ces vœux ; et nous félicitons hautement la Société Lorraine de Tempressement qu'elle met non-seulement à soustraire à des regards indiscrets ces respectables débris des gloires humaines; mais à s'enrichir elle-même d''. ces grandes et précieuses dépouilles. C'est là compiendre le respect qu'on doit aux morts et préparer sans doute pour un prochain avenir une de ces démonstrations publiques qui honorent à la fois et le siècle qui a produit ces grandes figures historiques, et celui qui a su rendre un hommage mérité aux belles et nobles qualités qui ont survécu à toutes nos ruines. Personne assurément n'est plus digne que le comte d'Harcourt d'un souvenir impérissable Héros Intrépide , chrétien accompli , homme instruit , diplomate habile, il eut toutes les vertus qui font les grands capitaines sans en avoir aucune des faiblesses.

Epitaphe de Madeleine de Vendôme.

c Cy git noble et insigne dame, Magdeleine de Vendôme, » qui fut religieuse de céans l'espace de quarante-cinq

> ans, et depuis abbesse de Saint-Estieune de Soîsson^, 1 où elle décéda le 25 d'août 1588* Priez Dieu pour son

> âme. >

EpUaphe latine et en vers hexamètres du seigneur de Barbançon.

Hic situs est Dominus de Barbensone Renaldus^

Indè queror valdè, tibi sit requies sine fine.

Moribus illustris, generoso claruit ortu.

Heu jacet in claustris, bujus precor esto memor tu,

Parisius ploret, cul Canonicus fuit ille.

Leodii villse sic pro se quilibei oret,

Quis vetat infundi lacrymas cordis gemebundi?

Pectora commovit, videt hune in humo quia condi.

Lenis, ovans, largus, redolens rosa , legibus argus»

Lux inerat mœstis, solamen turbine fretis.

Sobrius et castus, humilis, pius, oderat astus.

Et repulit fastus, virtutibus undique vastus,

C ter LD bis sederim de morte videbis

Mars bis septena rapit hune in luce serena.

llli nulla manent nisi sacra precamina manent.

Haie simul oremus» Deus huic locus esto supremus.

Quant aux autres inscriptions tumulaires, elles ont été toutes détruites. H parait que, par un vandalisme que rien ne justifie , on avait déjà coupé el scié les anciennes dalles mortuaires bien avant la tourmente de 93, où furent engloutis les ordres religieux et les monuments qu'ils avaient élevés depuis quatorze siècles.

§ IV. Catalogue des Abbessbs de Notre-Dame.

656. I. Etherie, religieuse, appelée du monastère de Jouarre pour fonder cette maison , honorablement citée dans Tépttre de Saint-Léger à sa mère qui s'était retirée à Notre-Dame.

676. 2. HildegardeouAdelgarde. Cette abbesse reçut avec charité le reclus écossais saint Voué, et lui assigna près des murs de la ville un petit hôpital qui s'étendit plus tard, vers le i^ siècle, jusqu'à la tour Saint-Benoit ou tour Lariier.

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