CHAPITRE PREMIER
siTE DE NoTRe-DAME Des VicrorRes
L faut que le voyageur,qui arrive à Québec ® par la route royale du Saint-Laurent, soit | éjà renseigné, spécialement averti ou tout
articulièrement curieux de tout regarder, our distinguer, émergeant un peu au-dessus
es magasins, des entrepôts et des vieilles raisons grises de notre basse-ville, la modes-
e flèche d’un petit clocher couvert de zinc, #levant contre le mur du cap sa gracieuse peite croix, où s’appuie le coq traditionnel.
18 L'ÉGLISE DE terasse
Bien des voyageurs ne remarquent pas clocher, tout attentifs aux monuments pl majestueux de la haute-ville ou encore a curiosités du débarcadère, et plusieurs ceux même qui l’ont un moment aperçu, s’en soucient guère, le perdant complèteme de vue une fois débarqués.
On peut en effet circuler assez longtem dans notre basse-ville, dans ses rues étroits sur sa place du marché, aux abords de ses m gasins, sans remarquer, sans même voir l’ég se de Notre-Dame des Victoires. Pour découvrir, presque comme une surprise, et avoir accès, il faut ou s'engager dans la n Notre-Dame en partant de la Côte de la Mo:
tagne, ou encore monter, par hasard ou à recherche d’un hôtel connu, de la rue Sain Pierre, vers la petite place Notre-Dame, p:
la courte rue Laplace.
t pas c En arrivant sur cette place à peu près recnts plulengulaire et inclinée vers le sud, si le voyaur curieux veut jeter un coup d'œil à sa pite, avant de se diriger par la gauche vers église, qui attire surtout son attention, il emarquera sur une construction assez vieille Baisant angle sur la rue Laplace et sur la place otre-Dame, une plaque de bronze fixée au ur et portant l'inscription intéressante qui it :
“ Toi s'élevait en 1639 une maison apparteant à M. Noel Juchereau des Châtelets. Elle ut la première résidence de la Vénérable Mère Marie de l’Incarnation et des Religieuses Ursu-
ines à Québec.”
C'est en effet le ler août 1639 que les
rsulines et les Hospitalières débarquèrent Québec, reçues par le gouverneur et par
A —— — — toute la colonie comme une bénédiction .
ciel.
Ce lointain et doux souvenir fait déjà q le pèlerin et même le touriste, s’il est intel gent, regarde presque avec vénération tout les constructions, même celles assez pros:
ques qui enserrent la place.
Entourée de constructions la plupart tr vieilles, mais formant un ensemble tout « même assez harmonieux, la petite place N tre-Dame, ornée d’une légère fontaine su montée d’un héron, pourrait s'appeler el aussi la place du parvis de Notre-Dame. I façade de celle-ci, en effet, laissant s’éch appe deux rues étroites sur ses côtés, ferme la plac du côté ouest. Cette façade toute plan.
sans autre ornement qu’une double port cintrée sous un fronton droit très modeste vers laquelle on accède par les quelques mar ches d’un étroit perron de pierre, entour
‘une grille de fer, est elle-même badigeonnée ’un n jeune terreux, comme tous les murs de la
a date de la fondation, 1688. Le pignon, ornements, percé de deux fenêtres rondes Puperposées, est surmonté d’un petit clocher e forme assez gracieuse, ressemblant à tant ‘autres plus modernes que l’on trouve enre nombreux dans nos campagnes : jolis ochers, légers, sans prétention, unis, presue pauvres, mais qui montent tout de même ers le ciel d’un bel élan et d’un air joyeux.
Une autre plaque de bronze, fixée à droite a place Bu la façade même de l’église, porte, en franplane, Sais et en anglais, l'inscription qui suit : porte odeste, À “ Cette église érigée sous le vocable de l'En-
Vant Jésus en 1688, sur l'emplacement du vieux magasin du Roy, prit le nom de Notre-Dame de
22 L'ÉGLISE DE ee ES la Victoire en 1690 et de Notre-Dame des Vic. toires en 1711. En face de cette église se tenai le marché public de Québec durant la domina:
tion française. Autour de la place résidaieni les principaux marchands de Québec. Au centre l’intendant Champigny posa, en 1686, un bronze de Louis XIV.”
Le voyageur, même étranger, sait maintenant devant quel monument historique et religieux ses pas se sont arrêtés.
Toute l’église elle-même, dont l’extérieur n'est dégagé que de deux côtés, la façade et le côté droit, a un aspect de modestie digne et recueillie, dans sa vétusté solide, dans sa pauvreté propre. Elle semble sourire un peu mélancoliquement de l’étonnement avec lequel la regardent les petits-fils, qui se croient bien en progrès, de ceux qui l'ont bâtie modeste et solide ; elle ne redoute pas
@de paraître moins élégante pour abriter, 4 compatissante, sous sa gauche plus inclinée 4 la modeste maison de son sacristain, qui sem- {ble ne faire avec elle qu’une seule demeure. 4 C’est ainsi qu'avant même d’ouvrir ses por- Ates, Notre-Dame des Victoires se montre { bonne et accueillante pour tous ceux qv cher- 4 chent, à son ombre, abri et protection. Ce F qu’elle est pour la famille de son sacristain, U elle veut l'être pour toute la famille cana- | dienne.
Tout a bien changé autour d’elle, hormis
4 quelques vieux murs, ses contemporains, en- { clavés dans des constructions plus jeunes,
qui ont déjà l’air vieilles. Le buste en bronze
à de Louis le Grand, qui régnait lorsqu'elle
fut fondée, ce buste qui occupa longtemps la
; place de la petite fontaine actuelle, a disparu 4 dans les tempêtes de notre histoire. Un des { magasins, qui était là tout à côté, a fait place
à une modeste école où les bonnes sœurs de ls Charité enseignent aux enfants des ouvriers et des marchands de la basse-ville, la science religieuse et les éléments du savoir profane, la langue de Louis XIV et celle des rois d’Angleterre,. qui ont hérité du Canada. -vec cette école, avec ces deux langues, qu’elle entend tout le jour parler autour d'elle, et qui lui rappellent l’une et l’autre une longue et dramatique histoire, — car si elle a vu, à peine née, l’échec de Phipps, elle a vu aussi, presque morte et toute brûlée, la défaite de Montcalm—la vieille petite église dela basseville, tout proche du port et gardant la base du rocher où fleurit l’épanouissement de notre histoire, nous continue, sans l’interrompre, sa grande leçon de foi et sa grande leçon d'histoire.
Au peuple distrait qui l’entoure, au peuple oublieux qui ne la regarde ni ne la visite, à
Œoute heure et en toute saison, dans la pleine umière du soleil qui fait briller son toit et on clocher, sous la pluie et la neige, au bruit Mes vagues du fleuve, aux accords de la brise Æomme aux mugissements du terrible vent est, la chère petite égl -e de Notre-Dame, ans aucune prétention, plutôt sévère et un Dbeu triste, mais si bonne qu’elle inspire tou- Sours confiance, prêche à tous le même sermon :
“Je vous ai vus naître et grandir. J'ai fconnu votre premier évêque Laval et tous dses courageux et clairvoyants successeurs, Sjusqu’à celui d'aujourd'hui, qui est bien June des plus belles personnalités, une des 2plus pures figures de votre Église et de votre Arace ; j'ai connu tous vos missionnaires, qui s’embarquaient tout près d'ici pour courir
te, à à l’apostolat et au martyre; j'ai connu
em vos saints et vos hardis pionniers, qui son!
Presque tous partis d'ici et qui y sont du moins tous passés ; avant et après leurs cour. ses, ils venaient me visiter ; is disaient trouver ici bon conseil et bon courage. Méme Vos gouverneurs et vos intendants, —- je les aï tous connus depuis Courcelles et Champigny, depuis Frontenac et Talon, qui me connaissaient aussi, jusqu’à Bigot qui ne me connut guère — même vos grands capitaines, depuis Iberville jusqu’à Montcalm et Lévis, et tous vos grands découvreurs avaient pour moi de l’amitié et attribuaient volontiers leurs succès et leurs victoires à celle dont j'abrite l’autel. ;
“Tous vos grands ancêtres à vous, tous ceux qui vous ont conservé et iransmis le feu sacré, l’âme immortelle d’un peuple, fait de foi et de vertu, ont été de mes bonnes connaissances.
‘ Oui, je sais comment vous avez vécu et Æromment vous avez continué de vivre. Je Hais aussi, et la crainte m’en rend bien quel- Miue peu triste et inquiète, comment vous pourriez vous dégrader et périr.”
Voilà ce aue la seule vue extérieure de otre-Dame des Victoires dit aux foules cafMadiennes, qui passent nombreuses dans son Mroisinage, beaucoup sans la regarder, ou lui jetant à peine un rapide regard.
À ceux qui ont la sagesse et la piété de la isiter, de franchir son seuil hospitalier, elle ient un langage plus intime et plus conso- Want, comme à ses fils et à ses amis.