‹ Notre force futureChapitre 4 sur 17 · Notre Avenir. Payot et C", Paris · texte numérisé non relu

Notre Avenir. Payot et C", Paris

conditions d'existence que celles d'avant la guerre. Tout aura été bouleversé : les centres d'activité déplacés, les modes de production profondément modifiés, et surtout les courants économiques dirigés dans des sens nouveaux. 11 ne faut pas douter —- car il est nécessaire que telle soit notre volonté affirmée chaque jour avec la dernière énergie — que le coefficient de la production allemande sera sinon complètement détruit, ce qui est impossible, du moins singulièrement atténué. Les raisons en sont multiples. Elles relèvent de l'ordre moral et de l'ordre économique.

Il ne faut pas douter que toutes les générations, qui ont vu ou seulement compris les atrocités de cette guerre dont les procédés sauvages ont été imposés par un ennemi sans conscience, sans dignité et sans honneur, ne pardonneront jamais aux hordes barbares qui ont souillé notre soldeurs vols, leurs dévastations, leurs meurtres. Ils voudront se souvenir eux-mêmes et ils légueront la haine aux générations futures des procédés de la « Kultur ». Dès lors ils refuseront, au mépris même de leurs propres intérêts, s'il le faut, tout ce qui viendra de la race à jamais maudite. Et ce sera déjà une des causes qui modifiera profondément les courants commerciaux. Nous saurons nous méfier du « Made in Germany » quand bien même il nous viendrait sous les formes les plus déguisées et sous le couvert des nations qui se sont imaginé qu'il était permis de sauvegarder sa dignité

en restant « neutres » en présence du brigandage et du meurtre. Voilà pour le côté moral.

Mais le côté économique leur impose des déductions qui marquent, à leur tour, leur influence sur les modifications profondes qui auront été apportées à la production mondiale. Un laps de cinq années qui aura été une période de suractivité et de surmenage dans la production spécialisée de l'organisation de la guerre et aussi dans la solution des problèmes qui en sont la conséquence, aura fait naître, aussi bien chez nous que chez nos alliés, des procédés nouveaux, l'utilisation de substances jusque-là perdues, la récupération de matières dont les applications étaient négligées et, en général, le développement de la production industrielle. En même temps la guerre nous aura fait voir les défauts de notre organisation, le manque absolu de nos moyens de transport et surtout peut-être l'insuffisance de notre approvisionnement en matières premières, bases de notre production industrielle.

L'industrialisation de la matière produite par ceux-là mêmes qui la font naître, est un des points qui mérite, au plus haut degré, de retenir l'attention. Elle a, par voie de réciprocité, un effet direct et immédiat sur l'approvisionnement des industries.

Il est singulier de constater jusqu'à quel point l'évolution des conditions générales de la production suit un cycle qui se renouvelle dans le temps

et dans l'espace. L'examen des circonstances de la production, alors que les moyens de locomotion et de transport faisaient défaut, amène à constater que d'autre causes peuvent intervenir et provoquer les mêmes effets et les mêmes conséquences.

C'est ainsi que, sans qu'il soit besoin de remonter à plusieurs siècles en arrière, nous trouvons une période où chaque province, bien mieux, chaque village produisait tout ce qui était nécessaire à sa vie. Vie atténuée d'ailleurs, réduite à de faibles exigences et surtout exempte des raffinements, chaque jour plus développés et semble-t-il plus nécessaires, plus indispensables. Et alors une région produisait du blé et consommait du pain blanc. Une autre basait son alimentation sur la production du seigle. Ailleurs on se contentait de galettes de sarrasin ou de maïs. Aujourd'hui dans toute les villes on mange le même pain blanc, comme dans tous les villages, la même miche, ayant la même composition et ne différant guère que par la forme ou la dimension.

Il en était de même pour les légumes. Du château à la plus humble chaumière, c'était le nombre restreint de plantes. Choux, navets, carottes, auxquels sont venues s'ajouter les précieuses pommes de terre.

J'ai eu l'occasion d'examiner, au point de vue delà production, un document datant de l'an 301. Je veux parler de YEdit du Maximum de Dioclé-

tien. 11 porte en lui-même un enseignement puissant car il montre que, de tout temps, l'entrave apportée à la liberté du commerce n'a donné que des résultats inverses de ceux que l'on en attendait. Il est certainement regrettable que nos dirigeants ne se soient pas souvenus de ce document car il leur aurait montré les conséquences néfastes qu'une réglementation étroite peut apporter dans le prix des denrées.

A la suite d'une réforme monétaire il se produisit une perturbation profonde dans les transactions. La misère devint extrême. La situation fût telle que l'empereur s'en inquiéta et crut devoir prendre en main la défense des intérêts généraux.

« C'est alors que Dioclétien l promulgua ÏEdit du Maximum, croyant ainsi mettre facilement un terme à la misère publique et rétablir, entre la monnaie nouvelle et les objets d'alimentation, l'équilibre qui existait, antérieurement à la réforme monétaire. Mais ce décret eut le sort de tous ceux qui jamais furent rendus dans ce but ; au lieu d'apporter un remède au mal existant, il eut un résultat complètement opposé, car il précipitalepays encore plus avant dans la ruine. »

Mais si ce document présente, si j ose dire, un véritable intérêt d'actualité, au point de vue de la réglementation, il nous renseigne en même

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