‹ Notre ennemi le luxeChapitre 34 sur 41 · I. M. Oscar de Vallée, — les Manieurs (Vargeni · texte numérisé non relu

I. M. Oscar de Vallée, — les Manieurs (Vargeni

par ropinion, autour de ceux qui ne s'enrichissent pas honnêtement, et qui recourent à des moyens illicites et usuraires, comme un cercle de disgrâce morale. Je voudrais qu'ils fussent tenus à l'écart, loin des gens de bien, dans l'attitude de l'isolement et du mépris. On leur dirait : — « Gagnez au jeu l'argent d'autrui ; devenez riches « sans travailler, la liberté peut avoir ce singulier (( effet ; dépensez comme il vous plaira la ({ fortune acquise de la sorte; ayez le luxe le « plus éclatant et le moins délicat ; créez, par (( une émulation fiévreuse, une hausse énorme « sur toutes les immoralités ; soyez aux pre - (( mières places de tous les plaisirs, mais vous « n'entrerez pas chez les honnêtes gens ! » — Beaucoup se moqueraient de ce châtiment, mais pas tous! »

Cette pensée que la contagion du luxe pourrait être, sinon arrêtée, du moins diminuée par l'isolement social de ceux qui le propagent, forme le sujet de Tune des meilleures pièces de notre théâtre moderne : — la Question d* argent.

L'auteur y montre un homme enrichi par des

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spéculations équivoques, cherchant, mais en vain, à s'ouvrir accès dans la société des honnêtes gens.

Cette leçon serait d'autant meilleure que nous <:onfondons trop souvent dans les mêmes égards la richesse fruit de Thabileté, avec la fortune <acquise par Féconomie, la patience et le travail !

Développons la Charité! — La charité incompatible avec le luxe, — Comment elle est entendue. — Une charité d'apparat. — Ce qu'elle doit être pour devenir un moyen de guérison. — La charité évangéliquc. — La jeunesse charitable. — Le Wen qu'elle fait. — Les œuvres qu'elle fonde. — VOEuvre des faubourgs, — Les Fourneaux économiques, — Les jeunes ^ens de la classe aisée venant dîner chez leurs pauvres. — Prélèvements exercés par l'industrie de détail sur l'artisan. — Le riche poun'ait se faire l'épicier du pauvre. -^ Avantages que la société retire de la charité.

On peut aussi combattre le luxe par la charité.

La charité lui est incompatible; elle prend naissance dans un cœur chaud et une âme noble, la même main ne peut à la fois secourir les

malheureux et satisfaire aux mille exigences de fantaisie.

Il faut encourager la charité!

Rien n'est aussi dommageable à l'Ëtat que le spectacle donné par ceux qui, possédant les moyens de faire le bien, ne songent pas à s'en servir. Le riche n'est plus alors un homme bienfaisant auquel on confie volontiers le secret de sa misère avec l'espérance qu'elle sera secourue ; il devient un étranger, presque un ennemi , un être vorace, égoïste et cupide qui, au lieu d'apaiser la faim du pauvre, contribue à l'aggraver par les excès mêmes de sa gounnandise : — sa consommation excessive causant en grande partie le renchérissement des choses.

La charité empêche ces désordres .

Dans les conflits sociaux elle est le grand conciliateur.

En allant sans cesse du riche à qui elle prend son superflu , au pauvre à qui elle le donne , elle fait le premier compatissant, le second reconnaissant , et lui inspire de la patience et de la confiance. Si elle ne parvient pas toujours à lui faire

aimer la richesse , — ce qui est une suprême vertu, — elle lui en rend le spectacle tolérable. Elle est la digue contre laquelle viennent s'amortir ces furieuses tempêtes populaires qui emportent les hommes et les institutions.

La charité présente donc l'importance d'une garantie sociale.

Son action grandit lorsqu'elle s'élève jusqu'à l'abnégation.

Le riche qui se fait volontairement le banquier, l'ami , l'appui, le conseil du misérable son frère, qui ne compte ni son argent, ni son temps, ni sa peine, et se montre prêt à sacrifier au besoin sa vie, contribue plus à la tranquillité intérieure de rÉtat que toute la vigilance de la police, l'action dévouée de la force publique, la fermeté des magistrats.

Son dévouement inspire du respect, presque de l'attachement pour cette hiérarchie sociale où il occupe un rang dont on ne le voit se prévaloir que pour faire le bien. Aussi à sa voix le pauvre n'hésitera plus à défendre la société contre les

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a-ttaques d'une plèbe turbulente et malhonnête. . Le bon exemple d'un seul fera tolérer beaucoup lie scandales !

Mais tel n'est pas l'usage que nous faisons le plus habituellement de notre fortune ; aussi le ré- •sultat heureux que je signale est-il loin d'être atteint, et la société, quelles que puissent être nos illusions, sent toujours, au-dessous d'elle, un volcan qui gronde.

Vainement on objectera que la charité ne peut guère être plus développée, on énumérera les institutions de bienfaisance dues soit à l'initiative publique, soit à l'intervention privée; on relèvera sur la statistique les sommes qui passent, chaque année, des mains du riche dans celles du pauvre.

Tout cela ne suffit pas encore !

Inscrivez à côté de ces chiffres le nombre des riches, faites ensuite le dénombrement des pauvres, -et vous verrez que c'est bien peu !

La charité que je demande n'est pas cette charité officielle ou officieuse qui marchande son aumône et ne sait la cacher. Il y a même une cha-

rite pompeuse qui, loin d'être hostile au luxe, devient son auxiliaire en jetant, comme autrefois les souverains à leur joyeuse entrée , l'or au hasard et sans regarder. Ces largesses tombent mal généralement ; et il est telle façon de donner qui devient un outrage.

Les journaux prennent de temps à autre la peine de nous apprendre qu'un riche, absorbé par les mille soins de sa vie futile et luxueuse, a fait remettre par son intendant ou son caissier un sac d'argent ou une liasse de billets de banque au bureau de bienfaisance de son arrondissement, qu'il a souscrit à une œuvre charitable.

Ou il se rend à une vente de bienfaisance pour y faire, au profit des pauvres, sa cour à la Duchesse de C..., à la Princesse de N.... Au besoin il trouve le temps de paraître dans une église à la mode, et jette un louis dans la bourse d'une quêteuse élégante.

A Dieu ne plaise que je songe à blâmer cette charité mondaine ! on pourrait faire un plus mauvais emploi de sa richesse ; quels que soient les motifs qui engagent à donner, l'indigent en pro-

fite. Seulement, ce n'est point là cette charité féconde, capable de guérir l'excès du luxe.

Celle-ci s'exei'ce sans intemiédiaires ; elle se montre délicate, ingénieuse, prévoyante, et s'oublie au profit d' autrui.

iNous la voyons pratiquée par une jeunesse d'élite, dont l'infatigable dévouement compense la vie oisive de cette autre jeunesse dont on ne saurait trop flétrir les désordres.

Ces jeunes gens ne sont ni énervés par la mollesse, ni épuisés par la débauche; leur cœur est chaud, leur âme compatissante, ils possèdent tous les secrets de la charité et savent combien la façon dont on la fait en augmente le prk. Ils se montrent ingénieux à épargner au pauvre des démarches pénibles, — démarches dont, à la longue, le caractère se ressent , et lui évitent la peine de demander son pain en venant le lui offrir. Ils pénètrent peu à peu et sans indiscrétion dans l'intimité de sa vie, désarment sa défiance en s' associant à ses peines, à ses épreuves si nombreuses, à ses joies si rares, et lui apportent.

avec les secours matériels, quelque chose de meilleur, — l'assistance morale.

On doit à leur initiative des fondations qui doublent les moyens de la charité par l'association.

D'abord V Œuvre des faubourgs^ dont l'objet est de déverser sur les quartiers pauvres le superflu des quartiers riches; ensuite les Fourneaux économiques à l'aide desquels il est possible, durant les hivers rigoureux, et à l'époque de la plus grande cherté des vivres, de livrer aux indigents du bouillon , de la viande , des légumes, qu'ils ne payent pas, ou achètent à vil prix.

Le pauvre est ombrageux par nature, souvent ingrat. Pourquoi lui en vouloir? n'est-il pas naturel que le malheur nous aigrisse ? Pour lui faire un peu de bien il faut se donner beaucoup de peine et ne se décourager jamais ! Lors de la fondation des fourneaux économiques, les familles indigentes montrèrent de la répugnance à s'y approvisionner; alors les jeunes fondateurs vinrent, plusieurs jours de suite, prendre leurs repas en commun au fourneau de leur quartier : cette démarche assura le succès de l'œuvre.

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Il est une autre fondation, à la fois charitable et moralisatrice, que je voudrais voir instituer dans nos grands centres de population.

L'artisan dépense son salaire au jour le jour et n'a jamais d'avances; il ne peut acheter qu'au détail et en petites quantités ; s'il tombe malade, il se trouve arriéré pour longtemps, et a besoin de crédit.

On ne peut imaginer l'importance du prélèvement que certaines industries de détail exercent sur l'ouvrier. Il paye ses consommations un tiers en plus que nous.

On pourrait lui éviter cette fausse dépense, et mettre en même temps fin à un gain immoral, en réunissant un capital qui ne demanderait même pas à être très-considérable et serait uniquement employé à acheter en gros, dans le temps favorable, aux conditions les plus avantageuses, à payer au comptant, en profitant de la remise du commerce, les denrées communes nécessaires à son alimentation. On les lui vendrait au prix de revient, et le riche deviendrait de la sorte l'épicier désintéressé du pauvre.

De telles œuvres ne tardent jamais à être fécondes !

La charité est la mise en pratique de T Évangile dans ce qu'il a de meilleur. La satisfaction qu'elle procure rend méprisables les jouissances du luxe, et la société dispose par elle d'un puissant levier contre la corruption des mœurs, — levier dont manquait la société antique,

Elle est la science morale des compensations. Avec la charité la fortune devient une lettre de change tirée par le pauvre sur le riche. Le banquier est Dieu. Nous avons au ciel notre compte courant; tâchons — pour nous-mêmes et dans l'intérêt général — que l'article bienfaisance fasse oublier l'article prodigalités I

L'Agriculture hostile au luxe parce qu'elle fait naître le goût de la simplicité. — Elle remplace le faste par les dépenses utiles. — Hameiwns les hommes à la terre ! — Attraction exercée par la ville sur la campagne. — Encore des chiffres! — Les industries de luxe. — La domesticité, foyer de corruption et d'abaissement moral. — Ce qu'elle était autrefois. — Ce qu'elle est devenue. — Elle est contraire au développement de la population. — Encouragements à TAgriculture. — L'Empereur et la Princesse Baciocchi. — L'avenir est à la terre. — Vidons les villes au profit des campagnes. — Premiers résultats licuceus. — Le citadin propriétaire rural. — La salutaire influence des champs finira par l'emporter sur la corruption de la viîle. — Les paysans en 1818. — En 1813 et 181 #.

L'n autre moyen, également efficace pour atteindre le luxe, c'est d'encourager rAgriculture. u Ramenons les hommes à la terre, — écri%'ait

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r Avocat général Servan, celui que Voltaire appelait TAvocatg énéral de l'humanité — le luxe chasse les hommes des campagnes dans les villes, et des villes dans la capitale, les uns pour servir, les autres pour commander, tous pour s'y corrompre. Ce qui forme un État, ce sont les hommes et le terrain, or la culture seule réalise la propriété, il ne faut donc pas enraciner dans la terre le blé, le mûrier ou la vigne, mais l'homme; ce sont ses deux bras qu'il faut planter*. »

L'Agriculture exerce bien réellement une action directe sur le luxe , dont un des plus pernicieux effets a toujours été l'abandon des campagnes pour la ville-.

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