APPEL AUX PATRONS CHRÉTIENS
(Tourcoing, 20 novembre 1877.)
Les patrons chrétiens n'ignorent pas qu'ils ont des devoirs à remplir envers leurs ouvriers; mais il leur arrive d'être distraits par le souci des affaires, et de me'connaître en pratique leur responsabilité. L'ordre public serait moins troublé, s'ils s'en étaient souvenus davantage.
Les devoirs du patron ne se réduisent pas à payer équitablement aux ouvriers le salaire convenu. Il leur doit, à un titre spécial de charité, aide et protection. Il leur doit, à titre de justice, de ne rien faire, et de ne rien permettre, dans la limite de son autorité, qui puisse nuire soit à leur santé, soit à leur moralité, soit à leur foi.
Il y a donc pour le patron obligation stricte de prévenir les abus qui chercheraient à s'introduire dans son atelier. Il y a pour lui obligation de supprimer, dans la mesure de son pouvoir, ceux qui déjà se seraient introduits. Cette réforme, si elle est devenue nécessaire, engage sa conscience. Il doit y tendre sans précipitation indiscrète, mais avec une infatigable persévérance.
Son devoir se rencontre d'ailleurs avec son intérêt, car il est impossible qu'un atelier prospère, s'il est mal tenu; et l'expérience montre que la négligence à un certain degré est une cause inévitable de ruine.
Les indications, données ci-aprês sous fçrme de règlement, ont pour but de diriger la bonne volonté. Toutes les améliorations qu'elles suggèrent sont possibles, puisqu'il n'en est aucune qui ne soit réalisée dans quelqu'un des ateliers de notre ville. L'atelier qui les réaliserait toutes pourrait être cité comme un atelier modèle. Il est permis d'espérer que nous en compterons plusieurs, et qu'un bon nombre d'autres travailleront à s'en rapprocher.