‹ Notre-Dame des mers mortesChapitre 7 sur 22 · LE RENDEZ-VOUS AU CLOITRE · texte numérisé non relu

LE RENDEZ-VOUS AU CLOITRE

n'était changé! Tout souriait, tout vivait, et le ciel était clair comme d'habitude. Autrefois, Jacques, en lisant ses premiers romans, concevait, autour du héros malheureux, le paysage associé à ses peines. Tantôt la forêt profonde le berçait de ses branches et se faisait plus triste, plus mystérieuse pour l'apaiser. Tantôt les vagues s'alanguissaient vers le rivage et chantaient aux oreilles de l'amant, je ne sais juel rythme étrange et vaguement obsesseur. rantôt l'aventure finissait par un orage terrible dù les éclairs bleuissaient les larmes de celui jui pleurait. C'est si bon, lorsqu'on du chagrin le sentir autour de soi la pitié des choses !

Rien, rien. Le matin, insolemment, éclatait les nuages nocturnes comme une sorbe mûre. [1 y avait des chansons et des oiseaux, de a joie... du soleil. Oh la tristesse affreuse de ^es joies, de ces étincelles. Avez-vous soutenance d'un enterrement en été ? De ces concis blancs qui emportent les jeunes filles lors-

que les buissons sont en fleurs et que les herbes pleines d'insectes, crépitent. La procession s'avance à travers les champs de blé et le chemin serpente. Les enfants de chœur avec leur robe pourpre ont l'air de coquelicots, de coquelicots balancés par la brise. Et eux balancent l'encensoir et disent leurs prières... des prières pour un petit frère ou une petite sœur dont le corps raidi repose et qui aurait tant aimé courir encore, comme eux, par le sentier. Puis c'est la croix qui brille, portée par le bedeau et Monsieur le curé. Le soleil cuit, il s'éponge la tête. La bière, le pauvre cercueil étroit, étroit où les bruits de la campagne viennent se buter... Les parents, le père que l'azur console presque... Mais la mère que cet azur exaspère et terrifie. Oh, l'injustice de ce bonheur de la terre et de cette mort du cœur... Oh la tristesse affreuse de ces joies!...

Et Jacques de Liéven, les yeux fixés sur le canal illuminé s'imaginait voir à la dérive flot-

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