CHAPITRE III
L'équivoque caresse.
De l'avenue de Friedland à la rue La Fayette, oïl il demeurait, Gabriel fit la route à pied.
La nuit fraîche ranima ses pensées.
Un grand calme descendit en lui en même temps qu'un immense dégoût.
Il essaya d'analyser ses sensations. Etait-ce avec joie ou tristesse qu'il avait revu Maud?
Pouvait-il le dire?..Il ne savait pas.
Il avait gardé d'elle tant de doux souvenirs, mais aussi la seule souffrance causée avait été si profonde!
Tout s'estompait dans des demi-teintes lointaines de très vagues sentiments.
Il en avait tant connu de femmes depuis, son cœur s'était émietté dans des mains passagères.
'J ;' ) NOTRE-DAM i,- i , v.n- i » m,, i i i..->-.--.» .\,-.-.\ w.>i bii i.
Que pouvait-il rester de tout cela?
Une seule chose l'étonnait, c'était de sentir ses paupières vides.
Parbleu! il avait tant pleuré ja(li>, (iiiil n'avait plus de larmes pour elle. IVe les avail-il pas toutes données ?
Et pareillement il sentait que son cœur était sec comme une feiiille morte qui veut encore s'attacher à l'arbre, mais que le moindre souftle emportera.
Il marchait très vite, en faisant sifller sa badine, baguée d'qr.
Il raisonnait :
— Elle viendra, j'en oi la certitude. Elle ne serait point femme et Maud ne serait pas Maud si elle ne venait pas.
Il avait appris l\ connaître les feniraes, il avait payé cher cette éducation philosophique, mais aussi son ûme s'était bronzée et sa philosophie était fortement teintée de sqcpticisme.
Dans ses appartements, soigneusement rangés, tenant de la garçonnière et du boudoir, il promenait de long t*u large ses réllexions, tout en fumant cJes cigarptips.
^Malgré tout il craignit un moment qu'elle ne vînt pas, mais ce ne fut qu'une pensée et il reprit sou impl^cat)le saug-froid.
Le savait-il, d'abord, ce qu'il voulait?
Il n'aurait pas désiré au fond qu'elle vînt...
Ses impatiences étaient vite étouffées.
Quelquefois, dii balcon il guettait la rue, blanche de lune, oii rien ne vivait.
Alors il se souvint d'une i^pit p^reijle, bienheureuse de calme, où il avait vainement attendu l'amante iufidèle.
C'était lù-bas, bien loii^, tout près du ciel, la maisonnette blanche, briquetée de rose, qui regardait toujours la mer.
Elle n'était point venue.
Mais cette nuit, il le savait, il en était certain, elle allait venir, il aurait des pardons pt des Jiaisers aux lèvres, il la prendrait comme autrefois, il sentirait battre sa chair, ^]^v^v sQu àme.
Il eut une folle pensée, une savoureuse vengeance : elle viendrait, lui l^e ^eri^it pas là.
Il réveilla son boy :
— John ! dit-il, une femme viendra, tout ù
l'heure ou demain, moi je ne rentrerai pas...
Il n'achevait pas, cherchant quelque chose, une solution, une monstruosité pour lui faire du mal.
Mais le boy interrogea :
— Que faudra-t-il lui dire ?
— Que je suis chez ma maîtresse.
Et laissant John stupéfait, il sortit. Lorsqu'il se retrouva dans la nuit, à nouveau
sa fièvre s'apaisa.
Il marchait lentement, lentement, heureux s'il l'eût rencontrée, mais le hasard ne se produisit pas.
Alors il poursuivit sa route, ne voulant plus penser à rien.
Gomme il passait devant une taverne à la mode, bruyante, lumineuse, il entra.
Un mélange hétéroclite, fait de fumées, d'alcools, d'odeurs acres, de sueurs, de sexes et de fards, lui saisit les sens et comprima sa gorge.
Il se fit servir des liqueurs fortes.
Et la pensée du poète arabe lui revint (jui disait que « le] parfum le meilleur emprunte ses arômes à la senteur de la chair ».