PREMIÈRE PARTIE
En effet, au matin, la bande, réduite à sa plus simple expression, était venue s'échouer là, afin de « faire du thé », c'est-à-dire absorber un alcool de vin que les parents d'Oustalet, braves paysans du Midi, récoltaient eux-mêmes, pour la plus grande joie de Perdigal et de ses amis.
Le peintre tira quelques bouffées silencieuses, puis s'étira avec un long bâillement. Il avait passé « la nuit » sur une chaise longue.
En se retournant il aperçut celui qu'il dénommait Jeune Plèbe, qui dormait du sommeil des justes, dans un fauteuil d'osier, parmi des coussins à ramages, la tète — très pâle — inclinée sur de la glaise.
Sur le lit, Kahut et Louchon ; celle-ci, les seins dehors, en chemise dont les rubans roses étaient déchirés, dormait la bouche ouverte et les cheveux dénoués, les jambes hors du lit, pendantes.
Son petit poing fermé, s'appuyait sur le nez de Kahut qui ronflait.
— Nom de Dieu! et le gosse... répétait
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PerdigaJ. A quel tonnerre du diable s'esl-il fourré 1
Il souffla la flamme bleuâtre de la lampe à alcool qui mourait avec des crépitements.
L'idée de faire une « bonne blague » lui traversa l'esprit.
Ne trouvant pas le pot à eau — immolé en la colère de la veille — il prit les linges dont se servait Oustalet pour conserver ses ébauches humides. Ensuite, délicatement, il releva la chemise de Louchon. Un ventre minuscule et rosé, soulevé par une respiration régulière, apparut; il le caressa d'un sourire et laissa choir les linges.
Un cri fusa, tandis que lui s'étranglait avec un gros rire.
Louchon effarée se souleva, repoussant Kahut, qui roula sur le sculpteur^ lequel eut un grognement prolongé, la tète enfouie dans les poils d'ours.
Perdigal délirait.
Louchon furieuse saisit alors sur ses jambes ruisselantes le linge, et le lui envoya par la figure avec upe incongruité.