CINQUIÈME PARTIE
— ïu ouvriras, John, fais entrer dans ma chambre. Puis tu iras aux Courses... jusqu'à demain. Tu comprends, n'est-ce pas?
Le boy s'inclina et sortit.
Tranquillement, sans se presser, il fut vers la chambre, tira avant d'entrer trois ou quatre bouffées de tabac, puis rejetant sa cigarette, dans un cendrier, il entra.
Elle était là, debout, toute en noir, la voilette baissée.
Lui s'arrêta.
Ils restèrent un long moment sans parler.
On devinait leur gêne mutuelle. Gabriel, nerveux, crispait le dossier d'une chaise.
Maud laissait percevoir sa crainte aux halètements oppressés de sa poitrine, qui soulevaient une petite montre d'or, agrafée à la pointe du sein.
— Bonjour, fit enfin Gabriel, brusque.
— Yous n'êtes guère aimable, cheti réponditelle.
Puis elle ajouta moqueuse :
— Serait-ce votre nuit d'amour?
— P^t quand cela serait ! répliqua-t-il d'un
ton qui voulait dire : ne suis-je pas libre?...
— Ah! darling, reprit-elle, d'une tout autre voix, nous sommes-nous revus pour nous faire du mal?
Cet accent sincère, presque douloureux, le toucha.
— Mais non, voyons, assieds-toi...
Il lui tendit un siège.
Il se mit auprès d'elle.
— Darling, redit-elle alors.
Ce mot si doux, qu'il n'avait pas entendu depuis des années lui fit venir des larmes, lui qui croyait n'en avoir plus.
— Oh! darling! darling! répétait -elle, comme nous nous sommes fait souffrir!
Elle releva sa voilette, il s'aperçut alors que ses yeux étaient remplis de pleurs.
— Maud, dit Gabriel, vois-tu, n'ayons ni des regrets, ni des mots tendres.
Les paroles de haine comme celles d'amour sont pareillement inutiles.
Nous nous sommes retrouvés après bien des jours passés loin l'un de l'autre. Bien des changements se sont produits depuis. Tu as agi