‹ Notre-Dame-des-canadiens et les Canadiens aux États-UnisChapitre 42 sur 46 · IÔ · texte numérisé non relu

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ration les origines des colonies canadiennes aux Etats-Unis. En ce moment même et dans nos colonnes, M. E. N. Lacroix, respectable citoyen de Détroit, publie une étude historique du plus haut intérêt sur la fondation de cette ville, et sur la vie et les œuvres de M. de La motte-Cadillac.

“ On fait société à part ; dans cette grande patrie américaine qui ne peut se soudre ni se fondre, tant est grande la diversité des intérêts, des sectes et des nationalités, nos compatriotes se se sont taillé une patrie à eux, qui est la patrie canadiennefrançaise. Us adorent notre Dieu, vénèrent le même clergé, parlent la même langue, cultivent la même littérature et honorent la même tradition et les mêmes muses. Ils n’ont de commun avec les Américains que l’intérêt matériel ; au-delà, un abîme les sépare et leur seul souci est de rendre cet abîme infranchissable. Les mœurs et la civilisation toutes matérielles des Américains ne peuvent parvenir à les séduire ni à les entamer. Nous l’avons déjà dit, ils restent eux au milieu d’un monde étranger ; quoique séparés de nous par des centaines de milles, leur cœur bat des mêmes vibrations que le nôtre, et leur vraie patrie est le Bas-Canada. Ils nous blâment et nous maudissent peut-être dans leurs heures d’ennui et de désappointement et ils ont peut-être un peu raison. Pourquoi la mère a-t-elle laissé partir des enfants si dévoués ? Mais ces colères ne sont que passagères et cette révolte filiale ne dure pas. Ils ne demandent qu’une chose : que le Bas-Canada fasse pour ses enfants ce que les Etats-Unis font pour les étrangers et ils accourront s’asseoir au banquet national, emportant avec eux les os de ceux qui leur furent chers, pour les ensevelir à l’ombre de l’humble croix de bois qui marque la place du dernier sommeil des ancêtres.

“ Ces nobles sentiments animent maintenant tous les groupes. Les sociétés nationales, en se réunissant par délégations, ont communiqué l’impression à tous ; elles frappent, comme le courant magnétique, tous les cœurs en même temps ! Il y a maintenant solidarité entre tous, identité d’opinion et de sentiment sur tout, et ce que l’on veut là est précisément ce que l’on veut ici : maintien absolu de la nationalité canadiennefrançaise avec toutes ses attributions, ses droits, ses immunités et ses privilèges.

“ Ce fait, ce sentiment que partagent les Canadiens d’ici comme ceux des Etats est bien beau, et prouve surabondamment la vitalité de la race française. Mais il s’en détache une conséquence qui est un devoir impérieux pour les Canadiens- Français du Bas-Canada, pour nos hommes publics, pour nos chefs politiques de toute couleur. Nous sommes le groupe le

plus fort, nous avons la fortune, le pouvoir et l’autonomie. Nous devons être le point d’appui, le centre de ralliement, la base d’opérations. Il nous faut encourager, aider et diriger même un peu, par une politique judicieuse, large et généreuse, ce mouvement de ralliement et de concentration qui s’opère parmi les Canadiens-Français des Etats-Unis. Nous y sommes obligés par la conscience, par le sentiment, par l’intérêt.

“ Nous ne rougissons pas, nous sommes au contraire très fiers d’avouer que nous sommes de ceux qui croient au rôle, à 1 avenir providentiel de notre race en Amérique. Nous ne sommes pas destinés à périr, à moins que nous ne le veuillons. Foncièrement catholiques, imbus des idées de respect et de tradition, les Canadiens-Français offriront, à temps donné, un des meilleurs appoints pour la formation d’un état solide et durable. A tout événement, ils constitueront toujours une nationalité considérable à part, parfaitement distincte des autres groupes et représentant fidèlement la civilisation française et catholique. Nous sommes déjà beaucoup cela. Pour conserver cet état de possession, garder ce que nous avons ; pour remplir cette mission, il ne faut négliger aucun moyen, mépriser aucune force. I enonsnous en communication constante d’idées et de sentiments avec nos frères des Etats-Unis. Partageons nos joies, nos alarmes, nos luttes et notre superflu. Si nous allons les voir, faisons en sorte de nous trouver chez nous ; s’ils reviennent, qu ils soient chez eux. La presse et le livre feront les premières démarches, noueront les premiers liens, cimenteront les amitiés. Envoyonsleur des prêtres, des amis, des représentants de nos idées, de nos sentiments et de nos intérêts ; qu on les conseille au lieu de leur reprocher leur départ ; qu’on leur prête assistance au lieu de les injurier. Le résultat de cette ligne de conduite sera aussi avantageux qu’assuré ; quand le gouvernement se décidera à faire pour eux ce qu’il tente pour les Belges, qui ne veulent pas venir ou qui ne peuvent pas rester ; quand les grandes entreprises de tous genres seront commençées et que l’industrie qui en sera la conséquence aura pris racine et corps dans le pays, tous ceux qui le pourront s’empresseront de revenir joyeusement grossir les forces nationales ; ceux que des liens de famille ou autres retiendront forcément resteront nos amis, nous béniront et seront toujours nos alliés dévoués.”

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