Discours au Sénat. 22 juin
l'emporte; on répugne à le dire au mari : la caisse conjugale est vide; on s*habille à crédit, on signe des billets, des lettres de change pour lesquelles on cherche des endosseurs, et dont l'échéance est toujours fatale à la vertu. »
Si le costume est une révélation du goût de la personne, il est aussi un miroir exact des mœurs.
Les cC^umes sévères, les modes peu coûteuses et constantes furent toujours l'apanage des siècles sérieux; les costumes bariolés, les modes ruineuses et sans cesse nouvelles sont propres aux siècles futiles et corrompus.
N'allons pas tirer vanité de l'apparente sévérité de notre habit noir et de la forme disgracieuse, presque ridicule, de nos chapeaux modernes !
Ce n'est tout au plus qu'un signe de la décadence du goût.
Nous portons le deuil de notre gaieté !
Nos tailleurs, ces industriels inventifs, ont, du reste, trouvé moyen d'exercer leur imagination sur cet étroit morceau de drap noir dont ils
changent la forme chaque année, s'en prenant tantôt aux basques, au collet, aux manches, aux poignets, ou aux parements; de telle sorte, qu'avec notre disgracieux costume il sera toujours loisible à un homme à la mode de dépenser pour sa toilette autant que le plus élégant seigneur d'autrefois.
Si nous ouvrons l'histoire, bonne à consulter en ces sortes de matières, nous y voyons que ceux de nos ancêtres dont la légèreté ou la lâcheté ont pu un instant compromettre l'honneur national furent adonnés sans frein au goût de la parure, passionnés pour les changements de modes.
Les derniers Mérovingiens, les seigneurs de Philippe le Bel et de Charles VI, les mignons de Henri III, les roués de la Régence, les habitués de rOEil-de-Bœuf, ont partagé les mêmes travers.
Rappeler leur exemple sera un motif pour ne pas les imiter.
On ne saurait imaginer jusqu'où allait la magnificence sous les Mérovingiens. L'or et les pierres précieuses brillaient partout. « Saint Éloi,
qui ne vint à la cour qu'avec la qualité de simple orfèvre, portait des ceintures enrichies de pierreries*. »
Sous Philippe le Bel on vit apparaître une mode de chaussure, — « ... la plus bizarrre que Ton puisse imaginer : c'étoit une espèce de souliers que Ton nommoit souliers à la poidaine. Ils finissoient en pointe, dont le becq ètoit plus ou moins long selon la dignité de la personne. Les gens du commun les portoient ordinairement d'un demipied; les plus riches, d'un pied; les grands seigneurs et les princes, de deux pieds. Quelquefois ce becq ètoit terminé par deux cornes, d'autres fois par des griffes ou des figures d'ongles ; enfin les plus ridicules étoient les plus beaux *. »