‹ Notre-Dame des Victoires pendant la Commune, ou, Lettres justificatives & documents conservésChapitre 13 sur 58 · DEUXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LETTRE

Saint-Vallier. le 29 septembre 1872.

Mon bien cher Frère,

Je profite des loisirs que me procurent les vacances auprès de notre bon et bien-aime père, pour vous adresser cette deuxième lettre que vous garderez comme document.

Lorsque je vous écrivais la première, je n'avais pas lu complètement V Histoire de f Eglise de Notre-Dame des Victoires, par M. l'abbé Lambert (a).

Le chapitre IX de cette Histoire, que je ne connaissais nullement, comprend 28 pages dans lesquelles, chose étonnante ! l'auteur reproduit ou amplifie les erreurs déjà publiées par lui dans les Annales d'octobre iS7i,et supprimées ou co7idamnées officiellement par l'autorité ecclésiastique.

Il réédite textuellement le récit de M. l'abbé ***, dont vous avez la réfutation dans ma première lettre ; il l'aggrave et devient plus affirmatif sur certains points, qui ne sont ni à l'honneur de Notre-Dame des Victoires, ni conformes à la vérité, ni honorables pour nous.

(a) Histoire de. l'Ef/lisfi de Noire-Dame des Vieloires, i^hez Ciinil, lil)r;iiio- «liteiir, l'.iris 187'i.

En un mot, il public ce qu'il n'aurait jamais pu penser, ni dire, s'il avait été présent à Paris, pendant ces tristes jours de la Commune.

Ainsi, il n'hésite pas à me regarder comme l'auteur de l'arrestation de mon confrère SV/. D. (a) ; il ne se contente pas de cette grave accusation ; il m'attribue encore, sans la moindre hésitation, l'arrestation de deux membres honorables du conseil de fabrique, M. de B. et M. G. {b) ; il ne rétracte pas ce qu'il avait publié dans les Annales d'octobre 1871, où il dit que certaines imprudences et certaines défaillances ontpeutètri causé l' horrible profanation dont Notre-Dame des Victoires a été victime (page 705). En un mot, après m'être dévoué, tous les jours et à chaque heure du jour, au bien de l'Eglise et au salut des âmes, au milieu d'une sanglante persécution, c'està-dire, après avoir accompli mon devoir jusqu'au bout et au péril de ma vie, je suis, à ses yeux, le grand coupable !

Il me représente courant en surplis et en étole au-devant des fédérés, pour leur barrer le passage (c), me faisant ainsi jouer un rôle de courage ridicule ; il publie, d'autre part, et sans la moindre hésitation, que je sentais mon courage prêt à m'abandonner et que M. D. (Ducaurroy) essayait en vain de me rassurer (d).

Comment concilier tout cela ?

Il répète l'étrange récit du coup-de-poing et de la lettre de M. Lagarde, vicaire-général (e), récit déjà réfuté dans ma première lettre (pages 21 et 22). Il écrit (chose surprenante!) que les faits viennent de se passer sous ses yeux. (Annales. octobre 1871, page 705).

(a') M. Ducaurroy.

(6) Lisez M. de Benqiio el M. Guibout. (Ilist. de N.-D. des Vict.. p. 21.S.)

(c) Histoire, page 214.

(d) Ibid, page 228.

(c) Première leUre, p. 2(1 à 2V.

Or, je le répète, il était absent et loin de Paris pendant la Commune.

Que dites-vous, mon cher François, d'un pareil témoin ?

Mais faisons quelques citations.

En voici une qui en vaut la peine :

« Bie7i que l'arme de défense et la lettre de M. « Lagarde trouvées sur SVf. l'abbé A. (Amodru) eus- « sent déterminé l arrestation de M. 1). (Ducaurroy) « et de MM. de B. {de Benque) et G. (Guibout), on « pouvait encore conserver l'espoir que l'église ne « serait pas profanée davantage ».

(Histoire, page 21 5).

C'est entendu : c'est moi qui ai fait tout le mal !

Après une pareille affirmation, comment me jugeriez- vous, mon bien cher frère, si vous ne me connaissiez pas ? Et comment me jugerait-on dans l'histoire de nos douloureux événements, si je ne faisais aucune rectification ?

On a peine à comprendre comment un prêtre qui avait si rapidement quitté Paris, pendant la persécution, ose ainsi accuser un de ses confrères qui, pendant la Commune, exposait continuellement sa vie pour la défense de la religion, le salut des âmes et la délivrance du clergé.

Sur ce dernier point, en particulier, vous pouvez, mon cher François, interroger de nombreux témoins et spécialement le très vénérable M. Icard, supérieur-général de St- Sulpice. 11 vous dira s'il est vrai que je lui ai envoyé, au plus fort de la persécution, un visiteur dévoué, M. Etienne Plou, qui s'occupait activement et avec beaucoup d'intelligence de

sa libération et de celle de tout le clergé. M. Lambert le sait-il ?

Evidemment non (ce).

Or, M. Plou a été persécuté après la Commune. Et c'est moi qui l'ai arraché à la prison qu'on voulait lui faire subir.

L'amitié que j'ai pour vous et l'amour de la vérité me font un devoir de vous révéler ces faits, car il s'agit de l'honneur de tous les prêtres. Je ne suis pas seul en cause.

fe vous allirme que, grâce à Dieu, j'ai efficacement travaillé à la délivrance et à la conservation de plusieurs ecclésiastiques qui, à l'heure présente, ignorent peut-être encore ce que j'ai fait pour eux. {Voir pa^e 75, i""^ lettre et Message,)

Dieu le sait. Cela me suffit. Mais assurément M. Lambert ne le sait pas.

Voici une seconde citation :

« M. A. fAmodru) se présente devant les fédérés et leur barre le passage (Hist. page 212) ».

Est-ce possible, mon cher frère, moi tout seul et sans armes, barrant le passage à cinq ou six cents hommes bien armés, qui exécutaient le mouvement décrit dans le plan B de .ma première lettre ? (pages 16 à 17.)

Si j'ai ainsi tout seul barré le passage à cinq ou six cents hommes, comment peut-il m'accuser ailleurt; d'avoir manque de courage et de mètre abandonné à la défaillance ?

Contradiction ilagrante, meniita est iniqintas sibi.

M. l'abbé ***, qui se trouvait en ce moment près de la grande porte de l'église, comme je l'ai raconté dans ma première Lettre, n'a pas dit, et n'aurait jamais osé dire que je voulais tenter une pareille résistance.

it'c) Vo\ea La Riviueltr' \>. ti à 12. iiote>. 10', "i'»', iV .«lilion. M. Pieu (nt peisénUé. Lettre Pion, ot Appendice.

Voyez aussi lo Message de M. Lagnrde, n Verstitlles, auprès de M. Thiti <: <'A Appendice a la Rotjuelte. 1«!*0, ;V et 4* Mit.

Et que pensez-vous de cet autre passage, même Histoire, p. .228 ? ■

« Quon les fasse passer dans la cour et qu'on en « finisse » {disait Raoul Rigault).

. « M. l'abbé A . (Amodru) fut singulièrement affecté « de ce fait, et voyant que la vigilance la plus soup- « çonneuse redoublait à son égard, il sentait son cou- « rage prêt à l'abandonner. « Je viens d'entendre « dire que je serai fusillé ce soir, disait-il à M. l'abbé « D. ( DucaurroY ». En vain on essaya de le rassu- « rer : son oreille l'avait trompé : il persistait déplus « en plus dans. ses appréhensions ».

Et c'est ce même poltron qui se présentait seul, un instant auparavant, pour arrêter cinq ou six cents' fédérés et leur barrer le passage !

Que de contradictions dans ces récits 1

Vous trouverez les faits racontés exactement dans les Journées des 16, 77, 18, igmai iSyi .

En attendant, remarquez bien ceci. M. Lambert parle généralement de tous les prisonniers et aflirme qu'on voulait en finir avec eux sans exception.

S'il en est ainsi,' pourquoi me prendre à part et me représenter seul manquant de courage après m'avoir représenté seul barrant le passage à cinq ou six cents hommes armés ? D'abord je n'ai ni vu, ni entendu Raoul Rigault dont il parle et je ne le connais pas. Je n'ai donc pas pu être impressionné par ses menaces. Où donc l'auteur a-t-il puisé un pareil récit absolument contraire à la vérité > Relisez ma première lettre, (page 16 à 17 jusqu'à la page 33), et vous serez suOisammenl édifié pour répondre à ces accusations.

Le seul de mes confrères, qui aurait pu être témoin, n'était pas là ; il se trouvait même loin de moi, et, comme je fus aussitôt mis au secret, évidemment, il n'a pu ni me voir, ni m'entendre. Je vous l'ai démontré à la page i6.

Les faits que j'aurais eu de la peine à décrire, quoique je fusse présent, M. Lambert, absent, se charge sans hésitation d'en « donner la photographie exacte » ('). Ne trouvez-vous pas, mon cher frère, cette prétention au moins étrange ?

J'ajouterai, puisque j'}^ suis contraint, que, pendant la Commune, M. Tabbé D. (Ducaurroy) paraissait à l'église le matin pour sa messe, restait ensuite fort peu de temps et disparaissait généralement jusqu'au soir, tandis que celui qu'on accuse de défaillance travaillait tout le jour dans cette église, prenant à peine un modeste déjeuner à la sacristie, pendant un quart d'heure, rentrait immédiatement après au confessionnal, jusqu'au moment où il montait en chaire, ne s'en allait que le soir assez tard, en habit déguisé et passait au milieu des journalistes, le matin, une canne de paysan à la main, pour mieux se tenir au courant de tout ce que tramaient les chefs de la Commune contre le clergé et les églises. 11 était donc là le seul prêtre à suivre tout ce qui se disait.

C'est ainsi qu'il put se procurer immédiatement le Cri du Peuple, qui souleva de violentes colères contre M. Lagarde {(f).

Chaque jour, il recommençait ce même travail (/**).

Et c'est lui que M. Lambert représente comme saisi de peur, et ayant grand besoin d'être rassuré par M. Ducaurroy, qui ne monta pas en chaire une seule fois.

(•) Annal, oct. 1871, pag. 705.

(//■) Voir Message dp M. La^arde à Versailles.

if") M. l'ahiM' dp Maubeiigc m'a vu souvent à ro-iivre pendant ces triste» jours, inlerroj«TZ-lc.

L'erreur de l'historien s'explique.

Je le répète, il n'était pas alors à Paris.

Voici une autre accusation plus insidieuse :

L'historien de .V.-D. des Victoires parle longuement des exercices religieux, qui eurent lieu dans notre église, quoiqu'il ne les ait jamais vus, et qu'il ignore complètement par qui et comment ils furent institués (/").

Il semble me reprocher une usurpation de pouvoirs, ce qui est grave et même scandaleux, au point de vue de la discipline ecclésiastique.

Son récit demande donc une rectification exceptionnelle.

Sur une colonne de ma lettre vous trouverez ce récit, et sur une autre colonne, en face de la première, seront les principales réponses ou les observations.

(/■) Annales doctobre 1871, p. 708. Hist. p. 20(3.

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