LA DKESSE DU PARDON
règne, Bordeaux respira, jusqu'au jour où le jeune Jullien ramena la Terreur avec la foi politique de Saint -Just.
Tallien habitait la place — de FEchafaud. — Térézia s'offensa du spectacle. << Je ne veux plus venir ici, lui dit-elle. — Eh bien, j'irai habiter votre hôtel. — Non, je reviendrai ici. Ce n'est pas vous qui devez partir, c'est l'échafaud. »
On a nié que Térézia Cabarrus eût sauvé son mari à Bordeaux, mais il en fut pourtant ainsi. Vasselin dit dans le Mémorial révolutionnaire, qu'il pourrait aussi bien appeler le Mémorial réactionnaire :
tt A la tête des proconsuls envoyés à Bordeaux pour sans*culottiser les habitants, détruire l'aristocratie mercantile, saigner les bourses et niveler les têtes (expression de Tallien) , était ce jeune homme de vingtcinq ans, qui avait fait son cours de législation et de politique dans l'antichambre de M. Alexandre Lameth et dans les bureaux du Moniteur^ où il avait été secrétaire copiste , après avoir été compositeur.
T) Ce qui contribua le plus à ramener Tallien à des principes de modération, ce fut la rencontre qu'il fit d'une femme qu'il avait vue souvent visiter madame Charles Lameth, lorsqu'il était secrétaire d'Alexandre. M. de Fontenay passait à Bordeaux avec sa femme. Comme noble, il était déjà suspect; il allait périr sur
Féchafaud. Madame de Fontenay appelle Tallien. Prières, promesses, séductions, tout est employé; Tallien se laisse fléchir; il permet à M. de Fontenay de vivre, mais à condition qu'il abandonnera le territoire français. 11 lui donne un passe-port, et M. de Fontenay fuit sa patrie, que depuis il n'a pas revue.
» Sa femme naturellement reste à Bordeaux, s'empare de l'esprit de Tallien, l'environne, l'obsède, et l'enchaîne à son char. On dit qu'elle n'usa de son influence que pour épargner le sang des Bordelais e( arracher des victimes aux bourreaux.
T> Puîsse-t-elle ainsi se justifier de son divorce avec M. de Fontenay et de son mariage avec Tallien! »
La miracle était fait. La belle Térézia, tour à tour tyrannique et suppliante, obtenait des grâces par la force ou par la prière . « Tout lui est bon pour désarmer Tallien . Elle veut avoir son portrait. Elle obtient de celui qui peint et de celui qui pose, sous prétexte de cheM' œuvre, que les séances seront infinies. C'est son artifice pour distraire Tallien et lui faire oublier qu'il est veiiH à Bordeaux pour sans-culottiser et guillotiner les aristocrates*. Tous les jours la cour de l'hôtel était encombrée de monde qui attendait le lever du fastneux pro-
* Selon le marquis de Paroy : u les Bordelais auraient dû loi ëriger une statue pour les j]rands services qu'elle leur a rendus, et elle ne reçut que l'ingratitude dans le champ immense de ses bienfaits. Une fille de madame de Genlis, madame de Valence, et beaucoup d'autres personnes lui durent la vie. J'ai été témoin de tout le bien qu'elle a fait, je l'ai vue tourmentée de celui qu'elle ne pouvait pas faire, v