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CONCLUSION

La confiance absolue dans le triomphe de la justice et du droit, à chaque page de ce volume, nettement affirmée, a trouvé une réalisation plus prompte encore que nul n'eût osé en concevoir l'espoir.

La France victorieuse retrouvera, dans la force avérée de ses armes, une puissance nouvelle. A l'éclat que lui donnaient déjà sa science, ses arts, sa littérature, sa poésie, viendra s'ajouter le rayonnement de sa gloire, acquise par le génie de ses hommes de guerre et définitivement prouvée par ses soldats qui furent le peuple, la nation tout entière.

Et, dans cette apothéose du droit, de la justice, du bien terrassant le mal, disparaît la légende absurde de la légèreté d'un peuple qui, à l'heure tragique de la grande tourmente, déchainée par une main criminelle, a montré qu'il savait vouloir.

L'amour du foyer, de la famille, de tout ce qui constitue la Patrie s'est affirmé jusque dans les masses profondes. L'union absolue s'est faite. Et son histoire impartiale retracera avec fierté la

disparition subite de toute lutte intestine pour reporter l'ensemble des forces agissantes dans la lutte contre le séculaire ennemi.

Les pages qui forment ce volume étaient écrites déjà lorsque sonna l'heure d'allégresse de l'armistice. Et bien que la conclusion heureuse d'une longue épreuve ait apporté dans notre vie un renouveau qui semble avoir bouleversé la face du monde, nous n'avons rien à changer à l'exposé des vues générales qui forment la doctrine à laquelle nous avons voulu apporter quelques éléments, en les étayant de faits et d'exemples, en formant les bases.

Dans la situation générale, la position de la France reste la même, si ce n'est qu'elle s'aggrave encore de la nécessité de solutions nettes et complètes.

Tout à l'heure, au cours des discussions qui réunissent les représentants de toutes les grandes nations du monde, seront prises des résolutions qui influeront grandement sur la destinée des peuples. Or nous sommes à un tournant de l'évolution économique mondiale où les conséquences de tout manque de prévoyance, de toute erreur, peuvent peser d'un poids écrasant sur la fortune, donc sur la prospérité de chacun d'eux.

Disons nettement, et en ce faisant, nous sommes sûrs d'exprimer ici l'opinion de tous ceux à qui une longue expérience et une connaissance pro-

fonde de la matière donne le droit d'émettre sa pensée, que la France ne songe pas à de nouvelles conquêtes. Ce que les aines des combattants de la Grande Guerre lui ont apporté par leurs patriotiques efforts, par leur volonté affirmée, par leur force et souvent leur vie dépensées, lui suffît. Mais, du moins, lui faut-il être sûre de son lendemain. Il ne faut, à aucun prix, que puissent se renouveler les dramatiques événements qui ont mis l'angoisse dans nos cœurs et les larmes dans nos yeux. Il importe, il faut que jamais une convention telle que celle du 4 novembre 1911 ne puisse venir même à l'esprit de quiconque.

Pour atteindre ce but nécessaire, indispensable, il faut que chaque territoire de ce qui constitue la Plus Grande France, soit garanti par l'établissement d'un plan général de répartition et par des frontières définitives.

Or nous connaissons les procédés allemands. La guerre nous les a dévoilés. Nous savons que nous n'aurons de sécurité que si des barrières naturelles et infranchissables nous mettent à l'abri de leur agression. Il faut donc dire clairement qu'à aucun prix nous ne lui permettrons de s'enraciner en Afrique.

Nous avons montré, dans le dernier chapitre ue ce livre, les raisons non seulement politiques, mais surtout humanitaires et morales, qui nous interdisent d'assumer la responsabilité de livrer

ces peuples, à nouveau, à la barbarie [de leurs bourreaux. Nous n'y reviendrons pas.

Pour que nous puissions faire œuvre durable, il nous faut pouvoir travailler en paix, et pour cela n'avoir rien à redouter d'un voisinage dangereux. C'est le premier point. Mais il nous faut aussi fonder définitivement les bases d'une organisation d'ensemble, et pour ce faire, opérer une définitive et large jonction de toutes nos colonies africaines .

Il faut que notre Afrique du Nord, par un transsaharien dont la construction immédiate s'impose, s'en aille rejoindre nos possessions de l'Afrique Occidentale et de l'Afrique Équatoriale. Entre ces deux derniers et vastes territoires, une barrière existait, c'est le Cameroun Allemand. Au cours de la dernière guerre nos troupes l'ont conquis de haute lutte. Depuis ce sont nos agents qui Tadministrent. 11 doit nous rester.

11 ne peut être question de le rendre à leurs cruels fondateurs. Nous qui avons libéré l'Afrique des Samory et des Rabah, nous nous devons de la libérer encore du banditisme germanique.

Nous ne pensons pas que d'autres nations songent à nous en disputer la possession.

Seules les possessions anglaises avoisinent le Cameroun. Mais les intérêts vitaux de la Grande- Bretagne s'affirment ailleurs, en Afrique. Avec l'Egypte comme point de départ, et la colonie du Cap à l'extrême pointe du continent noir, l'Angle-

terre possède les deux extrémités de l'immense transafricain. Une part importante des territoires traversés lui appartient. Il est juste de lui laisser la jouissance du fruit de la dure campagne qu'elle a victorieusement menée contre les colonies allemandes de la région Est.

Ainsi se trouveraient équitablement réparties les influences des deux grandes nations qui ont affirmé leur puissance en Afrique. Peut-être même quelques échanges, basés sur des intérêts communs, pourraient-ils débarrasser l'une et l'autre de ces deux nations d'enclaves qui peuvent gêner la réalisation de projets basés sur des vues d'ensemble.

Quoiqu'il en puisse être, le minimum des revendications françaises doit comprendre tout au moins l'annexion du Cameroun et du Togo. Et ainsi, par une juste compensation, nous reviendront les territoires dont nous avons été spoliés en 1911 et dont le retour à notre colonie de l'Afrique Equatoriale rétablira les résultats des héroïques efforts de nos explorateurs.

Mais une restitution pure et simple des contrées qui nous ont été ravies ne peut nous suffire. Il nous faut les terres du Cameroun qui barrent la jonction de nos deux vastes possessions africaines et s'opposent à la construction d'une voie ferrée.

Lorsque, au lendemain du traité qui cédait à l'Allemagne des territoires de notre œuvre vive

du Congo, patiemment et vaillamment conquis, nous écrivions sous le titre « Le Congo méconnu » un volume dans lequel nous examinions toutes les conséquences de cet abandon, le Pall Mail Gazette s'exprimait ainsi, à l'égard des suggestions que nous présentions :

« Pour ce qui est du Tchad et des régions du Haut-Oubangui, aujourd'hui séparées du reste du territoire, par la cession faite à l'Allemagne, l'auteur suggère une solution aussi intéressante que pratique qui consisterait à prolonger vers l'Orient, au nord de la frontière de la Nigeria, et jusqu'au Chari, le chemin de fer du Dahomey. La voie proposée aurait un intérêt stratégique aussi bien qu'une grande importance commerciale et ne saurait nuire, pensons-nous, au développement de notre Nigeria, laquelle a déjà son chemin de fer se dirigeant sur Kano. »

11 est à espérer que cette opinion nettement exprimée par la presse anglaise, et reproduite par plusieurs journaux, ne s'est pas modifiée. La nécessité pour nous de joindre l'Afrique Occidentale à nos régions du Centre Africain est incontestable et il ne peut nous convenir de conserver, sur ce point, une entrave qui nous viendrait de l'Allemagne.

Enfin il nous faut garder présentes à la mémoire les tendances germaniques qui s'affirment encore par la volonté de conserver, en organisant un empire colonial puissant, les sources de pro-

duction des matières premières. En même temps l'Allemagne songe à créer une force nouvelle, par le groupement, sur une terre lointaine, de tout le trop plein de sa population. Il nous faut prévoir ce danger, et il est de notre devoir de nous opposer à la réalisation de semblables projets. C'est le moment pour nous de nous souvenir que nous sommes aujourd'hui victorieux d'une guerre qu'ils nous ont imposée.

Un document inédit, qui vient d'être publié, montre que Bismark lui-même, qui n'avait tout d'abord attaché nulle importance à l'œuvre coloniale, comprit, plus tard, par une compréhension plus juste des forces agissantes, toute l'importance qu'il fallait leur attribuer.

Et il disait : « Je suis bien tranquille, jamais les Français ne pourront faire l'effort de changer leur caractère. Dans ces conditions, toute idée de revanche est impossible de leur part. D'ailleurs, ajoutait-il avec force, ils seraient battus, archibattus, démembrés, privés de leur flotte et de leurs colonies ». Et il concluait : Ty arriverai.

Les événements, aidés du puissant élan national et du concours de nos alliés, en ont décidé autrement.

Il faut aujourd'hui garder le souvenir de ces aspirations et, présente à nos esprits, la conviction qu'elles se réveilleraient si nous n'avions garde de nous prémunir contre leur réalisation.

Jean Dybowski.

Janvier 1919.

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