E. DUFOUR
« A MM. Li:s Vicaires-généraux.
« MessicLirs.
« Nous venons de passer de tristes jours, pendant « lesquels tous les honnêtes gens, et en particulier « le clergé de Paris, ont été cruellement éprouvés ».
« .le croirais manquer à un véritable devoir, si je ne « portais à votre connaissance des faits dont j'ai été « le témoin et qui sont, si je ne me trompe, à l'hon- « neur du clergé de Paris, pendant ces dures épreu- « ves ».
« Pa)'i)ii les enlises qui cxcilnioil les: ct>}i)>oitiscs
« des gens de la Commune, vous n ignore^ pas que « celle de Notre-Dame des Victoires tenait un des « premiers rangs. Avant qu'elle ne fût définitivement « envahie et pillée, plus d'une tentative avait été déjà « faite pour la rançonner ».
« Ces circonstances douloureuses me mirent en « rapport avec un prêtre de cette paroisse. M. Tabbé « Amodru. qui me fit l'honneur de me demander mon « opinion de légiste, sur diverses questions que la « persécution de la Commune l'obligeait à exa- « miner ».
« Je fus vivement frappé, dès le premier moment, « de l'énergie, du sang-froid et de la trempe de carac- « tère de ce prêtre, prenant en main la défense de « son église menacée^ et combinant ses mesures avec « une fermeté et une lucidité d'esprit que le danger « rendait à la fois plus rares et plus remarquables ».
« Bientôt les circonstances devinrent encore plus « critiques. Beaucoup d'églises de Paris furent fer- « mées ; celle de Notre-Dame des Victoires était « chaque jour menacée : cependant elle demeura « bravement ouverte, au grand honneur de son clergé, « jusqu'au 17 mai, jour où M. l'abbé Amodru fut « lui-même arrêté et incarcéré ».
« Cette église devint ainsi, pendant deux mois, le « refuge et comme le centre de ralliement d'une foule « de personnes chassées de leur propre paroisse. Elles « V venaient de tous côtés, et pendant tout le jour, « chercher des consolations que les événements ren- « daient précieuses : elles en emportaient une force « d'âme et d'espérance qui se répandait avec elles dans
— 8() — « les familles : et par la vertu de cette communication « secrète, bien des témoins, attristés du pénible spec- « tacle de Paris, se trouvaient, même à leur insu, « soutenus et réconfortés ».
« Pardonnez-moi, Messieurs, de \ous parler de « toutes ces choses un peu en profane. Mais en les « considérant au point de vue de l'utilité sociale et « politique, je n'ai pu me défendre d'un véritable « sentiment d'admiration à la vue de ces quelques « prêtres, qui, dans le désarroi de tous les pouvoirs « publics, maintenaient ici. en plein camp ennemi, « et au grand péril de leur vie. ce dépôt de la puis- « sance morale qu'on leur avait confié ».
« Pour moi. je ne sais rien de plus admirable que « cet héroïsme sincère autant qu'il est modeste, qui « fait braver froidement la mort, chaque jour et à « chaque heure du jour, sans autre souci que celui « d'un peu de bien à jeter dans quelques âmes et du « de\oir humblement accompli dans l'ombre ».
« Je suis heureux, pour ce qui me concerne, d'éle- « ver en l'honneur de ceux qui en ont donné l'exem- « pie, la \oix d un témoin impartial, et c'est ce qui « m'engage. Messieurs, à vous adresser ces quelques « lignes au sujet du clergé resté à Paris, de Notre- « Dame des Victoires, et du courageux et intrépide « vicaire que son énergie a\ait manifestement placé « à la tête de ses collègues ». v
« J'espère, Messieurs, que xous xoudre/. bien me « pardonner cette liberté, et que xous daignerez
« agréer Tassurance de ma haute et respectueuse con- « sidération ».