CHAPITRE II
L'INrÉRIEUR DE NorRE-DAME DES VICTOIRES
Dzvsriche et ornementé que son extérieur, l’intérieur de Notre-Dame des Victoires
n'offre pourtant rien de bien admirable au point de vue architectural. Cette seule nef fectangulaire, sans abside proprement dite, Houverte d’une voûte surbaissée, éclairée de eux côtés seulement, de la droite et de l’arière, avec son escalier conduisant à la tribune de l’orgue assez étendue, n’a pas de lignes
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bien imposantes ni même bien agréables voir. La chapelle Sainte-Geneviève, q s'ouvre sur sa gauche, à peu près au milie lui donne un peu plus de perspective, ajou si l’on peut dire à son attrait mystique, ma sans beaucoup ajouter à ses grâces artis!
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Ce qui don:.e son cachet à Notre-Dame d Victoires — car elle en a un vraiment bie marqué — ce qui en fait le charme, c’est s0 air ancien, sa lumière assombrie, sa simpçlici! et son intimité, l’atmosphère de pieux che:
soi que l’on respire devant son autel. Rie qu’en y entrant, même sans rien savoir d son histoire, on a l'impression de la piété dont l’action de la grâce divine et la déve tion des fidèles l’ont remplie depuis des siè cles.
Les personnes agenouillées er prières, — il y en a toujours, — les faisceaux de cierge
ables ifui brûlent, les ex-voto, l’autel imposant, les re, quipieux tableaux de valeur, le mobilier un peu milieu@lrs riche, qui témoigne de la piété des gé- , ajoutelhérations passées, tout dit au visiteur qui ie, maitpénètre dans la vieille petite église de la istiMbasse-ville, qu’il entre dans un lieu vénéra- Pile, dans une église depuis longtemps sancame desfifiée.
& L’atmosphère de Notre-Dame des Victoi- Les a quelque ressemblance avec celle de la rieille Notre-Dame de Fourvières, qui garde ncore elle aussi son cachet et son attrait puissant, même à côté de la superbe et riche basilique, dont l’éclat et la splendeur n’ont ai la prétention ni le pouvoir de l’éclipser. Comme à Fourvières aussi, on trouve à les sièNotre-Dame des Victoires de Québec, non pas, il est vrai, autour de la statue de la res, —Wierge, ma’; à l'entrée de l’église, les humbles ciergesBnais si touchantes suppliques de ses clients,
les persévérants placets adressés à la bonr Reine, pour obtenir sa protection pour tot les besoins, pour toutes les douleurs.
Oh! ces petits papiers de toute forme même informes, couverts de toutes les écr tures, quelquefois à peine lisibles, qui sor le cri de toutes les misères humaines vers | compassion toute-puissante de Notre-Dam des Victoires, comme ils sont touchants dar leur belle simplicité ! Il paraît que certain touristes, en recherche d’esprit, ont cru bo de s’en moquer. S'ils avaient seulemen pris la peine de les lire, sans s’envelopper l’es prit et le cœur de préjugés, s’ils avaient seu lement laissé sourdre en leur âme le sentimen humain du poète payen : “ Je suis homme, e rien de ce qui touche à l’humanité ne m’es étranger ”, ils eussent bientôt senti les larme: jaillir à leurs paupières et leur gorge se serre: d’un sanglot.
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y bonneË Je connais un pèlerin de Notre-Dame des ur tousSictoires qui ne visite jamais son sanctuaire Bans s'arrêter longuement devant ce tableau les supplications, pour les lire. Je suppose es écri-Œu’il le fait pour s’unir aux prières qui y sont ui sontxprimées. Il dit qu’il s’y arrête aussi comne à la limite où se touchent et se compénè- Brent deux infinis : l'infini de la misère hunaine qui est surtout la misère du péché et insle ses suites, et l’infini de la puissance et de l miséricorde divines, dont Marie est la dis- Pensatrice. En face de ces supplications, & pèlerin qui réfléchit un peu n’est pas seument au seuil d’une modeste église, il est u seuil de deux mondes, dont son regard nbrasse les perspectives : vers l’extéieur toutes les douleurs, toutes les misères, l'infini, de l’univers et de l'humanité; à
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serrerË intérieur toutes les joies, toutes les réhabiliations, toutes les consolations, jusqu’à la
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possession de l'amour et de la beau infinis.
Après avoir médité là quelques instant notre pèlerin sent la source des bonnes la mes s'ouvrir dans son âme : larmes de l’hi manité qui compatit à la misère de ses frère larmes de l’homme pécheur qui comment ou achève de retrouver Dieu.
La gravure, représentant l’intérieur « Notre-Dame des Victoires, que le lecteur trot vera dans ce petit volume, nous dispense d lui en décrire tous les détails. Les fresque qui couvrent les murs et la voûte, que l’o vient de nettoyer, n’ont peut-être pas un bie grand mérite artistique, elles donnent ceper dant à l’église un cachet plus religieux et un lumière plus agréable. Les stations du Che min de la Croix, en bronze, sont non seule ment une œuvre de prix, mais aussi une œu vre de valeur. L’autel, avec son rétable
Intérieur de l'église de Notre-Dame des Victoires
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tourelles et son tombeau de style plis ancien, est assez majestueux et occupe bien le petit sanctuaire moins profond que large. Les statues restent dans la bonne note ordinaire, mais ne la dépassent pas.
Ce qu’il y a de plus précieux dans l'église, au point de vue artistique, ce sont les tableaux anciens, dont l’un de Rubens, et trois autres de peintres renommés !.
Le nouvel orgue, que l’on vient d'installer
et d’inaugurer, sera un bel ornement pour Notre-Dame des Victoires ; il contribuera surtout à la beauté et à la piété des offices liturgiques et des autres exercices de dévotion ?.
1. Voir, en appendice, la description de ces tableaux par M. H. Magnan, qui en a fait un examen attentif, avec un peintre expert, M. Carter, en 1910.
2. Ce nouvel orgue est sorti des ateliers bien renommés des MM. Casavant, de Saint-Hyacinthe. De généreuses souscriptions spontanées des fidèles ont aidé à le payer, ainsi qu’à défrayer les frais de la restauration de l’église,
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Mais ce qui mérite plus qu’une mention spéciale lorsqu'on décrit le sanctuaire de la basse-ville, c’est la chapelle attenante de Sainte-Geneviève.
Sans parler ici du culte particulier rendu à sainte Geneviève, dans l’église de Notre- Dame des Victoires, dont il sera fait plus ample mention dans un autre chapitre, disons que la modeste chapelle, dédiée iei à la céleste patronne de Paris, n’est pas seulement remarquable par son ancienneté — elle date de la même année que l’église — mais aussi par ses tableaux, son modeste autel ancien, et surtout par le cachet qu’elle donne à toute l’église, dont elle brise heureusement la symétrie trop rectangulaire et élargit la perspec- . tive. Cette chapelle constitue un refuge plus retiré, mieux à l'abri des regards et du motrvement de l’église, qui invite au repos et au reeueillement. Il fait bon s’y retirer pour
prier et méditer en paix, d'autant qu'on y a. vue, non seulement sur l’autel de Sainte- Geneviève, mais aussi sur celui de Notre- Dame et sur le tabernacle.
Dans cette chapelle et dans toute la petite église, parce qu’elles sont l’une et l’autre anciennes, simples, de style rappelant leur origine aux premiers temps de la colonie française, il y a comme une atmosphère spirituelle des jours anciens qui pénètre l’âme et l’attendrit et qui s'ajoute à cette atmosphère spirituelle particulière, qui remplit les églises habituellement fréquentées de la foule des fidè. les. Ondit queces églises sont plus ‘‘pieuses””, et l’expression est parfaitement exacte.
Si la seule vue extérieure de la petite église, perdue dans les magasins et les vieilles maisons de la basse-ville, parle déjà éloquemment aux passants, son intérieur vieillot et propre, étroit et comme concentré, invite
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avec une persuasion plus forte encore au recueïllement, à la piété, à la confiance. L’intérieur de cette petite église parle à l’intérieur de l'âme beaucoup plus qu'aux yeux.
‘ A la fréquenter à ses heures de recucillement
et d’audiences privées, comme à ses heures de nombreuse affluence et d’audiences solennelles, on, comprend la confiance familière, intime, attendrie, la confiance sans borne ni hésitation, qui se traduit dans ces modestes et pauvres suppliques affichées au tableau de l’arrière, où la misère, la douleur et même le péché parlent le langage des supplications humiliées de l’Évangile, que Jésus a toujours écoutées et que sa Mère doit toujours entendre.
Rien d’étonnant que Notre-Dame des Victoires de Québec, comme sa grande homonyme de Paris, qui n’est pas beaucoup plus vieille qu’elle, puisque la première pierre en
NOTRE-DAME DES VICTOIRES 41 = fut posée par Louis XIII, en 1629 #, attire les âmes pieuses, les âmes éprouvées, et voit sans cesse Îles suppliants s’agenouiller devant son autel.
Plus encore que par les chers souvenirs qu’elle évoque, cette église est chère aux catholiques canadiens par les grâces spirituelles et temporelles que la très sainte Mère de Dieu n’a pas cessé d’y accorder à ses dévots clients.
8. On lit dans le Paris religieux, de l’abbé E. Duplessy, à l’article “ Notre-Dame des Victoires”: “ Cette église n’est devenue paroissiale qu’au Concordat. Avant la Révolution, c'était la chapelle du couvent des Augustins déchaussés, vulgairement appelés Petits Pères, qui s'étaient établis à Paris en 1619 et avaient obtenu de Louis XIII, en 1628, la construction d’un couvent et d’une église dont il serait le protecteur.’ Ce fut le roi lui-même qui, en mémoire de la prise de Larochelle, voulut que le nouveau sanctuaire portât le titre de Notre-Dame des Victoires, et il en posa la première pierre, bénite en sa présence par l’archevêque de Paris, le 9 décembre 1629... Les travaux ne furent terminés complètement et l’église ne fut consacrée qu’en 1740. Sécularisée par la Révolution et rendue au culte après le Concordat, l’église Notre-Dame des Victoires devait acquérir, au XIXe siècle, une illustration universelle, en devenant le centre d’un pèlerinage connu dans le monde entier.”