DE M. L'ABBÉ PETIT, VICAIRE GÉNÉRAL CHANCELIER DE L'ARCHEVÊCHÉ
M. l'Abbé Amodru, Chanoine honoraire de Paris
Bien cher Ami.
C'est en signe de fraternité et comme salut du cœur que je vous envoie ce petit mot, ce matin, 28 mai, anniversaire de notre délivrance.
Il y a aujourd'hui dix-sept ans que nous sortions de la Roquette, après une captivité qui datait pour moi du 4 avril.
Que de souvenirs !... mais j'ajoute que de grâces reçues !
Vous êtes un des rares survivants parmi ceux que le crime a épargnés ; et de plus vous avez le mérite d'avoir, depuis cette époque, travaillé sans relâche et avec les sentiments d'un religieux et tendre respect, à
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recueillir les faits particuliers relatifs au martyre de toutes nos chères victimes.
Et voici la vingtième édition de votre travail.
Elle ne sera pas, je l'espère, la dernière. Dieu, qui visiblement vous a béni, vous laissera le temps de compléter vos renseignements et de mettre ainsi la dernière main à une œuvre qui déjà est si considérable.
J'en parcours, en ce moment, les pages. Elles sont bien émouvantes ! Aussitôt que j'aurai achevé cette chère lecture, j'irai à vous, cher ami, pour vous dire, de vive voix, tous mes sentiments d'affectueuse reconnaissance.
Ce matin, tout à l'heure, comme tous les jours depuis le 24, j'ai porté à l'autel votre souvenir avec celui de toiis les nôtres vivants et morts.
Que Dieu, dans sa bonté, nous conserve la grâce de ces épreuves et qu'avec elle et par bonne vie, nous obtenions facilement bonne mort !
Dois-je vous le dire : je ne pense pas à voifs sans, en même temps, me rappeler ce frère plus jeune dont la vie m'a tant édifié, que j'ai moi-même toujours aimé et qui vous reste aujourd'hui comme un second ange gardien.
Croyez bien, cher ami, à tous mes sentiments d'affection respectueuse et toute fraternelle en Notre- Seigneur.