TROISIÈME LETTRE
Sainl-\'allier, le f^ septembre \^~^\
Mon cher François,
Après les épreu.ves de 1871, et quelques autres, j'aime à m'entretenit avec vous.
Voici donc une nouvelle Lettre dans laquelle vous trouverez quelques-uns des Documents historiques annoncés dans ma Lettre précédente.
Le premier est la lettre de M^ Dufour, avocat très distingué et très honorable que vous connaissez.
Un mot d'explication avant sa lettre.
Résidant avec sa famille dans la paroisse de N.-D. des Victoires', il ne la quitta jamais pendant la Commune.
Chaque jour, il savait, par lui-même ou' par les siens, ce qui se faisait dans notre cher sanctuaire, où j'avais, comme vous le savez, l'habitude de le voir. Son témoignage a donc une valeur souveraine, car les faits se sont passés sous ses yeux.
Sa lettre a de plus un caractère officiel, puisqu'elle fut adressée spontanément à l'autorité ecclésiastique, lorsque des attaques injustes et mal fondées commençaient à se produire contre moi. Elle est conservée dans les archives de l'archevêché : 2 elle seule elle pourrait servir de réponse au
— H2 récit imag-inaire contenu dans V Histoire de l'église de Noire- Dame des Victoires, où, je vous le répète, il est dit entre autres choses que je « sentais mon coirage prêt à m'ahandonncr » (p. 228).
Hélas ! mon bien cher frère, dans ce combat du ciel contre l'enfer, je ne comptais pas sur moi, mais uniquement sur la grâce de Dieu et la protection de la Sainte Vierge. Je vous déclare, en toute sincérité, que je n ai jamais senti le courage prêt à m' abandonner ; mais que j'avais le cœur brisé...
Je m'attendais à mourir, mais je voulais mourir pour Dieu et la Ste-Eglise. J'aurais voulu vous voir auprès de moi pour vous dire mes pensées intimes et vous embrasser une dernière fois. Pourquoi me représenter aux yeux des fidèles comme un prêtre manquant de courage et de foi ? N'est-ce pas les scandaliser ? Interrogez ceux qui m'ont vu et entendu. Il y en a des milliers.
Cette histoire renferme encore beaucoup d'autres accusations injustes. Et cependant voilà le livre que l'on qualifie, sans restriction, de vrai trésor des archives et des souvenirs de Notre-Dame des Victoires, dans les Annales d'août 1872, p. 229, c'est-à-dire le mois qui a suivi mon départ.
Chose surpi'enantc ! La Semaine Religieuse de Paris enchérissait quelques jours après sur la valeur de ce livre ; elle ne craignait pas de dire : « Nous avons déjà publié un « compte-rendu de cet ouvrage. Depuis lors, l'œuvre de « M. Lambert a fait son chemin à Paris et en Province. « Avant peu, toutes les paroisses alliées â l'cArchiconJrérie « de Notre-Dame des Victoires voudront posséder ce monii- « ment... ce volume serait digne de figurer dans les distribu - « lions de prix et dans les catéchismes de persévérance, etc. »
Tout cela, dit sans restriction, implique, je vous le répète.
— .S3 une opposition formelle contre la sentence portée par l'autorité ecclésiastique çn octobre 1871 .
Admettez, si vous voulez, que cette opposition lut involontaire, n'est-il pas évident qu'il faudra aux historiens futurs le moyen de connaître la vérité sur les g-raves événements qui s'accomplirent en 1871, dans le sanctuaire de l'Archiconfrérie ?
Rien n'a été épargné pour le maintien et la propagation de l'erreur.
Vous serez donc bien autorisé à faire des rectifications pour conserver la vérité. C'est pour vous un devoir.
V^oici donc le premier ducuinenl qui vous permettra, )e l'espère, mon cher l'^rangois, de ne pas rougir de votre frère.