‹ Notre-Dame des Victoires pendant la Commune, ou, Lettres justificatives & documents conservésChapitre 20 sur 58 · TROISIEME DOCUMENT · texte numérisé non relu

TROISIEME DOCUMENT

Extrait du Discours de M^ ROUSSE

De l'Académie Française, nncien Bâtonnier des Avocats de Paris.

OBSERVATlOi^S PRÉLIMINAIRES

L'historien de l\. D. des Victoires prétend qu'on aurait peut-être pu éviter l'horrible profanation dont l église de Notre- Dame des Victoires a été victime ( /) et il insinue que mes prédications véhémentes... ont pu attirer tous ces maux. (p. 71 j. Annal, octobre 1871).

C'est là une profonde erreur qu'il réfute lui-même dans la page 706, où il dit que « l'église de N.-D. des Victoires, à « cause de sa célébrité et de ses richesses présumées, devait « nécessairement attirer l'attention des membres de la Com- « mune et qu'elle devait être pillée ». {Annales octobre 1871 p. 706 et 712). Ne cherchons donc pas d'autres causes, mon très cher frère, celle-là suliit. Si l'église devait être pillée à cause de ses richesses présumées et de sa célébrité, ce n'est donc pas à cause de mes imprudences et de mes prédications

(j) Voir Annales doctob. 1S71 ji. 7(1.% et Histoire de N.-D. des Victoires p. 215.

Voici le texte des annales itioliiliées :

« Nous devons mentionner certaines imprudences et certaines dèfaUlan- « ces qui ont peut-être causé l'/iorrible profanation dont N.-D. des Victoires •i a été victime » (Annales p. 7U5). — Est-il possible de parler ainsi quand on n'a rien vu par soi-nn-ine et que tant de témoins lumoraiiles attestent le contraire .' — Nous avons trop souvent entendu l'écho de ces accusations poiu' ne pas y répondre. Klles sont tiés ''raves.

exallées et enthousiasles et d'une sorte de défi que f avais porté à la Commune. — Et quand même je lui aurais porté un défi au péril de ma vie, n'en avais-je pas le droit ? N'y a-t-il pas des Saints qui l'ont fait ? N'étais-je pas un prêtre en présence de profanateurs sacrilèg-es qui avaient emprisonné nos supérieurs, souillé et pillé nos églises ? et puis comment unir certaines défaillances dont il m'accuse avec ce défi qu'il m'attribue ! .. L'auteur se plait dans les contradictions.

Veut-on savoir, d'un illustre témoin, quelles étaient les dispositions des chefs de la Commune relativement aux prêtres et aux ég-lises ? — M^ Rousse, bâtonnier des avocats, qui eut l'honneur et le courage d'entreprendre la défense de l'archevêque de Paris, va nous l'apprendre dans un langage parfait, plein de grandeur et de dignité.

Extrait du Di«^cuars de M'' ROUSSE

Bâtonnier des Avocats de Paris

Prononcé à Voiiver litre de la Conférence des Avocats le 2 Décembre iSji. ( kj

« Parmi tant de victimes, la Commune avait ses « préférences. C'est contre le clergé catholique qu'elle « avait d'abord tourné sa haine, et déchaîné les fureurs « populaires.

« Dès le premier jour, dénoncé par son titre seul, « sans que rien dans sa vie pût faire présager ce si- « nistre caprice, l'archevêque de Paris était promis

(h) Gazelle lies Tribunaux, 3 di'-cenibre 1871.

— !M) — « comme otage, au bon plaisir du peuple et à la sûreté « de la sédition.

« En même temps, le clergé de Paris, pres- « que tout entier, fut voué au même sort.

« Larchevôque. le curé de la Madeleine, des reli- « gieux. des prêtres sans nombre furent emprisonnés « au hasard, sans motif, sans choix, souvent sans « mandat, quelquefois sur le signe d'un voisin ou d'un « passant. « Combien avez -vous arrêté de prêtres ? « demandait l'un de nous, deux jours avant les massa- « cres. au plus redouté des hommes de la Com- « mune?'' » — « Je n'en sais rien, mais pas assez: si « l'on m' écoutait, ils y seraient tous. »

« En présence de ces attentats, de ces menaces, de « ce jury trié par la Commune, surveillé par son pro- « cureur. où l'assassinat allait tenir ses grands jours « et rendre ses arrêts, les axocats cherchèrent à faire « leur devoir.

« Pour voir les prisonniers ordinaires, il ne fallait « qu'un peu de persévérance. Il fallait traverser les tri- « bus armées qui campaient dans les couloirs de la « sûreté, escalader des groupes d'enfants endormis, de « femmes assoupies et d'hommes assouvis et au milieu « des tonneaux, des brocs et des bouteilles, pénétrer « jusqu'à quelque fonctionnaire important.

« Mais, pour les prêtres, on se heurtait à des résis- « tances presque invincibles et l'on pouvait courir « quelques dangers.

« Malgré ces obstacles, plusioursdeces saints prêtres. « a\ant de mourir, ont pu xoir un \ isage ami. serrer

« une main dé\ouée, entendre des paroles dencoura- « gement et d'espoir, et recevoir d'une bouche profane ^< ces consolations que tant de fois ils avaient appor- « tées à des âmes voisines de la mort.

« La N'eille de sa chute, la Commune avait résolu de « les faire juger et de toutes parts des citovens coura- « geux s'offraient pour les défendre.

« Hélas ! ils ne devaient avoir ni juges, ni défen- « seurs ; mais il leur est resté parmi vous un témoin « pour attester leur courage, la sérénité de leurs der- « niers entretiens, l'émotion avec laquelle, s'oubliant « eux-mêmes, ils parlaient des douleurs de la patrie, « et pour dire que près de paraître devant Dieu, ils « élevaient vers Lui leur pensée et le priaient pour « leurs bourreaux. »

Ces pages éloquentes, n'ont pas besoin de commentaire. Si l'auteur de VHisloire et des Souvenirs de Notre-Dame des Victoires avait été présent à Paris pendant la Commune, jamais il n'aurait écrit qu'on pouvait éviter le pillage et la profanation de l église de Notre-Dame des Victoires. Et cela est si vrai que lui-même attribue ailleurs ce pillage aux richesses présumées et à la célébrité de cette église (p. 706) : nous l'avons déjà fait remarquer. Amour des contradictions et des contrastes.

S'il avait lu ce discours, aurait-il osé me rendre responsable de l'arrestation de mes confrères et de deux fabriciens ? M*^ Rousse nous affirme que le plus redouté des chefs de la Commune aurait voulu emprisonner tous les Prêtres. Ne cherchons donc pas d'autre cause. Celle-là suffit et fait ressortir

clairement le martyre des victimes. Il ne faut pas, mon cher frère, que ce grave témoignage tombe dans l'oubli.

On en voulait aux prêtres et à la religion catholique qu'ils représentaient. Et, je le sais bien, puisqu'on me l'a déclaré à moi-même dans la prison de Mazas, en me jetant à la face que mon caractère sacerdotal était mon oÉLrr. (Voir ma lettre au Père de Ponlevoy, Roquelte, p. 55J.

Je ne vous parle pas, mon bien-aimé frère, du témoignage de M. Langénieux, (aujourd'hui Cardinal), car il est déjà cité dans ma première lettre (page 31).

Mais je crois qu'en face des attaques diverses dont, je suis l'objet, il vous sera utile de conserver le témoignage de M. l'abbé Bayle, vicaire-général, otage de là Commune. Son discours a été imprimé avec son autorisation, dans la Semaine religieuse, le 27 juillet 1872. Il constitue le quatrième document que je vous avais promis.

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