CHAPITRE XXIV
Institutions fl, Notre-Dame: — L’œuvre du Tabernacle ; — Les Messagères de la Providence ; — Société des Pauvres ; — L’Adoption des Enfants ; — L’Ecole du Dimanche; — La Bibliothèque Paroissiale; — La Sainte-Enfance ; — La Propagation de la Foi. —
Ce n’est pas par abus de langage que nous donnons le nom d'institutions aux œuvres que nous avons énumérées plus haut et dont nous allons dire un mot ; mais c’est bien parce que, en effet, elles sont déjà arrivées à Notre-Dame, à l’état d’œuvres organisées, vivantes et fortes.
Œuvre du Tabernacle. — Nous avons déjà parlé de cette œuvre, qui date des premiers jours de Notre-Dame et qui n’a cessé, jusqu’à aujourd'hui, de veiller avec un soin jaloux à l’honneur de l’autel et du sanctuaire. (*)
Les Messagères de la Providence. — Voici un nom bien doux à l’oreille et bien cher au cœur des pauvres ; — bien honorable aux dames charitables auxquelles on permet de le porter. Pour pratiquer la charité, il faut la comprendre, et il n’est pas donné à tous de sentir toute la force de ces paroles divines :
“ Mon fils, ne fraudez pas le pauvre de son aumône ; ne détournez pas vos yeux du pauvre.’’
“ En proportion de votre pouvoir, pratiquez la miséricorde. Si beaucoup vous est échu, donnez abondamment ; si vous n’avez que peu, ayez soin de donner encore de ce peu, mais de bon cœur.”
L’association a pour objet de subvenir régulièrement aux besoins des pauvres, de veiller au soin des malades, et à l’éducation des enfants pauvres. Les messagères de la Providence
(‘) On aimera à trouver ici les noms des jeunes filles qui y ont apporté le plus de zèlo :
Phil. Héroux, — aujourd’hui madame L. Allen ;
Joséphine Chabot, — aujourd’hui madame Joseph Léveillé ;
Joséphine Olivier, — aujourd’hui madame A. Deniers;
Marie Tougas, — aujourd’hui madame E. Dupré ;
Mathilde Beauvais, — aujourd’hui madame Joseph Artel Falardeau ;
Mesdemoiselles Phébé Tougas, Julienne Tisdelle, Eglephire Beau, Sophie Mailloux, Caroline Lamoureux
Ils y a de nouvelles rec ues, prêtes à marcher sur les traces de leurs pieuses devancières.
sont au nombre de douze. Mais elles ne sont pas seules ; — elles ont des disciples, des émules nombreuses, zélées, qui constituent avec leurs ainées l’association connue sous le nom de Providence de Notre-Dame. Du reste, tous, hommes ou femmes, peuvent y prendre part. Les Messagères forment le conseil de la société ; elles sont la tête du corps.
Les patrons de la Société sont saint Joseph et saint Vincentde-Paul. (*)
Chacune des personnes qui sont membres de la Société verse mensuellement dans le trésor des pauvres une contribution de vingt-cinq centins. Comme la charité est par essence une vertu céleste, les messagères, non plus que les autres membres de l’association, n’oublient jamais que l’aumône qui est destinée immédiatement au bien temporel, doit s’élever jusqu’à l’âme et qu’elle emporte dans son vol énergique, et d’un même élan, vers les régions sublimes où la charité devient gloire, deux âmes désormais liées et inséparables : celle qui donne et celle qui reçoit.
Aux dames messagères de la Providence nous ne dirons plus qu’un mot qui est encore de l’Ecriture, le voici : “Dieu n’est pas injuste pour oublier vos œuvres et la charité que vous montrez en son nom. — Quiconque a pitié du pauvre, sera heureux.”
L’Association dont nous venons de parler fut fondée le 14 janvier 1872, fête du Saint Nom de Jésus.
Elle a déjà distribué $147 aux pauvres. Elle a en caisse $307.
Un citoyen de Notre-Dame a fait à la société un cadeau de $150.
L'adoption des enfants. — Nous rangeons l’adoption des enfants parmi les Institutions de Notre-Dame, bien qu'elle ne constitue pas, dans la paroisse, une organisation à part. Cette œuvre est paroissiale : le curé, l’homme de la paroisse, en est la tête ; le corps est la paroisse elle-même, tout entière. Elle n’a d’autre base, d’autres lois que celles du christianisme. Ce qui est admirable, c’est que l’esprit chrétien qui s’allume à Notre-Dame et rayonne par toute la paroisse, suffit à la vie et à la prospérité de cette grande œuvre.
(*) Les Messagères sont :
Madame Charles Lalimc, supérieure ;
Madame veuve Catherine Heroux, 1ère asssistante ;
Madame Joseph Rodier, 2ème assistante ;
Madame Jean M. Latour ;
Mesdames L. Allen, mère; Michel Girard; veuve Julien Oranger; Xavier Lavigne, mère ; Esdras Rousseau ;
Mesdames \V. Seers, I’, Corriveau, et Alexis Couehon, secrétaires.
Je l’appelle grande, car elle s’adresse à Jésus-Christ même : —
— En vérité, je vous le dis : toutes les fois que vous aurez, fait du bien à un de mes petits frères, c’est à moi-même que vous l’aurez fait.
— Celui qui recevra un petit enfant comme celui-ci en mon nom, me recevra.
L’honneur, le mérite, la bénénédiction de Notre-Dame sera d’avoir compris cette vérité et d'y avoir répondu.
La mort est-elle venue frapper à la porte d'une famille, ravir à de jeunes enfants leur père ou leur mère ; — un de ces petits qui croient en Jésus-Christ se voit-il délaissé au seuil de la vie;. — y a-t-il, autour d’un foyer désolé, un rôle à remplir pour la charité, un orphelin qu’il faut garder à la vie, ou sauver du scandale, — immédiatement, l’avertissement part de l’autel où réside nuit et jour l’ami des enfants; on fait en son nom un appel à la paroisse.
Notre-Dame vient dire, comme la fille du grand roi
— “ Prenez cet enfant et nourrissez-le pour moi : c’est moi qui vous donnerai votre récompense.”
A l’instant même, des mères se lèvent et ouvrent leurs bras,, pour donner à l’orphelin le pain, le couvert et la tendresse, au charitable foyer de famille. “ Mon père et ma mère m’ont abandonné, mais le Seigneur m’a recueilli.”
L' Ecole du Dimanche. — Aux Etats-Unis, où les enfants commencent à travailler si jeunes, où les écoles — nous ne pouvonscesser de le répéter — n’existent pas partout et ne suffisent presque nulle part, l’industrie maternelle de l’Eglise a créé ce qu’on appelle l'Ecole du Dimanche. L’Ecole du Dimanche s’ouvre à toute la jeunesse d’une paroisse, sans aucune distinction, aux enfants qui vont aux écoles ordinaires comme à ceux qui n’y vont pas, — à ceux-ci surtout, puisqu’ils en ont plus besoin que les premiers. Elle se tient avant les vêpres, à l’église ou à la. maison d’école, et dure d’une heure à deux heures. On y enseigne les prières, le chant des cantiques et des hymnes de l’église, la doctrine chrétienne.
En général, l’Ecole du Dimanche est l’objet d’une grande attention ; mais il s’en faut qu’elle ait acquis partout l’importance qu’on lui donne à Notre-Dame. — Là, c’est toujours le curéqui y préside. Il a à ses ordres douze jeunes gens et douze jeunes filles, qu’il a choisis lui-même et qui se font un devoir et un honneur de se faire, sous sa direction, instituteurs et institutrices de l’enfance. Les enfants sont partagés en deux grandes divisions : celle des petits garçons et celle des petites filles
chaque division forme douze groupes à la tête de chacun desquels est préposé un instituteur ou une institutrice. A la fin de la classe, tous les enfants sont réunis de nouveau pour revoir certains points importants, répondre à des questions qu’il est nécessaire de bien comprendre, chanter et prier en commun.
Les meilleurs ont leur récompense. Il y a un prix pour quiconque subit un bon examen. — Mais l’honneur auquel on est le plus sensible et le plus grand honneur en effet, c’est d’être choisi pour poser les questions d’un chapitre du cathéchisme, ou pour y répondre publiquement, le dimanche après les vêpres, devant tout le peuple attentif, ou pour raconter quelqu’histoire édifiante.
Rien n’égale cette distinction. Il faut bien du mérite pour y atteindre ; il faut posséder parfaitement sa somme théologique, avoir été exercé d’avance, pouvoir articuler nettement, parler haut et posément. Les mères ont orné leurs enfants pour la circonstance. Il faut du neuf. Les petits garçons auront, par exemple, paletot noir et pantalon blanc ; les petites filles, la robe blanche, le voile blanc, la couronne.
Le peuple n’y est pas moins intéressé que les enfants. Aucun sermon n’est écouté comme cette page du catéchisme ou cette histoire. Nul prédicateur ne trouve une telle sympathie dans son auditoire. Assurément, cette petite scène est instructive, pleine d’attraits, touchante. Nous fûmes enchantés de la retrouver dans une église canadienne, et c’est bien sincèrement que nous dîmes au peuple, quand elle fut terminée : — Eh ! bien, voici des enfants qui peuvent en remontrer à tous les bourgeois américains et à tous leurs Ministres.
Aux instituteurs et institutrices volontaires de l’Ecole du Dimanche de Notre-Dame, qui viennent enseigner la doctrine chrétienne aux petits qui croient en Jésus-Christ, nous ne dirons qu’un mot, mais il est un des plus encourageants qu’ils aient jamais entendus : il a été prononcé par Dieu lui-même : —
“ Ceux qui enseignent la justice à plusieurs brilleront pareils aux étoiles dans l’éternité des siècles.”
La Bibliothèque paroissiale. — C’est l’école générale de la paroisse. — C’est un centre où chacun peut trouver un ami, chaque famille, un hôte aimable et édifiant. — La Bibliothèque paroissiale de Notre-Dame est encore très-jeune. Elle contiendra bientôt cependant cinq ou six cents volumes.
La Sainte-Enfance. — L’on pourrait bien appeler de ce nom l’œuvre des enfants, dont nous parlions au commencement, et qui comprend l’Adoption des Enfants et l'Ecole du Dimanche,
qui viennent de passer sous nos yeux. Mais, à Notre-Dame, les œuvres locales n’ont pas tari la source de celles qui sont devenues générales dans l’Eglise ; et la charité envers les plus proches n’a pas refroidi celle qui rayonne au loin, au-delà des montagnes et des mers. Il est dit en effet de la charité que “les grandes eaux ne sauraient l’éteindre ni les fleuves l’emporter dans leurs cours.’
La Propagation de la Foi. — Nous pouvons dire la même chose de cette grande œuvre chrétienne, si humble dans ses commencements et si providentielle. Notre-Dame ne lui a pas refusé son concours, et elle se prépare à lui donner plus tard de plus amples développements.