‹ Notre-Dame-des-Canadiens et les Canadiens aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 15 sur 50 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Mois de Marie.—-La Sainte-Vierge intéressée à l’avenir de l’église canadienne.— Assemblée générale de la paroisse.—Faut-il bâtir l’église ou l'acheter ?—Versement des souscriptions.—Ta question tranchée soudainement en faveur de Pachat.—Adieux à la Salle d’Horticulture —Première messe à Notre-Damedes-Canadiens.

On a pu remarquer que c’est aux jours spécialement consacrés à l'honneur de la Sainte-Vierge, que l’œuvre de l’église canadienne se trouvait d'ordinaire amenée à faire un pas. Cela se comprend d'autant plus facilement, qu’à part l'intérêt général que la Reine de l'Eglise attache à l'expansion du royaume de son Fils sur la terre, et à la victoire de la foi sur l’hérésie, une circonstance particulière appelait ici le regard favorable de son cœur. En effet, il n'y avait pas encore à Worcester d'église qui portât son nom. Or il avait été arrêté dès le principe, que l’église canadienne serait mise sous l’invocation de la Sainte-Vierge et s’appellerait Notre-Dame-des-Canadiens.

Le mois de mai, qui s'offrait pour la première fois depuis la naissance de la paroisse fut donc pour celle-ci le Mois de Marie par excellence; ce fut un temps de prières et de communions. Tous les jours, dans chaque famille, après la prière commune du soir, suivant la recommandation du curé, l’on récitait Notre Père et Fe vous salue, Marie, accompagnés de l’invocation : —O Marie conçue sans péché, donnez-nous une église —A cette prière ardente de toute la paroisse devait se joindre l’action plus efficace encore de la communion générale. Les cœurs se remplissaient de courage et de confiance ; le capital montait.

Dès le premier dimanche du mois, le curé convoqua une assemblée générale des paroissiens. Le sujet des délibérations était important, le plus important qui püt se présenter à eux après la question même d’avoir une église. Il fallait donc prudence et union. Mais avant d’énoncer le sujet, le curé exigea de tous une promesse, savoir : qu’ils s'engageassent, et à l'instant même, à se rendre au jugement de la majorité, quel qu'il fût, sans réserve, sans hésitation, sans récriminations ; et que dès lors chacun d'eux mit au succès du plan adopté autant de bonne volonté, de zèle et de dévouement, que s’il en eût été lui-même l’auteur ou le plus ferme appui.

On le promit.

La question était celle-ci : — Faut-il bâtir notre élan ou bien l'acheter ? — On délibéra quelque temps. Les avis difléraient et l'assemblée allait se diviser en deux partis à peu près égaux. Avant qu'on eut le temps de mettre la question aux voix, Monsieur A. Lamoureux, père, se leva et proposa que tout fût laissé à la décision du curé. Un oui général et solennel, plusieurs fois répété, accueillit la proposition. Les voilà unanimes. Plus de traces de division, plus une ombre d’appréhension pour l'entente dans l'avenir.

Le curé se réserva quelque temps pour réfléchir. Il annonça que, cependant, il ferait la visite de la paroisse, recueillant les nouvelles souscriptions ou les versements qui se trouvaient dûs sur les anciennes. Quel que fût le parti à prendre, il fallait se tenir prêt à y faire honneur. Lui- même s’inscrivait pour la somme de $200.00.

Durant la semaine, il reçut au delà de $1 300.00

Le dimanche, troisième de mai, il observa que la souscription des deux dernières semaines, bien que généreuse, ne répondait encore ni aux besoins ni à ses désirs.— Hier, ajouta-t-il, un jeune homme est venu m'apporter pour l’églisé cinquante piastres, ses seules épargnes faites en vue d’un prochain mariage, qu'il ne croit plus conforme aux vues de la Providence. Sommes-nous capables de quelque chose d’analogue ? Quant à moi, sans nuire à ma dernière souscription, déjà payée, je renonce dès maintenant à mon salaire, pour six mois, en faveur de l'église. Maintenant, mes amis, ajouta-t-il, en leur montrant de la main un temple protestant dont on apercevait la façade par plusieurs fenêtres de la salle, je vous invite à venir, de dimanche prochain en huit, entendre la messe dans l’église de la rue du Parc. Ce sera là Notre-Dame-des Canadiens de Worcester. L'’auditoire fut comme électrisé. Tous les yeux se tournèrent vers l’église désignée. Au sortir de la messe, on ne pouvait cesser de la contempler. L'église dont on allait si tôt prendre possession, appartenait aux Méthodistes. (Ceux-ci la vendaient au curé de la paroisse canadienne au prix de $22750.00, aux termes suivants :—

—$5000.00 comptant.

—$1000.00 par mois, pendant huit mois, de juillet 1870 à février 1871, inclusivement.

De plus, $1500.00 dans l'intervalle de ces neuf mois, au mois de novembre 1870,

Restait une balance hypothécaire ce $8250.00.

On s'engageait donc à payer, ouire les $5000.00 comptartt, $9500.00 en huit mois.

Une telle obligation parait énorme, eu égard à la population et à la fortune de la jeune paroisse canadienne. Mais l'élan était donné.

Le quatrième dimanche de mai était arrivé. C'était donc le dernier que l’on dût passer à la Salle d'Horticulture. La rente des siéges était payée d'avance pour le mois de juin. Aucun des interessés ne voulut s’en prévaloir. Tous convinrent de louer leurs places dans la nouvelle église à dater du premier de ce même mois, tout comme si rien n'eût déjà été payé pour le même objet. Le prix des places était d’une piastre par mois. de. nouvelle générosité donnait à l’église un revenu extra de

Cependant, ce n'est pas sans émotion que les paroissiens de Notre-Dame dirent adieu à l’humble salle de la rue de Front. C'était là le berceau de la paroisse, sa grotte de Bethléem, ses catacombes.—C'est là que s'était chantée la première messe paroissiale. — C'est là qu'en face de l'humble autel, au milieu des signes non équivoques du plus grand dénüment, on avait fait, quelques mois auparavant, le serment solennel de trouver un lieu au Seigneur, un tabernacle au Dieu de Jacob.— C'est là, sous ce toit profane, entre ces murs accoutumés aux fêtes et aux assemblées mondaines, que s'était offert aux yeux de la paroisse recueillie l'oblation pure, le sacrifice d’agréable odeur.—C'est là que s'était donné le spectacle angélique et toujours vivant dans leur mémoire, de la Première Communion de leurs enfants.—De toutes leurs inquiétudes, de toutes leurs espérances, de leurs efforts, de leurs sueurs, la salle qu'ils allaient quitter restait témoin et dépositaire. Elle en gardait à leurs yeux les traces et le souvenir ineffaçable. — Nous la visitions nous-même dernièrement en compagnie du curé de Notre-Dame. Elle semblait nous retracer toute cette histoire et nous ne pouvions comprimer notre émotion.

Le contrat d'achat de la nouvelle église avait été passé et signé durant la semaine, au nom de Monsieur Primeau.

Le dimanche matin, premier jour de juin 1870, tous les Canadiens de Worcester, plus à bonne heure qu'à l'ordinaire, prenaient une route nouvelle. Ils se dirigeaient avec un empressement visible, qu'ils ne dominaient pas et facile à comprendre, vers Notre-Dame. Ils y arrivaient rayonnants de bonheur comme le voyageur chez soi, le marin au port, les premiers chrétiens remontant au séjour de la lumière et prenant possession du temple des faux dieux. N'était-ce pas là, en effet, une conquête sur l’hérésie ? Le temple qui s'ouvrait devant eux n'avait-

il pas été comme le panthéon de toutes les opinions—idoles de mensonge—que le jugement privé se crée à lui-même et adore ?

En parcourant des yeux l'intérieur de leur église, les paroissiens de Notre-Dame ne purent y apercevoir aucune trace du culte hérétique. — L'äutel était dressé, brillant d’or, étincelant de mille feux ; la croix était arborée au sommet ; les traits vénérés des élus de Dieu apparaissaient au fond du sanctuaire, et le prêtre envoyé des Apôtres, priait sur les degrés de l'autel à l'heure du sacrifice.

Le sujet du sermon fut la Vraie Eglise,

Le chœur de Notre-Dame entonna des chants nouveaux avec un accent inaccoutumé, et le corps de musique canadien jeta vers les voûtes ses brillantes fanfares.

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