CHAPITRE VU
Pressentiments de femme.
— Non, my dear, non, pas aujourd'hui.
Et Maud repoussait d'un geste grave son amant étonné.
— Es-tu mal, chérie?
— Non, mais je ne sais, ma tète est lourde.
— Aurais-tu fait des rêves méchants ?
— Méchants et mauvais, oui, oui, oui... répétait-elle.
Sa poitrine se' soulevait, oppressée d'une frayeur encore confuse, et sous la chemise aux dentelles fmes, la pointe des seins soulevée se montrait tout effarée.
— Viens te blottir dans mes bras et tes craintes seront dissipées, dit-il à son amante.
— Non, darlingy reprit-elle en se détachant
I ^ • \OT!lE-l)AMl>I)KS-VOLUPTKS-SANS- N'OMBRE
de rétrcinte amoureuse de Gabriel, uon, j'ai senti la mort se (^lisser dans nos bras.
Elle fermait les paupières pour ne plus voir, mais rimac^e obsédante était si bien gravée dans sa mémoire que les yeux clos elle frissonnail, impulsivement.
— ]>ali ! c'est un cauchemar qui se dissipera avec les brumes du matin, un peu de soleil sur tout ceci et la i^aîté reprendra ses droits méconntis.
Ce disant, il sauta Vivement du lit et ouvrit, grande, une des fenêtres.
Vn Ilot de lumière pénétra qui inonda la chambre d'un seul coup. Au travers de l'autre persienne, des niilliers de paillettes valsaient. poussière d'or.
Gabriel fut pour rou\Tir.
— Non, non, pas celle-ci, s'écria Maud, c'est par là qu'KUe est partie.
Comme il souriait, incrédule a son caprice, elle reprit dolente :
— Darling, il ne faut pas sofitire ii la mort, c'est une amante goulue qui ne rend jamais les baisefs qu'on lui donne.
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La tefreur primitive troublait sa sentimentalité féminine. Elle ramena vivement les draps sur son corps, et ses quenotte^ peureuses s'entreclloqti tarent.
Alors, le musicien appuyant sa tête auprès de cesllc de son amie, essaya de la distraire de son rêve persistant.
— Mon Gabriel, fit-elle heureuse, tu me défendras, dis?
Elle redevenait petite fille, et s(^s mains se crispaient, autour du cou de son amant, oii s'enfonçait, sans vouloir, l'étfeinte douce de ses ongles rosés.
— Mais oui, ne suis-je pas là, moi qui t'aime, ton amant, ton aimé ?
N'es-tu pas la Vénus que mon âme adore ? Ne suis-je point ton grand prêtre, pour nos cultes d'amour?
Va, je te préserverai de la souillure des mains non consacrées.
Il trouvait des mots câlins et des phrases affectueuses qui la charmaient :
— Est-ce que l'on touche aux divinités ? disait-il: toi, tu es ma déesse respletidissan te,
la mort ne viendra point te déflorer, car ta lèvre est fleurie de caresses et le miel des baisers s*y cache.
Voyant tant de tendresse, Fafl'reuse déchéance, celte goule de mort, fuirait épouvantée, agitant ses bras osseux, les mâchoires ébréchées claquantes d*efl*roi, du dépit de sa force vaincue.
— M'amour jolie, reprenait-il avec des attouchements discrets, les doigts frôleurs.
Malgré ces paroles, elle ne voulut point se lever — caprice d'enfant gâtée, touchée au fond par ses soins empressés et délicats.
Assis auprès d'elle, il resta tout le jour. l'endormant de promesses.
Elle ne demandait rien mieux que d'être consolée, convaincue. Ils s'amusaient, riant de rien, passant d'une pensée à une autre, avec des efl'ronteries gamines.
— Et cette grande peur ?
— Dissipée, répondit Maud, mais il reste en moi une vague intuition, un pressentiment, que je ne puis malgré tout définir.
Il me semble que mon cœur bat plus vite,