‹ Notre-Dame-des-Canadiens et les Canadiens aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 16 sur 50 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Description de Notre-Dame-des-Canadiens.

Il ne sera pas hors de propos maintenant de jeter à notre tour un coup d'œil sur la nouvelle église.

Donc, au centre de la jeune mais florissante cité de Worcester —la première, après Boston, de l'Etat de Massachusetts—à cinq ou six minutes de trois stations où viennent se rencontrer les principales lignes de chemins de fer des Etats-Unis, à deux pas du siège des affaires, à côté de l'Hotel-de-Ville, rue du Parc, s'élève aujourd’hui—et c'est aujourd’hui que nous devons la voir —simple, mais légère et fraiche de couleurs, Notre-Damedes-Canadiens.

Notre-Dame a devant elle une place publique spacieuse, la seule que possède la ville, avec ses nombreuses voies qui se croisent en tous sens, sa riche verdure et ses grands arbres. C'est le Parc Central de Worcester, bien qu'il ait retenu jusqu'ici l’humble nom de Commune, et qu'il s'ouvre plutôt à la foule empressée des gens d'affaires se dirigeant vers les quatre points de la ville, qu'à la troupe curieuse, nonchalante, fatiguée, qui se repose ou s'amuse.

Du seuil de Notre-Dame on aperçoit, tout autour du Parc, en face, à droite et à gauche, quatre églises, s'élevant du milieu de jolis carrés à des intervalles à peu près égaux, lesquelles, une exceptée, regardent la place publique. Toutes assez jolies de façade, surmontées de longues flèches, elles semblent se disputer l’une à l’autre avec Notre-Dame la supériorité relative de leur site incomparable. Nous préférons, et de beaucoup, celui de notre église canadienne.

L'un de ces temples est Méthodiste, l'autre Baptiste numéro un ou numéro deux, le troisième, réformé de la Réforme, et .ue savons-nous encore ? En un mot, ce sont là autant de rameaux que le vent de l’hérésie a détachés du grand arbre catholique et jetés dans des directions opposées, d'abimes en abîmes.

Notre-Dame-des-Canadiens n'est remarquable ni par la grandeur des proportions, ni par la perfection de son architecture ; elle est simple mais régulière, et ne manque ni de légèreté ni de grâce. Sa longueur est de soixante-quinze pieds, sa largeur de cinquante-huit. Du rez-de-chaussée à la base du comble, elle a de

quarante à quarante-cinq pieds. La tour, peu élevée mais élégante, porte, à la façon de beaucoup d’églises catholiques en ce pays, une grande croix dorée, qui se dessine avec éclat dans les airs. La façade, du haut de l'éminence où est assise Notre-Dame, présente un assez beau coup d'œil, avec ses piliers solides, ses quatre pilastres, son péristyle soutenu de deux colonnes. Au fond du péristyle paraissent trois larges portes, surmontées chacune d’une grande fenêtre. Deux rangs d'ouvertures, larges aussi ét presque carrées, qui s'étendent sur les deux côtés de l'église, donnent la lumière au soubassement et à la nef. Le vert frais des persiennes se dessine agréablement sur le rouge foncé de la peinture. Le tout présente un coup d'œil original.

Telle est Notre-Dame à l'extérieur.

Deux des portes s'ouvrent sur un vestibule assez spacieux, l'autre sur la sacristie, d’où l’on monte à la nef, de chaque côté, par deux larges escaliers.

Bien que l'intérieur soit assez étroit, garni partout, d’un bout à l’autre, et jusque sur les côtés du sanctuaire, de bancs serrés qui ne laissent que deux étroites allées, et qu'une galerie assez large domine la nef et règne tout autour de l’église, excepté à l'abside, cependant cet intérieur vous charme. Il est si calme, si religieux; tout y est si luisant de propreté ; coussins des bancs, tapis des allées et du sanctuaire, tout semble neuf. Le sanctuaire a trois autels.

Au-dessus du maïître-autel est un grand tableau représentant le Sauveur en croix, mais vivant. À ses pieds, d'un côté, Madelaine se tient prosternée arrosant la croix de ses larmes ; de l’autre, au second plan, un peu dans l'ombre, apparait saint Jean ; puis, en pleine lumière, debout, la Mère de Douleurs, pâle comme la mort, mais ferme et les yeux vivement attachés sur son Fils mourant, On dirait que Jésus la regarde et lui dit avec tendresse : ‘“ Femme, voici votre fils.” Au-dessus de ce tableau est attaché un grand reliquaire ovale, tout brillant d'or.

Les autels latéraux sont consacrés, l’un à la Sainte-Vierge, l'autre à saint Joseph, comme l'indiquent assez les deux belles statues qui les dominent. Rien n'est plus religieux que ce petit sanctuaire ; rien de plus rayonnant quand les filles de l'Œuvre du Tabernacle l’ont paré, la veille des grandes fêtes. Il règne tout autour comme une atmosphère sacrée ; un parfum divin semble émaner de l'asile sacré où Dieu réside.

Nous l'avons vu tour à tour, sous son grand voile de deuil qui se prolongeait dans toute la nef, au jour funèbre du Ven-

dredi-Saint, et à Pâques, avec sa parure triomphale et les flots d'encens qui montaient lentement, en se déroulant vers la voûte. Nous avons vu la foule recueillie, prêté l'oreille aux sons pénétrants de l'orgue, aux accents joyeux des voix fraîches.

O Dieu! ménagez un bonheur semblable à tous les enfants de la patrie assis sur les bords désolés des fleuves de Babylone !

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