TÉMOIGNAGE DU CONSEIL DE FABRIQUE
Le 2 1 novembre 1871. jour de la Présentation de la Sainte Vierge, les membres du Conseil de Fabrique adressèrent officiellement à Sa Sainteté Pie IX la lettre sui\ante :
Très Saint Père.
Le cœur paternel de Votre Sainteté sest ému en apprenant les sacrilèges dévastations dont l'église de Notre-Dame des Victoires, à Paris, a été l'objet de la part des agents do la Commune, le 17 mai dernier. \eille de l'Ascension et les jours sui\ants.
Ce vénérable sanctuaire avait fait, depuis la Semaine Sainte, l'édification et la consolation de toutes les âmes relig-ieuses de Paris.
On y était venu en foule prier et entendre la parole de Dieu.
— <S9 — Mais le soir, la veille de l'Ascension, il fut affreusement profané
Sui\ent les signatures :
Le Curé de Notre-Dame des Victoires, Directeur de loiArchiconfrérie, Hippo- Ivte Chanal : Le Sous -^Directeur de l'Archiconfrérie. X... : Le ''Président du Conseil de Fabrique. Th. Hussenot :
Le Maire du 2'' arrondissement municipal de Paris, membre né du Conseil de Fabrique. M. C. Carcenac. Les membres du Conseil de Fabrique :
X Sorbet, F. Lussigny, Cyrille de Mont DE Benque, Carré, E. Guibout, Ch.
Martin, Bauny de Récy, Horrer.
Tous ces Messieurs, mon bien cher Frère, font écho à la lettre de M" Dufour. Ils écrivent officiellement au Saint Père que notre vénérable Sanctuaire, depuis la Semaine Sainte jusqu'à l'Ascension, fit l'édification et la consolation de toutes les âmes religieuses de 'Paris et qu'on y vint en foule entendre la parole de Dieu {a\. Or, quels sont les prêtres qui faisaient entendre la parole de Dieu ? Cherchez, vous n'en trouverez pas deux du clergé de N.-D. des \'ictoires.
In) Annales, novembre el tlécemljre 1871, p. 17. Ce langa;,'é est fort différent de celui rpie renferment les Annalct (VorU<\m' 1K7I et VHisloire de N.-U. des Vicloirt's |iuljiii'T en 1S72.
Joignez à ce témoignage du conseil de fabrique, celui du T. Révérend Père Conrad, de l'Ordre des (>apucins, qui vint souvent me voir et prier à Notre- Dame des Victoires pendant ces mauvais jours. Je vous cite ses paroles un peu plus loin. Enfin celui de Ihonorable M. Bertinot, avoué, que vous connaissez et qui. demeurant dans la paroisse, assistait tous les jours aux offices et aux prédications de Notre-Dame des Victoires. Actuellement, il est membre de votre Conseil de Fabrique. Demandez-lui ce qu'il pensait de ces offices et de ces prédications pendant la Commune !
A quoi bon vous citer d'autres noms honorables "f N'avez-vous pas entendu vous-même des milliers de personnes vous exprimer le même sentiment ?
Voici le Tp:moignage du T. R. Père Conrad. Je NOUS transcris la lettre qu'il ma écrite.
« Du couvent des Capucins de Paris.
« Cher Monsieur,
« Je ne puis laisser passer, sans quelque témoignage de reconnaissance, cet anniversaire des trois messes dites à Notre-Dame des Victoires, sous le règne de la Commune, alors que des amis me sollicitaient, me pressaient de chercher hors de Paris un refuge contre les poursuites, dont j'étais particulièrement l'objet de la part des envahisseurs de notre couxeni.
« D'autres amis, cl \ous étiez du nombre, ainsi
qu'un de vos excellents paroissiens, M. Edouard Bertinot, avoué, m'encourageaient dans ma résolution de ne quitter Paris qu'autant qu'il ne serait plus possible d'v célébrer la sainte Messe.
« Tant qu'il v aura place pour une pierre d'autel à Paris, me disais-je, il y aura place à Tespérance.
« Ce fut donc à la suite des messes dites dans votre chère église (la troisième à la chapelle de saint Joseph), que j'appris qu'un tout petit sanctuaire, une chambre entourée de communeux. en plein Montmartre, était mise à ma disposition.
« C'est laque, sans interruption, jusqu'au 3i mai, i ai pu dire la sainte messe, servie par un bon vieillard, se souvenant, non sans émotion, qu'il avait rempli cette même fonction dans une grange en 1798 !
« La messe dite, il me fallait sortir au plus vite et dans le plus strict incognito de l'asile de la Providence, alors ambulance communeuse, et sous peine d'impuissance d'v revenir.
« Me dirigeant vers le gîte qu'une hospitalité charitable et courageuse m'assurait en différents quartiers de Paris, je venais fréquemment, vous le savez, cher Monsieur, refaire mes forces et prendre mes consolations dans nos entretiens pieux et pleins de confiance, et surtout au spectacle de cette assistance toujours si nombreuse et si fervente....
« La veille de l'Ascension, je vo\'ais un bataillon de fédérés danser au son de la musique au carrefour de l'Observatoire : quelques instants après, se faisait entendre l'explosion d'une cartoucherie, et puis la nou- \elle sinistre de la profanation de Notre-Dame des
— \)'2 — X'icloires ! C^ommeiil exprimer l'angoisse (^es pieux lidèles à partir de ce moment jusqu'à ce jour de clôture du mois de Marie, où j'eus la joie de vous revoir et de vous entendre, cher Monsieur, faire à St-Roch le récit de votre captivité et de votre admirable délivrance \ ia)
« N'euille/ donc a\i)ir la bonté de me faire trouver place à votre autel de Notre-Dame des Victoires, ou tout au moins à la chapelle de Saint-Joseph le 3i mai. J'espère ce jour-là v acquitter ma dette de reconnaissance envers la sainte Vierge et aussi envers vous, envers ce bon M. Bertinot et envers les âmes charitables auxquelles, après le secours divin, je dois d'être sorti sain et sauf des horeurs de la dernière persécution.
« Veuillez agréer, cher Monsieur et confrère, etc.
« P. Conrad. « Gardien du couvent des Capucins de Paris (^l ». Mai i8y2.
Vous voyez, mon bien aimé frère, que le T. R. Père Conrad, qui fut Gardien des Capucins de Paris, de Toulouse et d'Angers, me juge autrement que l'auteur des Annales d'octobre. Ce bon Père, qui n'avaic pas quitté Paris pendant la Commune, daigna partager l'enthousiasme qu'on m'attribue.
[a) M. l'abbc' Millault demanda a\ec instance à M. Amodni de raionter en rliaii-e, pour la clùlnre du mois de Marie, les événements de la Roquette. Aiirès avoir entendu ce récit, le vénérable (-uré de St-Roch, et une foule d'auditeurs pressèrent vivement le préiUcateur de le publier. Telle est l'origine de La Roquette qui est parvenue à sa "iV édition, en 1888.
(b) Lettre publiée dans les Aunulcs de Nolrc-Pame des Victoires, mai 1878.. p. IM ;i iri4.
Avec une confiance dont je fus profondément touché, il me demanda un jour s'il devait quitter Paris, je lui répondis • « Mon Père, tant que Notre-Dame des Victoires ne « sera pas profanée et que Ton continuera à y prier comme « on l'a si bien commencé, nous ne risquons rien ; mais si « vous apprenez que ce sanctuaire de la Ste Vierge, notre « divine protectrice, a été profané, alors cjuittez Paris ! Le « paratonnerre sera brisé pour tous I » — Grâce à Dieu, le R. P. Conrad vit encore, vous pouvez l'interroger. Vous saurez de lui comment il faut juger les attaques dirigées contre votre frère. Pourquoi ne consulteriez-vous pas aussi M. Sire, votre ancien maître, dont je vous ai déjà parlé, et M. l'abbé de Maubeugc, votre ami M i )
Je ne vous parlerai pas du témoignage du T. R. Père de Ponlevov, Provincial de la Compagnie de Jésus, qui ma écrit : Notre-Dame des Victoires a g-ardé son fidèle gardien ij').
Je ne vous citerai pas les paroles que M'* Plou dit à Mgr l'archevêque dans la prison, ni la réponse qu'il reçut du \énérable Prélat. Vous trouverez tout cela dans le -^Message, par M. O.
Je pourrais même vous citer celui de Monseigneur Lamazou. Il est très significatif.
Passons maintenant au témoignage de M'' Rousse.
(1) Voir Lettre de M. Sire et Lettie de M. de Maubeugc. dans \' Appendice , 't léponso.
ij*) Voir sa lettre, Hoquette p. ."i8.