CINQUIÈME PARTIE
— Bigre, fit Gabriel riant, et avec ça?
— Tu ne peux pas partir.
— Quel docteur tu fais ; allons, signe mon « exeat » de bon cœur, voyons !
La dispute aurait très bien pu durer longtemps encore ainsi, si Mourrette n'était intervenue.
Elle comprenait les raisons qui faisaient agir Gabriel. '
En effet, celui-ci avait examiné froidement la situation et, en connaissance de cause, il l'avait jugée périlleuse.
— Si je reste, pensait-il, nous finirons par céder l'un et l'autre à cette sorte de revenez-y amoureux, et nous n'en aurions que des conséquences pénibles ; donc il vaut mieux que je m'en aille.
— Ecoute, dit Mourrette à son mari, si Gabriel doit partir, laisse-le aller, mais à cette seule condition, c'est qu'il nous reviendra bientôt.
— Je-ne-veux-rien-savoir, scanda Perdigal têtu.
Pour le convaincre, il fallut épuiser tous les arguments. Il ne voulait pas démordre de son idée première et il répétait obstinément :
— Tu es malade, je.le dis que tu es malade. Enfin, il cria :
— Allez au diable tous les deux, si vous voulez.
Puis, radouci, il fit jurer à son cousin d'être de retour dans la quinzaine.
Gabriel promit.
— Sinon, reprenait Perdigal, je viens te prendre par les oreilles et je t'amène comme un lapin.
Cette idée lui paraissait très drôle, elle le fit rire longtemps.
Tout de suite il alla faire quelques préparatifs, et (îabriel, qui aurait voulu Téviler, se trouva en tète à tète avec son amie.
Ils restèrent un instant sans parole, puis brus- (luement elle dit, comme si elle eût continué sa pensée :
— Oui, c'est mieux ainsi, il vaut mieux que tu partes.
Et comme il était siki.v iv .. v, elle ajouta :
— Nous aurions fait des bêtises.
— Tu resteras longtemps? fit-elle encore.
— Oui, longtemps, répondit-il enfin.