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Qui tid pecuiiiaiii luxuricunque ciirsn rueiites prensal ac relrahit, et, si nihil aliucl, cerU» inorntur in privato, publicum negotiuiii agit.
SéiNiSQUii:, lie TramjaUlilale aninii.
Oïl pourrait faire un ouvrage tout entier sur le luxe ; ot il serait utile, car ce sujet n'a jamais été bien traité. On montrerait que... le luxe est une suite inévitable de l'industrie, dont pourtant il arrête les progrès, et de la richesse, <iu'il tend à détruire; et que c'est pour cela aussi que quand une nation est déchue de son ancienne grandeur, soit par l'effet lent du luxe, soit par toute autre cause, il y survit à la prospérité qui l'a fait naître et en rend le retour impossible, à moins que quelque secousse violente et dirigée vers ce but ne produise une régénération brusqueet com[)lète.
C**' DE Tracy, Éco7iojnie poliliqiie.
CE QUE NOUS DÉPLOROiNS
Définition du It^ce, — Ses progrès depuis vingt ans. — Notre état présent. ~- Le luxe a tué la noblesse. — Ses ravages dans la bourgeoisie. — Après la bourgeoisie Tanarchie. — Il n'est pas trop tard pour le combattre. ^- Auxiliaires sur lesquels nous comptons. — Pourquoi un livre contre le luxe? — Le cri d*alarme. — Les oies du Capitole.
Le mot d'ordre des sociétés modernes parait être le cliangement. Reste à savoir si les sociétés mises à cette épreuve se fortifient ; mon opinion est qu elles s'affaiblissent au contraire. Il est mauvais pour un malade de changer fréquenunent de médecin.
Ce besoin de mouvement, — qu'il faut se gar-
4 NOTIŒ ENNKMI LU) LUXE.
der de confondre avec l'amour du progrès, — est hostile au temps qui consacre les œuvres les plus imparfaites en permettant de les expérimenter et de les améliorer. Au milieu des bouleversements politiques qui agitent T Europe, et des commotions sociales qui menacent de la troubler dans l'avenir, plus rien n'est stable. Je serais tenté de comparer notre civilisation moderne à une fournaise d'où s'échappent des grondements sourds avec des lueurs tantôt resplendissantes comme une aurore et tantôt sinistres.
En attendant que l'avenir réalise ou démente ses menaces, les peuples s'agitent, les trônes s'écroulent; on voit tomber en poudre, en face de l'indifférence presque générale, deux grandes institutions sociales et politiques sur lesquelles le monde s'appuyait depuis des siècles : — la Papauté et l'Empire germanique.
Dans notre impatience du nouveau, nous nous hâtons de détruire ce que nos pères ont construit, — pour rebâtir ensuite L Nous nous regardons comme meilleurs architectes qu'eux. Tout ce qui -est ancien, dans le monde économique ou moral,
NOTBE KNNKMI LK LUXK. 5
parait, par cela seul, frappé de réprobation : il faut du changement à ces esprits altérés de Finconnu.
La faveur publique encourage les novateurs.
Grâce à elle leur témérité devient aisément courage, franchise, sagesse, indépendance, patriotisme ; on les aime, on les acclame, on les défend, et nous ne nous apercevons pas que ce dégoût du présent, cet attrait de Tinconnu, nous livrent sans défense à un ennemi redoutable : — à notre ennemi le luxe.
Le luxe, dont nous voulons signaler, l'un après Tautre, les sinistres ravages, est hostile à tout bonheur individuel comme à toute grandeur sociale. S'il n'est pas nécessairement un symptôme de décadence, il en est du moins, presque toujours, le signe avant-coureur.
Ce qui est jeune, — soit qu'il s'agisse de la jeunesse de l'homme ou de celle des Empires, — se contente de peu. On a pour soi la force, la vigueur, la santé, les plaisirs faciles, l'espérance; ce brillant mais fragile cortège peut suffire. Au
contraire c'est un besoin propre à la vieillesse que de chercher à compenser ses pertes par le raffinement de ses jouissances.
Aux palais fatigués il faut des condiments d'un haut goût.
Le luxe a renversé Babylone, Ninive, Tyr, Rhodes, Syracuse, Garthage, ces opulentes et voluptueuses cités. C'est lui qui a rendu Athènes tributaire de Rome, qui a fait Rome la proie des Barbares, Byzance la conquête de Mahomet.
11 est la maladie des États florissants, le parasite de leur maturité. Il les attaque par le cœur, comme le ver ronge l'arbre ou le fruit; il les épuise et hâte leur ruine.
Le luxe n'est pas pour nous un ennemi inconnu ; à diverses reprises, il a fait invasion en France. Jusqu'ici nous avons pu lui échapper; mais il entre de nouveau en campagne, il est temps de le combattre.
Depuis dix ans les progrès du luxe ont été rapides.
Il s'est d'abord attaqué aux classes élevées, car les sociétés se corrompent par la tête, comme le chêne; et il arrive que déjà l'arbre est découronné, tandis que son pied se couvre encore de rameaux verts,
La classe la plus menacée, parce qu elle est la plus puissante, la plus nombreuse et la plus riche, c'est la bourgeoisie.
Le luxe a tué la noblesse ; aujourd'hui il s'en prend à la bourgeoisie, laquelle, dans la politique, l'industrie, la finance, tient le premier rang. Deux révolutions successives n'ont pu ébranler son pouvoir. Son principal péril vient de sa sécurité.
Je me préoccuperais moins de sa décadence, si je voyais une autre classe tout élevée, prête à prendre sa place. Lorsqu'une même culture trop longtemps prolongée a épuisé le 5oI, on lui confie une autre semence : 89 a été un rajeunissement, parce qu'il a opéré la substitution d'une race jeune à une race déchue. J'ai beau chercher; après la bourgeoisie je ne trouve plus un peuple, mais seulement des utopies subversives de tout
ordre social, des vengeances et des colères. La démocratie, au nom de laquelle se produisent ces théories confuses, ne représente que les prétentions audacieuses de quelques-uns. La noblesse était une digue que la bourgeoisie a renversée; celle-ci, en prenant sa place, n'a pas relevé Tobstacle. Les charges publiques, les hauts postes sociaux sont accessibles à tous; le plus pauvre comme le plus obscur peut espérer, s'il est persévérant et laborieux, si le sort ne lui est pas contraire, parvenir au premier rang.
Défendre la bourgeoisie contre ses propres égarements sera servir l'État et le préserver de quelque commotion funeste.
Je réclame les lumières et le concours de ceux qui ont échappé à la contagion. Ils sont nombreux, .mais dispersés; ils ignorent leur force, parce qu'ils ne connaissent pas leur nombre. Qu'ils se comptent, qu'ils s'unissent; que l'imminence du péril les fasse sortir enfin de leur coupable apathie. Ce n'est pas en gémissant dans l'ombre que l'on gagne des batailles : s'abstenir serait s'avouer vaincu !
NOTRE ENMwMl LE LUXE. 9
Que la simplicité modeste, l'honnêteté laborieuse, la raison et le bon sens, — ces vertus privées qui sont des garanties sociales, — ne rougissent plus de se montrer au grand jour; que les jeunes gens sortent des écoles, les pères et les mères de famille de leur maison : leur nombre seul en imposera.
« Nous voici, — diront les jeunes gens, — nous qui n'avons pas désappris à honorer nos pères, à aimer tendrement nos mères, à respecter la religion et à en pratiquer au grand jour les devoirs; nous qui avons su ménager notre jeunesse et conserver, comme un parfum précieux, la chasteté de notre cœur. Au lieu de passer notre temps à entretenir, à votre exemple, des chiens et des filles, à jouer, à faire courir des chevaux, nous étudions, nous agrandissons le cercle de notre intelligence, nous élevons notre âme. En nous s'agitent toutes les nobles ambitions du dévouement et du devoir. Voyez, nous sommes forts, pleins de santé, de gaieté et de vie, nous sommes plus heureux que vous! »
Les pères de famille viendraient à leur tour
et parleraient de la sorte : « La considération, la fortune, le succès, le bonheur que vous cherchez en vain, sont la récompense assurée des vertus modestes que nous pratiquons. Gardiens fidèles des traditions de la famille, nous y tenons école d'ordre et de respect; car obéir à la loi domestique c'est apprendre la soumission à la loi sociale. Nous aimons nos femmes ; il ne nous en coûte point de leur demeurer fidèles. Nos enfants sont notre joie; un jour peut-être, s'ils mettent à profit nos leçons, ils feront notre orgueil. Nous servons notre pays dans des voies diverses, sous la loi commune du travail, suivant nos moyens et nos forces, moins par ambition que par devoir; on nous estime, tandis que ceux même qui vous flattent vous méprisent : — pourquoi ne feriez-vous pas comme nous ? »
Les mères chrétiennes paraîtraient à leur tour conduisant par la main leurs sœurs et leurs filles. Rien qu'à les voir, les femmes futiles, les courtisanes, celles qui mettent leur gloire à les imiter, comprendraient que leur fard et tous leurs savants artifices ne pourront jamais
KOTRK ENNEMI LE LUXE. Il
lutter contre Téclat vrai de la jeunesse ni le mystérieux rayonnement de la vertu; elles reconnaîtraient que la simplicité rendue piquante par le goût aura toujours plus d'empire que Texcès de la parure, et qu'une femme, quelle que soit sa position ou son âge, peut encore paraître belle sans fourrures, ni velours, ni diamants, ni bijoux.
En entendant ces jeunes filles, ces épouses heureuses, ces mères, se raconter entre elles les joies du foyer domestique; en apprenant de leur bouche qu'une vie simple est exempte des gênes pénibles que le luxe inflige à l'orgueil; qu'elle est à l'abri des froissements d'amour-propre, des rivalités haineuses; en voyant, — privilège dont les femmes se montrent surtout jalouses, — que la douce sécurité de l'âme conserve longtemps la beauté, elles voudraient devenir comme elles.
Je vous entends me dire : — Tout ceci est bon. Mais votre appel ne sera pas entendu; et au demeurant, que prétendez-vous?
Avez-vous oublié que jamais on n'a guéri le luxe par des discours ou des livres * ?
Ni les sermons, ni les traités ne lui ont manqué soit dans les temps anciens, soit dans les temps modernes. Voyez à quels résultats ils ont abouti! Aristide, par son blâme, a-t-il retardé d'un jour la chute d'Athènes? Caton, par ses lois, est-il parvenu à chasser la corruption de Rome? Jérémie, avant eux, s'était-il fait entendre de la voluptueuse Babylone? Le luxe est un fleuve né de la civilisation, et sans cesse grossi par elle; le fleuve peut, nous en convenons, devenir torrent et ravager ses rives, mais qu'y faire? »
Je ne répondrai qu'un mot :
J'aime mon pays, je sens vibrer profondément en moi la fibre patriotique ; jaloux de la grandeur et de la gloire de la France, mon cœur bat à
i. Delille commençait ainsi son Êpttre sur le luxe :
Quoi ! sur nos mœurs encor des sermons importuns , Des déclamations, de tristes lieux communs?
— Des lieux communs! non, non
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se rompre au seul nom de Patrie, je donnerais avec joie mon sang, jusqu'à sa dernière goutte, pour contribuer à sa prospérité ou à son bonheur. Soldat perdu de la génération présente, je n'ai pu voir s'avancer l'ennemi sans jeter le cri d'alarme.
A signaler un danger les plus petits se rendent utiles*.
Les oies n'ont-elles pas sauvé le Capitole?
On a pu jusqu'ici prendre parti pour ou contre le luxe ; tantôt le considérer comme une représentation digne d'un grand peuple^ et tantôt comme un signe de la corruption des moeurs. Si on l'a tom* à tour, et avec une égale bonne foi, attaqué ou défendu au nom des arts et du libre essor du commerce, de semblables disputes seraient oiseuses aujourd'hui. En présence du spectacle auquel nous assistons, il ne peut y avoir qu'une voix, — la voix de l'honneur, du patriotisme et
i. « Quand on sent que le danger menace, — disait il y a deux cents ans un de nos grands magistrats, — fût-on sur le rivage et non sur le vaisseau, on doit avertir le pilote, et lui signaler IV'cueil qu'il n'a pas vu de sa place. »
du devoir, — pour condamner des excès que les moins clairvoyants déplorent.
Aussi, dans les pages qui vont suivre, sera-t-il très-peu question du luxe au point de vue de son histoire, — quoique sous cet aspect restreint il y ait encore un livre utile à écrire ^ Je passerai rapidement sur les ruines qu'il a faites dans le passé, les lois qu'il a provoquées dans tous les temps, pour m' attacher à ces deux points essentiels qui sont toute la pensée de ce livre :
Démontrer l'imminence et les conséquences du mal.
Rechercher les moyens les plus propres à y porter remède.
1. Cette œuvre a été entreprise par M. H. Baudrillart, de l'Institut, qui a publié Tannée dernière, dans iâ Revue contemporaine, une suite d'articles sur le luxe à Rome sous la République,
Corruption croissante des mœurs publiques. — Les gouvernements y sont étrangers. — La faute en est au luxe. — La société romaine sous Auguste et Tibère. — Nous ne sommes pas heureux ! — Le mal dont nous souffrons. — Le luxe a aggravé la maladie humaine. — Progrès de la folie. — Abaissement des caractères. — Tendances de l'éducation publique. — Le règne de l'or. — Un luxe inoffensif et un luxe dangereux. — Le luxe sous ses trois faces : moral , économique et social.
Les économistes, les moralistes, les magistrats, les orateurs et les écrivains religieux sont unanimes pour déplorer la corruption croissante des mœurs publiques.
Toutefois, la plupart des économistes nous sem-
!ti NOTRK ENNEMI LE LUXE.
blent se tromper sur la véritable cause du mal, lorsqu'ils prétendent en faire remonter la responsabilité au pouvoir.
Il n est pas de régime en France que, depuis soixante ans, les partis n'aient accusé de hâter la décadence sociale. La vérité est que ce ne sont pas les gouvernements qui altèrent les mœurs; ce sont au contraire les mœurs qui corrompent les gouvernements. Le despotisme ne s'impose pas aux peuples malgré eux, mais les peuples fatigués de la liberté parce qu'ils ne possèdent plus les vertus auxquelles la liberté oblige appellent euxmêmes le despotisme.
Les gouvernements sont donc généralement étrangers aux progrès d'un mal qu'on les voit, au contraire, combattre par tous les moyens en leur pouvoir. C'est au luxe et non à telle ou telle forme de gouvernement qu'il faut s'en prendre.
Un jour, le Sénat romain vint supplier d'abord Auguste, ensuite Tibère, — qui n'était pas encore le tyran de Caprée, — de faire revivre les anciennes ordonnances contre. le luxe. Les deux Empereurs se refusèrent à la demande du Sénat.
Ils déploraient comme lui Tétendue du mal, mais se reconnaissaient impuissants à le combattre.
Par quels moyens réformer les mœurs de ces Romains, qui allaient bientôt égorger Pertinax et Séjan pour mettre au rang des dieux Néron, Caligula, Héliogabale?
Montrons-nous plus prévoyants que le Sénat romain ; ne laissons pas le mal devenir incurable avant de songer à le guérir I Notre civilisation est déjà ancienne, et si nous n'en sommes pas arrivés à cet état d'épuisement qui laisse peu d'espoir, nous avons du moins, — il faut le reconnaître, — atteint cet âge où la crise est plus dangereuse et la cure moins certaine.
Notre génération n'est pas heureuse ! Elle porte avec elle tous les signes auxquels on reconnaît un peuple malade.
Sans que notre foi soit plus vive, nous construisons ou nous restaurons de tous côtés des chapelles, des églises. Nous sommes redevenus, comme au moyen âge, fanatiques des pèlerinages : nous nous rendons en foule à Notre-Dame
18 Norni*: ennemi le luxe.
d'Auray, à Fourvières, à Notre-Dame du Puy.
On nous voit au besoin en créer de nouveaux, comme la Salette. Or, c'est lorsqu'il souffre que rhomme se montre le plus enclin à venir demander à la Divinité, même au mondé surnaturel, quelque miraculeux remède à ses maux.
Nous sommes superstitieux et crédules comme les vieux Romains. Tout le bruit qui s'est fait autour des tables tournantes et des méditons n'est pas encore assoupi. Nous nous passionnons pour un tireur ou une tireuse de cartes S une somnambule ou un zouave guérisseur ; nous consultons au besoin le vol des oiseaux, — sans toutefois en rire comme l'augure antique.
Si nous ne sommes pas heureux, la faute n'en peut être qu'au luxe^, car jamais siècle n'a pos-
1. La vogue se partage actuellement entre M^* Alberti , M"® Moreau, et M"« Élise Guloten.
2. Le vrai bonheur parait mftme incompatible avec les jouissances du luxe. C*cst ce que Buffon laissait entendre à son fils dans une des lettres remarquables qu'il lui écrivait en 1782, pendant son séjour en Russie, à la cour de l'Impératrice Catherine. « Je vois, — disait-il à ce jeune officier de 19 ans, — que votre jugement et votre raison se perfectionnent; et ce que vous
8édé de tels éléments de bien-être. Il s'est affranchi de toutes les servitudes, le cercle de son activité s'est étendu, le but s est éloigné.
Pourquoi souffrons-nous?
Nous souffrons parce que l'équilibre se trouve rompu entre nos désirs et nos moyens; nos besoins se sont accrus, tandis que nos forces diminuaient. Nous sommes les petits- fils dégénérés d'hommes qui ont tant dépensé d'activité vitale, qu'ils nous en ont à peine laissé pour nousmêmes. Nous sommes malades autant des excès de leur vie exubérante que de notre propre dégénération.
Ce serait, au reste, matière à une curieuse étude physiologique, que de rechercher les diverses
me dites de votre satiété du grand monde et de la vie que vous êtes forcé de mener, me donne bonne opinion de votre esprit et de votre cœur. Vous verrez, mon cher ami, comme je vous l'ai toujours dit, que le vrai bonheur ne consiste pas dans le faste, et je ne suis pas fâché que vous ayez essayé de bonne heure de cette espèce de jouissance qui fait l'objet des désirs de ceux qui ne la connaissent pas. »
Correspondance inédite et annotée de Buffon, t. H, p. 149.
sortes de maladies morales et physiques auxr* quelles, dans tous les temps, les peuples ont été soumis.
A Rome, les contemporains de Lucullus et de Pollion mouraient d'indigestion ou d'apoplexie, — à moins que leur propre esclave, ou un ordre de l'Empereur ne fût venu auparavant les délivrer du fardeau de la vie. La féodalité, qui est aux temps modernes ce que Tâge de formation est à l'homme, nous apparaît travaillée par les maladies contagieuses et les maladies de langueur, — plaies vives toujours ouvertes au sein de la société moderne, et qui ont corrompu son sang le plus pur. Au temps de Henri III, sous le Régent et Louis XV, la jeunesse mourait d'épuisement, avant d'être parvenue à l'âge d'homme*. Presque tous les hommes de la Révolution furent atteints de maladies inflammatoires : Mirabeau, Marat, Danton, Robespierre.
4. Cela arrive bien encore quelquefois; comme, par exemple, au marquis de Hastings, dernier représentant d*une race contemporal ne des Plantagenets, qui vient de mourir à Londres, à vingt-sept ans, rainé de santé et de fortune.
NOTRE ENiNKMI LE LUXE. 2Î
' Le sang affluait trop vite au cœur de ces tribuns.
La maladie de notre xix® siècle est Taliénation mentale, mal horrible qui, pour mieux terrasser l'homme, le prend à la tète.
A Rome, on en était venu à ne vivre que de l'estomac; au temps de la Régence on vivait par les sens, pendant la Révolution, par le sang. Aujourd'hui nous vivons avec excès par le cerveau.
Dans la carrière illimitée de la fortune et des honneurs, bien des ambitions sombrent en route. Le luxe montre à tous un but auquel tous ne peuvent atteindre. D'un premier échec on se relève rarement ^ ; et les maisons d'aliénés, dont les enceintes devenues trop étroites s'élargissent chaque jour, se peuplent en silence d'ambitieux déçus et de joueurs malheureux.
De l'estomac le mal est monté au cœur; par le cœur il a gagné le cerveau.
i. Il résulte d'une statistique récente que l'on compte actuellement en France un fou par quatre cents habitants.
22 XOTHE KNNEMI LE LUXE.
Le luxe a donc cette première conséquence d'aggraver encore la maladie humaine.
Chaque âge a son caractère propre.
La féodalité nous offre l'image du règne de la force. Alors, malheur aux faibles! Avec la Renaissance l'esprit l'emporte sur la force brutale ; mais la faveur et le privilège régnent sans partage. Avec le xviii® siècle se lève la glorieuse aurore de la raison.
Nous en sommes au règne de l'or *. Finance est synonyme de jouissance. Le langage moderne en est venu à associer ensemble deux idées que tout un monde séparait autrefois, et on a pu dire.
1. L'honneur avait fait place à l'argent; des fortunes monstrueuses se dissipèrent dans les fantaisies et les profusions d'un luxe nouveau... Les esprits s'accoutumèrent à une sorte d'indifférence immorale qui s'étendait à tous les objets, en même temps que l'amour de l'or altérait tous les principes.
La Harpe, Cours de Uttéralure,
Ponsard a dit, dans V Honneur et V Argent :
L'argent... l'argent c'est la seule puissance. On a quelque respect encor pour la naissance , Pour le talent fort peu, point pour la probité; Mais qui sait s'enrichir est vraiment respecté.