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CHAPITRE XXV

Sociétés diverses A Notre-Dame. — Société de Tempérance. — Société Salnt-IIyaclntlie. — Société Saint- Jean-Baptiste. — Club dramatique. — Le corps de musique. — h' Etendard National. — Un mot de la presse canadienne aux Etats- Unis.

Société de Tempérance. — Nous la mettons en tète de la liste, bien que le droit d’aînesse appartienne à ses sœurs. Niais elle est la plus vaste de toutes, et la plus chère au cœur de la paroisse. Notre-Dame ne l'a pas seulement adoptée, elle l’a créée. Elle en est la mère. Parmi toutes les Associations qui viendront s’asseoir à son foyer ardent, partager sa vie, sa force, sa tendresse et travailler sous sa direction, à la grande œuvre du bien dans la paroisse, nulle autre que la Société de Tempérance, ne recevra jamais une aussi large part à la noble mission de consoler les infortunes, de tarir la source amère des larmes, de ramener le bonheur au foyer désolé, de guérir et de sauver les âmes. — Nulle n’héritera autant qu’elle des bénédictions divines.

Nous avons déjà vu naître et grandir la Société de Tempérance. Mais, remarquons-le bien, on n'a pas tout dit d’une telle œuvre, quand on en a fait connaître le nom, tracé la devise, et compté le nombre des braves enrôlés sous ses drapeaux. Non. On ne voit encore là qu’une ébauche, un commencement de Société. Or, une simple ébauche n’est jamais chose viable, et n’a de place nulle part. — Pour qu’une corporation, comme la Société de Tempérance, ait force de vie, — pour qu’elle fasse son œuvre, et remplisse sa mission ; — pour qu’elle arrive à être un exemple vivant, et à créer un esprit public, — pour qu’elle sache attirer à la cause les retardataires, ramener les déserteurs, relever ceux qui tombent, aller chercher et rapporter sur ses épaules ceux qui se perdent ; — en un mot, pour qu’elle soutienne, audedans, au-dchors, une guerre victorieuse et fasse briller, au seuil de son empire, l’épée flamboyante contre laquelle l’ennemi qui rode ne prévaudra jamais, — il faut que cette société ait nonseulement ses membres et son but, mais encore ses moyens d’action. Non-seulement il faut qu’elle les ait, mais qu’elle en use et qu’elle les pratique. Alors tous ses membres, unis autrement que sur le papier, manœuvrant comme une armée, prendront ces moyens, les mettront en œuvre, avec cette puis-

sance qui n’appartient qu’à l’association ; ils ne craindront ni les barrières ni les obstacles ; rien ne les arrêtera ; ils atteindront leur but et le garderont. Le général d’une telle société est tout créé : c’est le pasteur ; son esprit est l’esprit de l'Eglise ; les réunions sont mensuelles et générales ; — leurs premiers soins sont la discipline, et l’emploi de tous les moyens d’action disponibles, favorables ou nécessaires à la cause, soit à l’intérieur soit au dehors. Pour appeler sur elle la grâce du ciel toujours indispensable, et arborer plus haut, plus visible le vrai drapeau, le drapeau religieux, il faut qu’on ait, mais régulièrement chaque semaine, une grand’messe de la société ; de temps en temps une messe plus solennelle ; des jours de confession, de communion, prudemment ménagés : car c’est sur les sacrements surtout qu’il faut compter.

Vous aurez alors une société visible, puissante, solide comme le roc. Vous aurez plus : vous aurez, dans cette masse d’hommes intelligents et sobres, une armée qui, sans jamais oublier sa fin propre, le but de sa vie, sera prête, au premier mot de son chef, à marcher, à créer n’importe quelle autre bonne œuvre publique, et à lui donner un élan irrésistible.

Le succès des Sociétés de Tempérance est là.

Et si l’on appréhendait d’entreprendre autant, de prime abord, qu’on fasse des essais en fondant de telles sociétés temporairement, pour un an, par exemple, comme à Notre-Dame de Worcester ; et on verra si l’on a ou non lieu de s’applaudir de ses efforts.

Nous nous trompons, peut-être ; mais il nous semble qu’on a trop négligé ou trop malheureusement mis de côté le principe vital dont nous parlons : on a fait des listes, non des sociétés ; les membres, si on peut les appeler ainsi, se sont vus une fois, prenant à l’église, d’enthousiasme, l’engagement solennel ; jamais depuis, jamais ailleurs, jamais autrement et comme associés. Aussi ne peut-on guère exprimer aujourd’hui au sujet de toutes ces braves phalanges, que cette triste pensée : Elles ont été !...

Les Catholiques des Etats-Unis sont à l’œuvre. S’ils n’oublient pas que le principe du bien est la prière et les sacrements, que l’action part surtout de chaque paroisse et non pas des grandes réunions où domine le discours, — en un mot si l’on travaille chrétiennement sur des bases chrétiennes, solidement posées dans chaque paroisse, espérons-le, la croisade réussira.*

Société Saint- Jean-Baptiste. — Nos compatriotes de Worcester

fondaient leur Société Saint-Jean-Baptiste le premier janvier 1868, en la consacrant :

Deo, et Patriæ.

A Dieu et a la Patrie.

Tel en est, en effet, le but : — la foi, d’abord, qu’il s’agit de garder ferme et vive, de professer publiquement ; puis la Nationalité, avec sa langue et ses glorieuses traditions.

La foi et le patriotisme demandent des œuvres. Il est remarquable que nos compatriotes des Etats-Unis ont mieux compris cette vérité que leurs frères du pays. Au lieu de viser uniquement à un vain éclat, à l’étalage, aux processions, aux paroles, ils ont dit : moins de parade et plus d’action. Il est vrai que le champ des bonnes œuvres est vaste devant eux ; mais peut-on dire qu’il a manqué aux sociétés nationales des grandes villes du Canada ? — Nous ne le pensons pas. Aujourd’hui encore, il doit s’étendre au moins autant que le sol inoccupé, s’ouvrir de plus en plus, au moins en proportion de l’espace que l’exil volontaire laisse vide tous les jours.

La foi et le patriotisme préfèrent à toutes les autres, les œuvres de bienfaisance. Aussi les Sociétés Saint-Jean-Baptiste des Etats-Unis sont-elles toutes de bienfaisance. Elles veulent porter secours à leurs membres dans la maladie, ou s’ils sont morts aux veuves et aux orphelins qu’ils ont laissés. C’est à cela que sont consacrés tous les fonds de la Société, formés au moyen des prix d’entrée de chaque membre $2.00 ; des contributions, mensuelles, $0.50 par mois, payables d’avance ; d’amendes, etc.

Quant aux bannières, drapeaux, etc., aux dépenses nécessaires, les membres se réservent d’y pourvoir, au moyen de souscriptions extra , sans toucher au fonds ordinaire de la Société.

Voici comment la Société Saint-Jean-Baptiste de Notre-Dame a prouvé sa libéralité : —

En 1869, elle a consacré en bienfaits . $442.00.

En 1870, do do . 445.00.

En 1871, do do . 132.00.

En 1872, jusqu’au premier de mai . 96.00.

Pour subvenir aux frais de sépulture, elle a

dépensé . 109.00.

Voilà donc, en trois ans . 1224.00.

Elle a aujourd'hui en banque, destinés au soulagement des prochaines misères, ou pour pourvoir aux besoins qui se présenteront . 900.00.

Son mobilier vaut à peu près . 1000.00.

Là-dessus, une bannière a coûté $250.00, en or ; deux drapeaux, $100.00.

En 1868, alors que les jeunes cités ou villages qui entourent Worcester n’avaient pas encore leurs sociétés à elles, la Société de Worcester a compté jusqu a 350 membres ; elle en compte aujourd’hui 150. (*)

La fête la plus solennelle dont se souvienne la Société Saint- Jean-Baptiste est celle de l’année 1869. Ce jour-là, la Société de Springfield et celle de St. Hyacinthe de Worcester, s’étaient unies à leur Sœur aînée ; on déployait pour la première fois bannière et drapeaux neufs.

Il y eut messe solennelle à Sainte-Anne. M. J. J. Power, curé, officiait, et M. A. M. Barret fit le sermon. Grande procession par les principales rues de la ville, splendide dîner à la Salle des Arts, discours, musique, chansons, et surtout fraternité franche, le quàm bonuni et quàm jucimdum , enthousiasme, véritable explosion de vie nationale.

Cette année-là, le président de la Société était monsieur Joseph Marchessault, et le commissaire-ordonnateur, M. F. X. Lamarine.

Naturellement, le curé de la paroisse, le Rév. M. J. B. Primeau, est le chapelain et membre honoraire de la Société.

L’entente est parfaite. Le chapelain, non-seulement dirige la Société en matière religieuse tout comme il dirige le plus humble fidèle de la paroisse, mais son influence s’étend heureusement sur tout ce qui en intéresse les moindres actions.

Notre-Dame a adopté la Société Saint-Jean-Baptiste. Elle l’aime et la traite comme son enfant ; Elle a pour elle des faveurs.

Nous voudrions qu’il en fût ainsi partout où est l’église, et oû se forme une Société Saint-Jean-Baptiste. Nous ne voyons pas, du moins, pourquoi il en serait autrement.

Le 8 avril dernier, quand nous eûmes le plaisir de rencontrer la Société Saint-Jean-Baptiste de Notre-Dame et de faire une lecture sous son patronage, nous étions doublement heureux ; heureux de la voir d’abord, puis heureux surtout que la ren-

(*) Il est juste de mentionner ici les noms dos premiers officiers de cette généreuse Association. Les voici :

MM. Dr. F Fredette, Président.

Joseph Marchessault, Vice-Président.

P A. Lemay, Secrétaire Archiviste.

A B LeBlanc, Secrétaire-Correspondant.

P. Langlois, Secrétaire-Trésorier.

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