‹ Notre-Dame des Victoires pendant la Commune, ou, Lettres justificatives & documents conservésChapitre 25 sur 58 · CINQUIEME DOCUMENT · texte numérisé non relu

CINQUIEME DOCUMENT

Pèlerinage de Notre-Dame des Vertus à Aubervilliers, près Paris, le 12 mai 1874

Récit publié par /'« Univers » le ig mai 18/^

Nous avons déjà signalé ce pèlerinage en quelques lignes. En raison de son importance et de l'attluence considérable qui s'y est portée, nous en donnons avec plaisir le compterendu détaillé, qui nous est fourni par un pèlerin.

« Le mardi 1 2 mai, on célébrait, à Aubervilliers. près Paris, la fête antique et annuelle de Notre-Dame des Verlua. Tous les journaux religieux de Paris et la plupart des feuilles de province en avaient annoncé le jour ; on pouvait donc et on devait compter sur une grande affluence de pèlerins. Ces espérances, loin d'être déçues, ont été comblées au-delà de tout ce qu'on pouvait désirer. Plusieurs fois, dans cette mémorable journée, l'enceinte de cette église monumentale, vraie relique des siècles de foi, s'est trouvée trop étroite pour contenir la foule de ses visiteurs. On peut, sans craindre d'en exagérer le nombre, l'évaluer à douze mille pour la seule journée du second mardi de mai. Ils étaient au moins

— luy —

trois fois plus nombreux que Tannée précédente à pareil jour.

« Tous ceux qui s'étaient proposé de visiter le sanctuaire de Notre-Dame des Vertus ont vu avec joie le soleil se lever radieux et pur de tout nuage. Rien de plus beau, en effet, que le ciel au matin de cette fête. Aussi, dès l'aurore, les foules se pressaient-elles en grand nombre auprès de l'autel de Notre-Dame des Vertus. Beaucoup de paroissiens et de pèlerins y faisaient la sainte communion. Les messes s'y succédaient sans interruption ; on saluait, on invoquait la Vierge qui mérite à si juste titre le nom de Noire-Dame des Vertus, ou des prodiges, ou des miracles.

« C'étaient des âmes profondément pieuses, qui priaient dans le plus grand recueillement, et qui disaient à Marie de renouveler ses vertus en son sanctuaire, de rouvrir cette source trop longtemps fermée, hélas ! par le jansénisme du siècle passé et par l'irréligion contemporaine. . « Des hommes en grand nombre étaient venus à pied et à jeun de Paris, pour recevoir la sainte communion à son autel. Et ainsi se renouvelait la tradition des anciens jours, où l'on dit que vingt et un prêtres ne suffisaient pas à l'affluence des pèlerins.

« Bénie soit Marie, Notre-Dame des Vertus, de nous avoir fait la grâce de contempler ces merveilles, qui en présagent bien d'autres.

« L'oftîce solennel du matin avait été annoncé pour dix heures. En effet, la grand'messe fut chantée par M. l'abbé Quinard,curéde Notre-Dame de Clignancouri, l'une des douze paroisses de Paris consacrées à la très sainte Vierge (i). Un nombreux clergé y assistait, et la foule, très compacte et très

(1) Peu (If temps après, M. Qiiinanl dfvint IVoinotciir du Dioièsc do l'ai-is.

recueillie, priait avec ferveur. On écouta avec intérêt l'exhortation de M. le curé de la paroisse, qui remercia d'abord, au nom de la très sainte Vierge, son auditoire d'être venu renouveler un acte de foi en Marie, et qui montra combien toutes ces manifestations catholiques étaient nécessaires,, pour le bien moral et religieux de cette importante partie de la banlieue de Paris, qu'on appelle la plaine des Vertus.

" La journée s'écoulait rapidement ; les jours de fête dans la vie ne sont-ils pas toujours trop courts ? L'après-midi, longtemps avant l'heure de l'office, la foule avait envahi l'église, et pour préluder aux vêpres, on chantait des cantiques et on priait. L'église était tellement remplie, que nous avons pu constater l'embarras des prêtres de la paroisse, pour donner place aux membres du Comité des pèlerinages, dont toutes les chaises avaient été prises comme de force.

« Dans cette foule figuraient les plus grands noms de France (2). Qu'il nous suffise de citer M"" la marquise de Mac- Mahon, à laquelle on avait donné une place d'honneur, près de l'autel de Notre-Dame des Vertus ; M"" les duchesses de Chevreuse, d'Estissac, la marquise de Raslignac, M. le vicomte de Damas, président du conseil général des pèlerinages, arrivant de Rome, qui, ainsi que M. le duc des Cars, portait un des cordons de la bannière de Notre-Dame des Vertus; M. le marquis de Sabran, plusieurs officiers supérieurs, l'ancien ministre de la guerre M. le général comte de Schramm, portant le grand cordon de la Légion d'honneur; M. le Maire, dix officiers en grande tenue. Plusieurs conseillers municipaux honoraient spontanément là fête de leur présence. On voyait des représentants de presque toutes les congré-

(2) On a compté plus de deux cents équipages.

Il n'y avait pas, comnio jadis, uni> itIdo de Franco, mais il y avait la nolile ôpoiisc do rilliistro PirsidonI do la HépnMifino, Madaiiio la iMarôclialo do Mac- .Malioii.

gâtions religieuBes de Paris, des Missions Etrangères, des pères du très Saint-Sacrement, des frères de Saint- Vincent de Paul, des Sulpiciens, etc.

« M. Tabbé Maréchal, supérieur du séminaire d'Issy, avait proposé la veille aux séminaristes de venir prendre part avec deux directeurs, MM. de Foville et Vigourelle, à la fête de Notre-Dame des Vertus, et soixante-dix-sept d'entre eux avaient répondu à cet appel ;, de telle sorte qu'on a pu compter environ cent trente ecclésiastiques assistant en habit de chœur à cette cérémonie. Parmi les cinquante prêtres, on pouvait voir M. l'abbé Dedoue, doyen du chapitre; MM. les curés de Saint-Laurent, de la Villette, d'Epinay, de la Cour- Xeuve et du Bourget ; M. l'abbé Guerrin, directeur au séminaire des Missions Etrangères (devenu depuis lors religieux et sous-procureur à la Grande-Chartreuse) ; M. l'abbé Barges, professeur d'hébreu à la Sorbonne ; M. l'abbé Darras, auteur de l'Histoire de l'Eglise ; M. l'abbé de Chauliac, chapelain de Notre-Dame des Victoires. M. l'abbé Juge, aumônier des sœurs aveugles de Saint-Paul, etc., etc. (3)

« On peut le dire sans hésiter, il y avait là comme une élite des âmes pieuses de presque toutes les paroisses de Paris, et spécialement de celles qui fréquentent l'Eglise de Notre- Dame des Victoires.

« Aussi il aurait fallu voir l'épanouissement de tous les visages lorsqu'après les vêpres, présidées' par M. le doyen du chapitre métropolitain, on a vu monter en chaire M. l'abbé (vhevojon, curé de Notre-Dame des Victoires. Sa voix, toujours si sympathique à ses auditeurs, revêtait un nouvel attrait dans ce sanctuaire. Il s'agissait de chanter les louanges de Marie dans un de ses plus anciens temples. Aussi

(^1 Et notre «'lier ami, l'abbé François Amoilrii, lui aussi, ('lait là, nous f'dillant tous par sa piété. Hélas ! quel douloureux souvenir.

quelle poétique description nous avons entendue du premier mii-acle qui donna naissance à ce pèlerinag-e en l'an 1336!

« M. le curé de Notre-Dame des Victoires nous a « ensuite montré tous les pèlerins de Paris, venant en « procession, un cierge à la main, en 1629 ; enfin « Louis XIII V faisant, plus lard, un vœu avant et « après la prise de La Rochelle, et prenant, dans « l'église de Notre-Dame des Vertus, la résolution « d'élever, à Paris, une église à Notre-Dame des Vic- « toii'es. C'est alors surtout que l'auditoire a été pro- « fondement ému, lorsque l'orateur a remercié Notre- « Dame des Vertus d'avoir enfanté Notre-Dame des « Victoires, et Notre-Dame des Victoires d'avoir en- « voyé un de ses dévoués serviteurs pour rétablir cet « antique pèlerinage.

« M. le prédicateur énuméra les autres titres de Notre- Dame des Vertus à notre vénération : les nombreux miracles opérés en ce sanctuaire, les congrégations religieuses qui sont venues y prendre vie ; M. Olier et les Compagnies de Saint-Sulpice, Saint- Vincent de Paul et les sœurs de la Charité, les Carmélites, les Frères des Ecoles Chrétiennes, etc (4). Mais il fallait rendre utiles et pratiques ces souveniis anciens, et c'est pourquoi M. le curé de Notre- Dame des Victoires a rappelé toute la confiance que nous devions avoir en la très Sainte Vierge et pour l'Eglise et

(4) Voir dans VAppendice uno gravnre de N.-D. des Vertus et le donuneiil trouvé à Anbervilliers en 1^73. iM. Auuidru a laissé l'orijîiiial à la fabrique ainsi qu'uni' statue de bois qui avait aiijiartenu à la H. Louise de Franee.

Après lu .mort du liérc Irlide, supérieiu- i/énéral. Irs frères aecourus de

pour la France. Oui, le patronage de la Vierge Marie à la Salette, à Lourdes, à Pontmain (5), à Notre-Dame des Victoires, à Notre-Dame des Vertus, aidera la France et l'Eglise à sortir triomphantes des grandes épreuves qu'elles traversent en ce moment.

« L'impression était vive sur tous les cœurs, et c'est pourquoi la prière solennelle qui termina le discours se fit avec une ferveur inaccoutumée. Notre mémoire nous fait défaut pour reproduire ce chef-d'œuvre d'éloquence religieuse, mais nous espérons que la sténographie aura recueilli le texte complet de cette chaleureuse et éloquente improvisation.

« Que Notre-Dame des Victoires soit louée d'avoir envoyé son premier ministre faire entendre son éloquente parole à Notre-Dame des Vertus !

« C'est sous le coup de ces salutaires impressions que s'organisa une procession de plus de 4,000 personnes. Il y avait 1,450 enfants et environ 2,700 adultes. En tête de la procession marchait la confrérie de Saint-F'iacre avec sa bannière. Ce sont les jardiniers du pays qui, cette année, ont tenu à prendre part, sans aucun respect humain, à cette fête reli-

toiites les contrées, pour élire leur nouveau supérieur, le frère Joseph, vinrent avec lui, et tout le noviciat, se mettre de nouveau sous la protection de N.-D. des Vertus. Ce fait est conservé aux archives.

(5) Voir la relation merveilleuse qui existe entre Notre-Dame des Victoires il l'apparition de Pontmain dans La Hoquette, 20" édition, page 227.

Cette considération est consolante pour la France.

Regnum Galliœ, regnum Mariœ non peribit.

Ce serait peut-être le cas de rappeler ici ce que Charles-Quint disait de la nation française :

« // n'y a nation au monde qui fasse plus pour sa ruine que la Françoise '< et néanmoins tout luy tourne à salut. Dieu ai/ani en sa protection particu- " Hère le Roy et le Royaume ».

On sait que Jeanne d'Arc aurait voulu mourir tout près de Notre-Dame des Vertus, dans cette plaine où se faisait la Procession de 1874.

(Disc, du H. P. M.iti^non. p. 14.)

Page 1