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TROISIÈME PARTIE

Ah ! les soucis viennent toujours trop tôt.

Preste, comme une fée de conte bleu, Maud avait dressé sur la table les gâteaux et les pâtés de viandes froides, llanqués d'un bataillon de bouteilles de Champagne casquées d'or, et, mutine, elle dit :

— Oli! je ne mets qu'un verre et qu'un couvert, c'est bien suffisant pour deux amours.

— Bien sur, confirma Gabriel.

Ils allaient se mettre à table^ c'est-à-dire ^Nlaud croquant des biscuits sur les genoux de son amant, quand, se souvenant soudain :

— Ah ! mais, j'y songe, Noël ne peut venir et passer qu'en musique. Oh î darling, viens à Ion piano.

— Que veux-tu que je te joue?

— Ce que tu voudras, mets ton âme devant les yeux, et laisse aller tes doigts agiles, tu (liras son rêve et son amour aussi, et ce sera suprêmement beau. Vois-tu, il me semble que j'ai des cloches dans le cœur, moi.

Tiens, je me souviens d'un soir de jalou-

ie, alors que je n'étais rien pour toi, dans

l'ombre qui tombait, tu jouais un Nocturne et

J '«<) notiœ-dame-d;es-voluptks-sa.\s-nombkk

je te devinais ainsi, comme In l'es à présent, penché sur ton piano, transfiguré d'une extatique admiration.

Je maudissais tes persiennes closes, (jui avec le secret de ta chambre gardaient tes tendresses.

J'étais jalouse, mais depuis, elle fut si jolie notre chambrette, que ma rancune s'est évanouie devant tout le bonheur qu'elle m'a donné.

Qu'importe, ce soir-là, j'étais colère de ne t avoir pas, pour te crier, en mon délire, toutes les folies conçues dans ma pénible déception.

Vois-tu, c'est si méchant une femme qui aime !

Va, cnivro-nioi à nouveau do ces \aiscs mortelles oh j'ai tourbillonné; comme le fol papillon ébloui d'éclatantes lumières, j'ai bridé mes ailes éployées aux feux de tes amours.

Oli ! je ne le regrette pas, puisque je puis encore t'en tendre, le voir, et te dire après :

Tu es ma vie, et je t'aime.

— M'amour jolie, interrompit Gabriel, avec des caresses aux lèvres.

TROISIÈME PAllïIE lil

Elle lui rendit son baiser.

— Rejoue-moi ce Nocturne, oii Chopin a mis sa maladive souffrance et montre dans ses replis profonds la plus angoissante terreur cachée qu'un artiste ait vécue dans les horreurs d'une tristesse d'amour. Joue, darling.

— Oui, je jouerai, et le spectre de George Sand qui s'évoque flottera entre nous, ombre indécise, chargé de remords, et l'échiné ployée sous le juste châtiment des larmes répandues et des chagrins causés. Ce fut un calvaire misérable. Que de douleurs péelles montèrent, déchirées d'angoisses et de désillnsions, aux étapes oii se prodiguaient ses passagères amours !

Mais aussi quelle profondeur de sentiment, quelle largesse de style, dans ces harmonies !

Écoute.

Il joua. Ensuite, Maud voulut chanter.

Désirant maintenant des musiques sacrées, elle chercha un Noël qu'elle savait :

Trois anges sont venus ce soir M 'apporter de bien belles choses.

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Feiiiiue, elle coiiipienaiL celte musique de femme et son âme passait aux tendresses de la chanson.

Et ce fut dans un cri d'amour qu'elle termina :

NoOl, Noël!

Rctoonaei au Ciel, Mes bons anges, à l'instant même; Dans le ciel bleu, Demandez à Dieu Le bonheur pour celui que j'aime.

Knervés, ils cueillaient baisers siir baisers.

l3ans le fauteuil âiix larjçés bras, Gabriel disait des folies dans lé côù de soii amante qui se pâmait.

(irisée, défaillante, il la transporta siir lé lit et la déshabilla d'uii geste adroit, comrile une mère son enfant.

Puis il se palissa près d'elle.

Avec une petite moue désespérée, Maud alors se souleva :

— O mon Dieu! et notre réveillon?

— Bah I ût Gabriel en -soufîlaht la lampe curieuse, nous le mangerons... demain...

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