‹ Notre-Dame-des-Canadiens et les Canadiens aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 41 sur 50 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Des associations en général :—Qu'est-ce qu'une société ?—Pas d'union, pas de 80ciété.—Quand une société est-elle bonne ? quand est-elle mauvaise, absolument ?—Avantages et périls des bonnes sociétés. —Soclét :s secrètes.—Grèves,.

Voici un sujet important, qui ne manque pas de difficultés.

Il ne s’agit pas ici—nous n'avons pas besoin de l'observer— de considérations philosophiques ou d'aperçus généraux qui appartiennent à l’histoire.

Notre ambition est plus humble et à la fois plus chère à notre cœur, Nos regards n'embrassent que nos compatriotes des Etats-Unis, notre but se limite à leurs intérêts. Le champ est assez vaste pour nous, le but digne de toute notre attention. Si donc nous avons dit Sociétés en général, c'est uniquement pour indiquer que nous voulons parler de toutes les associations qui peuvent exister parmi nos frères émigrés, sans faire d’allusion à aucune en particulier.

Quant à ce qui est de principe général ou de théorie, nous n'y ferons appel qu'autant qu'il sera sécessaire pour appuyer notre pensée ou la rendre plus claire.

Voyons d’abord ce que c’est qu'une société.

Dès que plusieurs hommes se réunissent pour atteindre, par un effort commun, de concert, à l’aide des mêmes moyens, un but unique, sous la direction d’une autorité, on dit qu'ils forment société.

Une société suppose donc :

— Une réunion d'hommes :-—membres.

—Lesquels concourent :—unité d'action.

—AÀ l'aide des mêmes moyens :—unité de moyens.

—Vers un même but :—-unité de fin.

—Sous la direction d’une seule autorité qui applique les actions aux moyens et les dirige vers le but : unité d'autorité ou de chef.

Ces cinq éléments sont essentiels. Dès qu'ils existent tous, il y a société ; en manque-t-il un seul, pas de société. Ils peuvent varier plus ou moins ; les moyens, par exemple, seront de telle ou telle nature, l'autorité s’exercera par un seul ou par plusieurs, mais il faut que tous ces éléments soient réellement sous une

forme ou sous une autre. Ils font la constitution, l'essence de toute société.

L'autorité dirige au moyen de /oss.

Enfin, les hommes qui composent la société apporteront là leurs pensées, leurs opinions, leur volonté libre, la diversité de leur caractère. Rien n’enchaïnera absolument cette vive et subtile puissance, ni le but, ni la loi; et ainsi l'esprit des membres influera sur tout, plus ou moins profondément.

C'est ce que nous appelons l'esprit de la société.

Donc, trois choses en toute société :— Constitution, loi, esprit.

En outre, chaque société aura ses membres, son action, ses moyens, son but, son autorité à elle ; en un mot, sa constitution à elle; ses lois à elle; son esprit à elle. C'est ce qui la fait ellemême et la distingue de toute autre.

Seconde question :—Une société est-elle nécessairement bonne ou mauvaise ?

La question est bien posée ; car quoiqu'il en soit de la spéculation, il est certain que de fait, une société n’est jamais en réalité une chose indifférente ; elle est bonne ou mauvaise.

-— Elle est bonne, lorsque ses membres, son action, ses moyens, son but, sa direction, —en un mot lorsque sa constitution est bonne ; lorsque son code de lois est bon ; son esprit, bon.

En dehors de ces conditions, elle est mauvaise.

Cela se comprend de soi.

Il est un point cependant sur lequel nous insistons : c’est l’esprit. On s’imaginerait peut-être qu'une société est bonne des que sa constitution et ses lois le sont. C’est à tort. La constitution et les lois ne sont pas tout dans une société. Ce n’est là même que la partie passive, inerte, morte. L'élément actif, la vie de la société, c'est son esprit. Avec un esprit droit et un cœur généreux, une société fera du bien, en fera beaucoup même, en dépit de sa constitution et de ses lois. L'esprit est alors à la socié. ‘ ce qu'une âme forte est à un corps malade. Mais si c'est l'esprit de la société qui est malade, en vain la constitution sera irréprochable et les lois modèles. Elles seront lettres mortes, ct le souffle fatal qui s'échappe du cœur même de ia Société gâtera et flétrira tout.

Cela est évident.

L'expérience l’a aussi trop souvent et trop fatalement prouvé.

Donc, que tout soit bon dans une société: et la constitution et les lois et l’esprit, la société sera bonne.

Qu'un seul de ces éléments soit mauvais, la société sera mauvaise, et d'autant plus mauvaise qu’elle sera d’ailleurs plus vaste, plus active et mieux organisée.

Troisième question :—Quand la constitution, les lois, l'esprit d'une société seront-ils bons ?

—Nous répondons encore catégoriquement : quand tout y sera conforme, que rien n’y sera opposé au droit naturel, aux lois de l'Etat, aux lois de l'Eglise. Dans le cas contraire, ils sont mauvais. …

Mais puisque, d’un côté, nous parlons à des catholiques, et que de l’autre, l'Eglise Catholique, en vérité, reconnait tous les droits, soit de l'Etat, soit de la nature, et les protége aussi tous, nous pouvons répondre d'un seul mot qu’une, société est bonne, dès que tout en elle s’harmonise avec la doctrine et les lois de l'Eglise, et qu'elle est mauvaise dès qu’elle s'en écarte en un seul point.

Or, ne l’oublions pas, l'Eglise Catholique se retrouvant en petit dans chaque église particulière qui en est une portion, nous devons trouver partout la partie enseignante, et la partie enseignée, la partie gouvernante et la partie gouvernée ou subordonnée. Montrez-nous donc une société qui fasse profession de soumission à ses pasteurs légitimes tout aussi bien que le plus humble fidèle, nous la saluerons : elle est bonne. Nommez-nous-en une autre, quelle qu'elle soit, autrement disposée, —prétentieuse, indocile, hargneuse, ombrageuse, inquiète, raisonneuse,—nous la repoussons : elle ne fera jamais que du mal.

Avons-nous rencontré jusqu'ici la pensée de tout le monde ? Nous le croyons fermement, ceile du moins de tous les esprits catholiques et de tous les vrais amis du peuple.

Mais voici venir les questions de fait, de pratique, d'expérience.

Première question :—Une société, dira-t-on, telle que vous la supposez,—avec une constitution des lois, un esprit vraiment, franchement catholiques,—est bonne, oui,—nul doute, —ez soi. Mais autre est la théorie ou l'absolu, autre le fait. En fait, une telle société, quand la trouverez-vous ?

—Oh ! quant à cela, oui, nous l’avons trouvée et plus d’une fois et sur plus d’un point, Dieu merci, parmi nos compatriotes des Etats-Unis, les seuls, encore une fois, dont il s'agisse pour le moment, Nous avons constaté le fait de nos propre yeux, et nous le tenons des personnes les mieux posées pour en juger, quelles que soient d’ailleurs leurs opinions sur d’autres points.

Nous devons à nos compatriotes cet honneur,—quoiqu'on puisse dire d’un certain passé, —qu'ils ont connu et accompli franchement ce devoir suprême : catholiques sur tout, catholiques avant tout.

Nous ne voulons pes insister là-dessus, et nous refusons de prêter l'oreille à aucune objection.

Soit, dira-t-on—et c'est la deuxième question qui arrive—les

associations canadiennes des Etats-Unis sont aussi catholiques que vous le dites. Nées à l'ombre du clocher ou déjà grandes, s'étant rangées, sans hésiter, avec amour, sous le signe salutaire de la croix, dès qu'il s’arbora, elles ont bien mérité ce témoignage.

Mais, vous le savez, les meilleures choses, entre les mains des hommes, ont leurs inconvénients aussi bien que leurs avantages, leurs périls et leurs espérances. Or, quand il s’agit d'œuvres libres, comme toutes les associations secondaires dont vous parlez, la sagesse veut que l’on compte, et pèse les uns et les autres, qu'on les compare. Faites-le donc. Vous verrez alors, de quel côté penche la balance. Mais vous serez conséquent. Si les avantages l’emportent en réalité sur les inconvénients, les espérances sur les périls probables, applaudissez, car déjà ces sociétés sont nombreuses et il en surgit chaqüe jour de nouvelles sur tous les points. Si, au contraire, ce sont les inconvénients et les périls qui l'emportent en pratique, n'est-il pas temps de modérer cette ardeur imprudente, réellement fatale, de mauvais augure pour l'avenir ?

—Voilà qui est juste, tout le monde en conviendra. Et nous, pour montrer notre bonne volonté, nous allons faire passer sous les yeux du lecteur, l’un après l’autre, ces deux cortéges de biens et de maux et les présenter à tous de la même manière qu'on nous les a présentés plus d’une fois à nous-même.

Ecoutons d’abord les adversaires des Associations. Notons bien chacun des inconvénients qu'ils signalent. S'ils se trompent en certaines rencontres, c’est une erreur de bonne foi ; et si leurs motifs ne nous convainquent, du moins ils nous avertissent etnous aideront à éviter les écueils dont personne ne nie l'existence.

Ils disent donc :—

19 L'Union! voilà le grand mot de toutes les sociétés. Il résonne dans toutes les pcitrines, sur toutes les lèvres, brille sur toutes les bannières. L'union, toutes les sociétés la veulent et la promettent. Que donnent-elles en effet ?—La division, les disputes, les animosités, les rancunes. En peu de temps les partis se forment, les luttes commencent et se poursuivent, les minorités opprimées se détachent, l'anertume au cœur. On voulait une société ;—en voilà déjà deux, trois, nées de la discorde. Seront-elles émules ? Non.—L'émulation demande une surabondance de forces, et un champ vaste que l’on n'a pas. À moins de cela, jamais elle ne compensera la faiblesse, inséparable de la division. Mais, n’en doutez pas, les sociétés nées de la discorde, ne seront pas émules, mais rivales. Leur attitude réciproque sera d'hostilité ; leur ambition, celle. de se nuire ; leur but de se contrecarrer l'une l'autre.

Arrive une idée généreuse, une œuvre d'unité à faire, une démonstration publique, une fête nationale, qui appellent sur le même point tous les esprits, tous les cœurs ; l'impossible ne sera pas de réunir les citoyens isolés, ce sera de vaincre le point d'honneur de ces groupes malheureusement formés.

29 Les sociétés ont une seconde ambition : la bienfaisance:

Mais, d’abord, la division paralysera les plus nobles efforts : car comme l'union fait la force, la division fait la faiblesse. Puis, qu'arrive-t-il trop souvent ? C'est qu’une société veut paraitre, figurer en public, parader, attacher son nom à toutes les grandes fêtes, il faut insignes, drapeaux, bannières, voyages, mille choses. Qu'en résulte-t-il ? C'est que les fonds destinés aux secours dûs en justice, s'épuisent en objets de luxe, et la bierifaisance n'est plus qu’un mot.

3° Nous ne disons pas qu'il en est toujours ainsi et que toutes les Associations manquent aussi gravement leur but, ou y renoncent de gaîté de cœur: mais on ne peut nier que celz n'arrive plus d’une fois. Et encore, n'est-ce pas là le seul mal.

Une société a nécessairement des exigences: il faut, par exemple, qu'elle réunisse ses membres tous les mois, toutes les semaines, plus souvent même, à certaines époques. Voilà donc le père de famille, occupé tout le jour loin de sa maison, appelé souvent le soir pour affaires importantes ; le voilà obligé de laisser une fois, deux fois de plus chaque mois, le sanctua’re qui réclame sa présence, son autorité, sa tendresse.

4° Ajoutez à tout cela les fêtes publiques, —et quelle société n’a pas les siennes ?—qui n'ont pas et ne peuvent avoir lieu le dimanche. Voilà donc une journée entière, sinon deux, ravie au travail. Or, un jour de travail, c'est au moins $2,000.00 pour une population quelque peu nombreuse. Nous ne comptons pas ici les dépenses accidentelles que cette journée coûte à chacun ; nous fermons les yeux sur les désordres qu’elle cause ou accasionne,

59 Mais voici qui est plus grave encore en pratique. C'est un fait qu'une société résume facilement tous les défauts de ses membres, rarement leurs qualités. Une fois! Associé, on se croit tous les droits, dispensé des plus impérieux devoirs. On a des prétentions, on est plus susceptible, plus ombrageux. On se croit compétent en toute cause, et l’on cite volontiers l'autorité elle-même à son tribunal. S'il y a un mauvais esprit dans une paroisse, c'est là qu'il se réfugiera de préférence. Pourquoi ? Peu importe, Le nombre incline, comme par instinct, à se prévaloir de la raison du plus fort, l'Association adopte les idées fausses

plus facilement que les bonnes. C'est insensé, c'est ridicule, mais c'est un fait.

6° Divisée pour le bien qu’elle ne fait pas, la Société offre un auditoire tout prêt au premier agitateur venu de près ou de loin, un théâtre toujours dressé pour le colporteur des mauvaises doctrines. Sans doute que ces sortes de gens n’y auront pas toujours, ni éternellement, droit de cité; mais souvent, à la faveur d’un ami, sous les dehors de la politesse, ils arriveront à y faire leur chemin, à s’y créer un rôle.

7° On réussira difficilement, soyez en surs, à corriger tous ces maux. L'expérience prouve que nulle part, chez aucun penple, les Sociétés n'ont fait un grand bien. (Grâce à des circonstances extraordinaires d'isolement et d'abandon, les associations canadiennes, nous l’admettons, ont fait du bien. Elles ont heureusement réveillé le sentiment national, créé un mouvement vers un meilleur avenir. Mais aujourd’hui que les divers groupes se connaissent, que les journaux volent de l’un à l’autre, que les églises surgissent partout, les Associations n’ont plus ni la même, ni une autre raison d’être. Pourquoi essayer de prolonger un rôle qui n'est réellement que de transition ?

Voilà ce que disent les adversaires. On voit'que nous n'avons rien augmenté ni diminué,

Ecoutons maintenant les amis des Sociétés :

1° Partant du point solide qu’elle sont bonnes, ils considèrent les Associations comme une puissance pour le bien. Tout y concourt, tout y entraine : les idées, l’exhortation, l'exemple, l’action, le sacrifice pécuniaire même, lequel, hors de l'Association, ne se ferait pas. Se fit-il dans une certaine mesure, vous n'y trouveriez ni cet ordre, ni cette régularité qui le rendent efficace.

2° Par leur nature même, les sociétés établissent entre leurs membres des relations d'intimité. Si quelques-uns se séparent, ceux qui restent n'en tiendront que plus à serrer leurs rangs. Les animosités sont rares et vivent peu ; l'entente peut subir quelques échecs, mais elle tient bon, tant que la Société elle-même vit e: marche. Or quoi de plus nécessaire que l'intimité à des hommes qui ont besoin de s'entie-aider, de se défendre contre l’action incessante d'éléments hostiles, nombreux et puissants ?

3° Dans chaque centre populeux, là surtout où se produit une certaine variété de talents et d'emplois, il y a surabondance de vie. Il faut un aliment à cette flamme populaire. Ouvrez une voie au torrent, une issue à l'élément subtil. Si vous fermez celle des Associations, il s’en ouvrira d’autres, ou plutôt, elles sont tout ouvertes ; car le monde est partout. Il ne s'agit pas

d'empêcher le danger de naïtre, mais d'éviter le gouffre déjà creusé. Aimez donc ces réunions graves, sérieuses, calmes, libérales, bienfaisantes, dévouées au soulagement du prochain.

4° Par la même raison, offrez aux intelligences, aux jeunes gens surtout, ces récréations littéraires qui élèvent le niveau des esprits, inspirent le goût des nobles choses et retirent des sentiers vulgaires et souvent mal-sains. Faites que l'on s’instruise et non pas que l'on se perde en se récréant.

5° Regardez autour de vous. Quel peuple n’a pas ses Associations? Parmi elles, combien n’y en a-t-il pas de mauvaises ? Ces Sociétés, vous ne les tuerez pas. Pourquoi donc les Canadiens n’auraient-ils pas les leurs ? S'ils ne les ont pas, ils inclineront vers les cercles étrangers, ils lieront société avec les Philistins; et pour obvier à quelques inconvénients qui vous ont trop frappés, vous aurez mais trop tard le regret d’avoir poussé vos frères à l’abime.

6° Que sont encore les Sociétés au sein des populations où elles se meuvent ? Elles sont l’âme de leurs jours de fête, de leurs réjouissances, l’ornement de toutes les manifestations publiques. Or des réjouissances, il en faut à tous les peuples, à toutes les cités, à tous les villages. Vous les voyez partout, dans les villes les plus chrétiennes, au centre même de la catholicité. Vous calculez ce que donnerait le travail mis au lieu du chômage ; mais vous ne songez pas qu'en vue de tel jour de fête populaire, la famille a mieux calculé qu'à l'ordinaire et fait ici et là des économies qui sont un bien pour elle, une expérience, un encouragement pour l'avenir. Le peuple, comme l'individu, a besoin de récréations qui délassent et remettent le corps aussi bien que l'esprit. Ce n'est donc pas là un temps perdu, puisqu’il est utile, à sa manière, il est vrai, mais non moins efficacement que le travail, au bien-être et au bonheur du peuple.

7° Maisily a des considérations d'un ordre encore plus élevé.

Chaque société, chaque membre est un personnage sur le chandelier.—Or, noblesse oblige.—Un membre se sentira obligé devant ses collègues, chaque Société, devant es sœurs. De là, un heureux point d'honneur, le respect de soi-même, une émulation salutaire. Ne méprisez pas cet élément de bien : il est bon, chrétien chez des chrétiens, et presque toujours nécessaire.

8° L'union qui existe entre les membres d'une même Société, vous la verrez se produire-entre les Sociétés elles-mêmes. Elles se connaitront l'une l’autre, s’aideront. Ainsi la population canadienne se connaîtra. Or se connaître, c’est beaucoup, c'est nécessaire. Jamais d'action sans cela, ni entente, ni aide, ni protection, ni encouragement, ni unité d'efforts, ni espérance. D'où est venue pendant longtemps l'extrême faiblesse de la

population canadienne des Etats-Unis ?—De l'isolement. Qu'estce qui paralyse encore aujourd’hui plus ou moins ses forces ?— L'isolement. Voyez tous ces groupes séparés, dispersés, disséminés dans l’espace immense. Donnez-leur donc l'union morale, intime, forte, qui effaçant l'espace physique, les rende tous un moralement. Ils vivront. Il y a des églises... Oui ; mais y en a-t-il partout ? Combien de groupes n’en ont pas ? Vous en trouvez encore deux contre un. L'église, cela est vrai, est le premier signe de ralliement ; mais quel mal y a-t-il à ce que des Associations louables du reste, sous ses ordres, unies à elle, concourent au triomphe de cette cause suprême : l’union ?

9° Il est une fête, la plus sacrée de toutes les fêtes populaires. Un peuple, s’il est petit surtout, doit y tenir ; s’il est exilé, il en a encore plus besoin pour son cœur.—C'est, pour.nous, la fête de la Saint-Jean-Baptiste, notre fête nationale. En ce jour au moins, permettez aux tribus assises aux bords des fleuves étrangers, puisqu'elles ne sont ni conquises ni esclaves, comme l’étaient les Hébreux, de se lever bravement, de chanter ensemble les mots de leurs hymmes : verba cantionum, de répéter le cantique du Seigneur ; cantabimus canticum Domini ; laissez-nous, une fois l’année,—ce n'est pas trop,—placer notre Jérusalem au sommet de nos joies : proposuero Serusalem in principio letitie mce. Qu'on nous laisse la fête nationale, car c’est du canadien émigré qu'il a été dit :—

‘“ Jamais pour consoler sa morne rêverie, Il n’a devant les yeux le ciel de sa patrie, Et le sol sous ses pas, n’a point de souvenirs.”

Vous voulez jeter l’eau froide sur le feu qui s'allume, éteindre la flamme qui aime l’espace, le grand air et les hauteurs. Mais songez que le foyer qui s'allume au cœur des peuples a besoin de cette expansion. Sa place est au grand jour comme celle du peuple même.—S'il ne brille là, il s’'abaisse et s'éteint. Que le Canadien oublie sa nationalité, voilà un immense malheur. Si vous voulez qu'il soit digne d’elle, rappelez-lui souvent, solennellement, la patrie. Faites mémoire publique d'elle : ce sera l’honneur et de la mère et des enfants. Que les Canadiens puissent jurer solennellement comme les Hébreux :—“ Que notre main droite se paralyse, si nous t'oublions, Jérusalem, si nous ne te mettons au faîte de nos joies.” —Le plus noble, le plus précieux héritage d’un peuple, c'est son histoire. Est-ce trop d’un jour par année pour en jouir ensemble ? Rien n'élève comme la mémoire et le culte des ancêtres, quand ils furent chrétiens, braves, héroïques comme les nôtres : car on peut les appeler avec l’Ecriture des hommes glorieux, véros gloriosos,;—hommes

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