NOUVEAUX DOCUMENTS
OBSERVATIONS DE L'ÉDITEUR
Deux documents que nous avons sous les yeux nous permettent d'affirmer qu'à l'heure présente^ M^^^ Justine DarJjoy garde un souvenir reconnaissant des relations qui existèrent entre elle et l'abbé Amodru pendant la Commune^ telles qu'elles sont dépeintes spécialement dans les pages 130 et suivantes.
Si quelqu'un pouvait avoir des doutes à ce sujet, il lui suffirait de la consulter; grâce à Dieu, elle est encore pleine de vie. On pourrait aussi prendre des renseignements auprès de l'honorable M. Demontzey, ancien Président du tribunal de première instance à Nancy, neveu de Monseigneur Darboy.
Au point de vue historique, il nous parait utile de consigner dans cet ouvrage la persistance de ces souvenirs, reconnaissants qui durent depuis plus de dix-huit ans et qui sont assurément une nouvelle preuve des actes de dévouement accomplis à. Notre-Dame des Victoires, telsqu'ils furent rapportés à Monseigneur })ar Me Plou.dansla prison.
Ces actes avaient si profondément touché le cœur de l'Archevêque martyr, qu'on peut affirmer sans hésitation qu'ils adoucirent considérablement l'amertume des dernières heures de sa vie, Jusqu'au moment fatal où il entendit l'appel de son nom qui précédait son supplice.
Nul ne s'attendait à un pareil dénouement. Pour le faire arriver, il ne fallut rien moins qu'une modification profonde dans le gouvernement do la Commune, modification dont on se fera une idée en lisant l'Episodf, que nous reproduisons on partie dans VAjjpendice à la Roquette, 4e édition.
DERNIERS MOMENTS DE M^" DARBOY Récit de Dom Léon Guerrin.
Seul de tous les otages, l'abbé Guerrin, aujourd'hui Dom Léon Guerrin, sous-Procureur de la Grande-Chartreuse, a lu et tenu dans ses mains la liste des six victimes du 24 mai.
Tous les noms étaient écrits sans qualificatifs ; ainsi il y avait Darboy tout court, sans le titre d'archevêque. L'abbé Guerrin a vu passer le peloton d'exécution dans le couloir ; l'un d'eux traînait son sabre avec bruit. Plusieurs disaient : « Nous allons les coucher ! »
On frappait la porte des cellules à coups de crosse.
Tout à coup une voix se fit entendre seule :
« Darboy ! »
Point de réponse nulle part.
Les otages étaient consternés.
La cellule de Monseigneur étant fermée, il dut ne pas entendre prononcer son nom.
De son côté, l'abbé Guerrin, à qui l'on s'adressa pour savoir où était la cellule de l'archevêque, refusa de l'indiquer.
Alors parut Ramain qui alla droit à la cellule de Monseigneur et ouvrit la porte.
« L'archevêque, dit l'abbé Guerrin, sortit sans mot dire. « 11 ne répondit absolument rien. »
Il dut alors, mais seulement alors entrevoir le sort qui l'attendait et il se recueillait en silence.
« L'archevêque, dit encore l'abbé Guerrin qui a raconté
<i tous ces détails en 1889, (1) descendit au milieu du sinistre » cortège. »
Kn ce moment l"ablj6 Bayle, vicaire général, apercevant l'abbé Amodru à sa croisée et ù travers les barreaux, lui faisaitlos signaux convenus et lui indiquait six victimes parmi lesquelles rarchcvèque d;; Paris. Ces signaux furent parfaitement comjjris.
Tout à coup on entendit retentir les coups de fusils.
Le crime était consommé.
Six victimes tombèrent pour ne se relever que dans l'éternité !
Telle fut la fin de cette célèbre et lugubre journée du 24 mai 1871.
Le même jt)ur, le général Dombrowski était enseveli dans le cimetière du Père-Lachaise quelques heures auparavant.
Ce terrible dénouement trouvera peut-être une explication dans l'extrait d'un Episode, ainsi (jue nous l'avons dit plus haut.
(1) Là s'arrête le récit de l'abbé (iuerrin qui ne vit plus rien et n'entendit plus rien. C'est de la bouche même de M. (îuerrin que l'abbé Amodru a recueilli tous ces détails.