DE PARIS
Très Saint Père.
Séparé du monde depuis cinq mois, par l'investissement de Paris, et ne pouvant correspondre avec le dehors par lettres fermées que depuis quelques jours seulement, je m'empresse d'user de ma liberté retrou- ^'ée. pour vous dire toute la peine que me cause la situation faite à Votre Sainteté par les événements survenus à Rome cet hiver. Toute âme catholique doit être profondément affligée d'un état de choses qui est un attentat sacrilège, en même temps qu'un désordre social. Nous avons besoin de croire que la Providence ne voudra pas permettre qu'il se prolonge; nos prières aideront à le faire finir. J'interprète le sentiment de tout mon clergé, en vous offrant l' hommage de nos condoléances pleines de respect, et nos vœux pour le rétablissement du Saint-Père dans tous ses droits.
.le m'en voudrais, si je ne prenais occasion de la présente lettre, très saint Père, pour vous déclarer que j'adhère purement et simplement au décret du 18 juillet. Peut-être que cette déclaration paraîtra super Hue. après la note que j'ai eu l'honneur de remettre à Votre Sainteté, le 16 juillet, de concert avec plusieurs de mes collègues : mais il suflit que la chose vous soit
agréable, comme on me Técrit. pour que je le fasse avec plaisir, surtout dans les circonstances que vous traversez. Votre Sainteté peut se rappeler que, dans cette note, nous exprimions l'espoir de réunir l'unanimité des suffrages, si l'on adoptait deux ou trois corrections, qui n'atteignaient pas le fond du décret, mais qui adoucissaient la formule. C'est surtout la question d'opportunité, qui nous tenait au cœur, ou plutôt à l'esprit, et la crainte, hélas ! de voir les gouvernements se désintéresser des affaires de la Papauté. Je sais bien que les hommes ne sont pas forts ; ils \iennent encore de le montrer, et que Dieu n'a pas besoin deux ; mais pourtant il s'en sert quelquefois. Enfin c'est fait.
Par suite des événements qui se sont produits en France depuis six mois, Votre Sainteté jugera peut-être expédient de me faire saxoir si je dois tenir pour subsistante encore la juridiction que j'avais comme grand aumônier, sur quelques maisons et personnes placées hors de mon diocèse ; et en cas de négative, si je dois moi-même en prévenir les ordinaires intéressés dans la question.
Je n'ai pas encore assez d'éléments pour apprécier ce que fera le gouvernement français, au sujet des questions qui touchent soit le pouvoir temporel du Saint-Siège, soit le bien de la religion dans notre pavs. La situation politique et financière de la France, l'agitation des esprits, l'incertitude de l'avenir, sont autant de choses qui empêchent de prévoir quelles solutions seront données à certaines difiicultés relali ves aux affaires du clergé el de l'F.glise.
Mon diocèse a beaucoup souffert, matériellement et moralement : soixante-dix paroisses, composant la banlieue de Paris, sont à moitié ruinées, maisons, églises, presbytères. Mes prêtres ont fait avec courage et générosité ce qu'ils ont pu pour soulager les pauvres, les malades et les blessés. La population leur en tient grand compte. A Paris, toutes les églises sont restées ouvertes et fréquentées, au moins par les femmes et les enfants, une partie des hommes étant souvent retenus au dehors, par les exigences du service militaire. Les prédications du carême se font comme à Tordinaire ; les auditoires sont sympathiques. Si nous parvenons, comme je le désire vivement, à conserver ici la confiance et le respect du peuple, tous les autres diocèses y gagneront et l'Eglise aussi.
Je me mets, avec le clergé et les fidèles du diocèse, aux pieds de Votre Sainteté, en implorant votre bénédiction apostolique.
De Votre Sainteté, le très humble et très obéissant
serviteur.
Signé : y G. Archep. de Paris.