QUATRIÈME PARTIE
elle en subissait l'hypnotisme et la magie. Elle avait peur.
Des rosées pudiques envahissaient ses joues et son corps avait des frissons involontaires.
Ces terreurs jetaient la pauvre amante, craintive et troublée, dans les bras de Gabriel, mais elle n'osait pas en avouer les causes.
Oustalet passait, à présent, ses journées avec eux, dans leur intimité qu'il déflorait de mauvaises pensées.
Il ne voyait en elle qu'obscénité et vice, et <es mouvements et ses gestes il les interprétait avec d'équivoques sensualités.
Sa démarche, ses cuisses dessinées sous le collant des robes, sa gorge nue, les frisons sur la nuque dorée, sa bouche — surtout ses lèvres — lui donnaient un infâme désir.
Une fois môme qu'il la vit se pencher, une envie irrésistible le prit de fourrer sa main, avec un geste ignoble, sous la lingerie soulevée, afin de prendre, goulûment, des jouissances défendues.
D'instinct, elle se retourna, devant qu'il Teùt
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frùlée. Elle le vit si proche d'elle que, toule pâlie, elle se mit à trembler.
Mais son énergie naturelle la ressaisit; elle dégrafa lentement le haut de son corsage, la clicmise parut, éblouissante avec une tache de chair; alors, du creux des seins, au milieu dun nid de dentelles et de broderies, elle prit un coquet revolver à crosse d'ivoire, un vrai joujou incrusté d'or.
— Voyez- vous, dit-elle simplement, buus élever la voix, avec cela on abat les méchantes bctes. Vous comprenez, n'est-ce pas?
Alors d'un même geste, elle remit le joujou dans sa cachette parfumée, puis, froidement :
— Voulez- vous i^attacher mon col, je vous prie?
Le sculpteur, les doigts tremblants, remit les agrafes une à une.
La dernière s'accrochait.
Maud sentit le souffle cliaud de Thomme frôler sa nuque.
— Je vous remercie, Irôs cher, lil-elle. Elle avait maté la béte.
Après le dîner, le même soir, alors qu'ils
prenaient du thé dans le petit salon tendu d'étoffes claires, Maud fut plus voluptueuse, plus caressante, plus désirable que jamais.
Elle eut pour son amant d'orgueilleuses tendresses, et dans leur causerie elle butinait la lèvre fleurie de Gabriel.
Elle se sentait triomphatrice et souveraine, elle vibrait plus fort, heureuse au fond d'avoir été désirée ardemment, jusqu'au crime.
Dans ce terrible jeu, elle avait des regards furtifs vers Oustalet, mais celui-ci, impassible dans son immobilité, le dos appuyé au marbre de la cheminée, les mains aux poches, fumait la pipe.
Ses yeux, comme morts — sans mépris et sans haine — les regardaient, avec un léger sourire de pitié, entre deux bouffées de tabac qui se perdaient, au plafond, en spirales.