XV
Après le mal le remède, — Par quels moyens combattre le luxe ?"
— On ne peut employer que les remèdes moraux. — Édits^ de Louis XIV. — Montaigne et Rousseau. — Les lois somptuaires. — VExemple, premier moyen contre l'excès du luxc^
— Charlemagne, L'Hôpital, Gilles le Maître, Frédéric le Grand.
— La garde -robe de Napoléon. — Action de la magistrature sur les mœurs. — Toujours M. Dupin ! — La femme doit êtresimple. — N'est pas simple qui veut. — A bas les diamants !
— La Comtesse de Rambuteau. — Aux femmes du monde revient l'initiative.
Nous avons signalé le mal, il importe maintenant d'en chercher le remède.
Après avoir exposé — Ce que nous déplorons y reste à faire connaître — Ce que nous demandons^
Martial, Juvénal, Pétrone sont des peintres^
'iri2 NOTRE ENNEMI LE LUXE.
lion des moralistes; ils ont représenté les vices de la société romaine avec Tindifférence que met un graveur à composer une épitaphe.
Si nous en étions à ce point fatal où la maladie ne laisse plus d'espoir, loin de songer à parler il faudrait se taire, sinon par patriotisme, au moins par un reste d'amour-propre national.
Le courage manque pour faire l'analyse d'un mal sans remède. A quoi bon s'amier contre un ennemi déjà vainqueur?
Notre ennemi le luxe n'a pas encore eu le temps d'assurer ses conquêtes; levons-nous et marchons en force contre lui.
Plus tard on ne pourrait répondre du succès.
xNous demandons que le luxe soit combattu par YExemplCy le Travail^ la Charité^ les encouragements à YAgriculculturey enfin par Y Impôt.
« Il faut, — comme disait avec énergie un Magistrat du xvii® siècle \ — opposer des digues à ce débordement capable de saper les fondements
1. Denis Talon. Roqui^it()iro à rouvorturc de la chambre d*? Justice de IGOI.
de la monarchie et d'attirer quelques révolutions périlleuses; il faut arrêter le cours de ce torrent impétueux qui a corrompu les bonnes mœurs par le luxe et la superfluité, et banni toutes les maxinies d'honneur, de décence et d'austérité. »
Avec nos idées modernes, sous l'empire des principes qui nous régissent, mais surtout avec l'expérience du passé, il n'est pas douteux que les seuls moyens à mettre en usage ne soient les moyens moraux.
Autrefois, sous l'influence d'autres principes, avec une autre organisation sociale, c'est à la sévérité des lois que Ton avait cru pouvoir demander la guérison.
Les nombreux Édits rendus sous le règne de Louis XIV, soit durant sa minorité, soit depuis, sont motivés sur les considérations les plus sages. Le roi y déclare... « qu'il n'y a pas de cause plus certaine delà ruine d'un État que l'excès d'un luxe déréglé... et que ce serait en vain qu'il travaillerait à soutenir la gloire et la grandeur du Royaume s'il souffrait qu'il fut affaibli par le dérèglement de
ceux gui ne gardent aucune mesure en leurs vaines et excessives dépenses. »
JlLilleurs il atteste que — «... les dépenses superflues et le luxe des habits sont des abus inévitables dans les États florissants, et qu'on a toujours tâché de réprimer dans ceux qui ont été les mieux policés ^ »
Mais Louis XIV, tout en portant des lois sévères contre le luxe, proclamait Y Exemple son meilleur remède.
« Peur donner plus de force aux lois, et en faire ressortir l'utilité au public, nous nous proposons, — disait sans trop tenir parole ce Prince ami du faste^ — d*y ajouter notre exemple en exécutant nous-méme ce que nous commandons, afin que la même puissance qui le fait connaître nécessaire à la raison, le rende désirable à la volonté, et que nos sujets aient honte de mépriser une loi que nous ©bservons nous-même *. »
avant que Louis XIV n'attestât, dans ses