PRÉFACE XI3J
que dans tout ouvrage d'éducation cirqulât une chaude idée de la patrie », ce vœu, il / l'accomplissait lui-même. Mais ce n'est pa& \ seulement Vidée de la patrie qui circule dans V ces pages; c'est le souffle, c'est l'âme, l'âme / immortelle de la France; elle rayonne^ V réchauffe, vivifie tout. /
Il fallait donc trouver un titre mieux approprié, plus personnel, plus chaud surtout. Celui-ci s'est offert tout naturellement : Notre France.
Il n'est pas de cœur vraiment français qui ne me remercie de l'avoir préféré.
W J. MiCHELKT.
Février 1886.
Sa lutte au moyen âge pour conquérir son unité géographique et morale *.
On ne doit donner la géographie d'un pays qu'au moment où ce pays se caractérise. Dans ^ le premier âge il n'y a pas de France, il y a la Gaule, sur laquelle les races viennent se déposer l'une sur l'autre : Galls, Kymris, Bolgs; d'autre part Ibères; d'autres encore. Grecs, Romains,
1. Avant de donner séparément la géographie et l'histoire de chaque province, il nous a semblé utile d'indiquer rapidement au lecteur comment s'est faite leur agrégation, et comment la France, de ces éléments épars, en est venue à se constituer France : « Car, nous dit l'historien, tout autre chose eût pu résulter de ce mélange. Dans les autres pays, 1 il y a des nations; dans le nôtre, il y a une unité très spé- # ciale, la France est une personne. » Cet important chapitre préliminaire a été écrit avec des fragments de l'histoire coordonnés de manière à en faire une synthèse. (M"* J. M.)
par-dessus les Celtes; enfin les Germains, les derniers venus^ du monde.
Au Midi ont apparu les Ibères de Ligurie e* des Pyrénées, avec la dureté et la ruse de l'esprit montagnard, puis les colonies phéniciennes; longtemps après viendront les Sarrasins.
Au Nord, les Kymris, ancêtres de nos Bretons, les Bolgs; l'ouragan traverse la Gaule, TAUemagne, la Grèce, l'Asie Mineure; les Galls suivent, la Gaule déborde par le monde.
Au second âge, la fusion des races commence et la société cherche à s'asseoir. La France naissante — par le travail intérieur qu'elle a toui jours fait sur elle-même — voudrait déjà devenir un monde social; mais l'organisation d'un tel monde suppose la fixité et Tordre. Or, il ne peut y avoir ni fixité, ni ordre, ni propriété, tant que les immigrations des races nouvelles poussent devant elles ou entraînent dans leur tourbillon les populations qui commençaient à devenir stables.
Ce n'est qu'à la chute de la dynastie carlovingienne que cesse ce grand mouvement des peuples, et c'est vers le milieu du x® siècle que les diverses parties de la France, jusque-là confondues dans une obscure et vague unité, se caractérisent chacune par une dynastie féodale.
A l'avènement des Capets (987), les popula-
tiens si longtemps flottantes se sont enfin fixées et assises ; nous savons où les prendre, et en même temps qu'elles existent et agissent à part, elles prennent peu à peu une voix; chacune a son histoire, chacune se raconte elle-même.
L'histoire de France commence un peu plus tôt, au moment où apparaît la langue française. La langue est le signe principal d'une nationalité. Le premier monument de la nôtre est le serment de fidélité dicté au bord du Rhin, — sur la limite des deux peuples, — par Charles le Chauve, à son frère, au traité de Verdun (843).
Avant de poursuivre, énumérons rapidement la succession des pouvoirs en France. Sous la première race de nos rois le pouvoir appartient à l'Église; seule, elle règne sur le pays. Saint Martin, de Tours, est l'oracle des barbares, ce que Delphes était pour la Grèce, — Vumbilicus terrae.
Ce fut le clergé des Gaules qui appela les Francs contre les Goths, haïs pour avoir rapporté de l'Orient l'arianisme grec. Ces Francs, un mélange de toutes les tribus allemandes, n^ayant dès lors aucune originalité de race, . étaient établis depuis un siècle dans les marais de la Batavie et dans la Belgique. L'Église fit leur fortune. Jamais leurs faibles bandes n'auraient détruit les Goths, humilié les Bourgui-
gnons, repoussé les Allemands, s'ils n'eussent trouvé dans le clergé un ardent auxiliaire qui guida, éclaira leur marche, leur gagna d'avance les populations.
On sait les victoires de Clovis, le chef qui commandait à ces harhares, et sa conversion au culte de la Gaule romaine.
Sous la seconde race, l'Église reste dominante, mais Reims hérite de Tours et devient la puissance épiscopale par excellence. Elle étendait sa juridiction en Austrasie, Neustrie, Bourgogne, au pays de Marseille, Rouergue, Gévaudan, Touraine, Poitou, Limousin, c'est-à-dire sur la plus grande partie de la France.
Sur le reste du territoire, les villes n'étaient rien, à moins qu'elles ne fussent cités épiscopales. Les abbayes étaient des centres d'attraction, autour d'elles s'étendaient des villes oi des bourgades. Les plus riches étaient Saint- Médard, de Soissons; Saint-Denis, fondation de Dagobert, berceau de la monarchie et tombe de nos rois.
Charlemagne, fils, petit-fils, neveu des évoques et des saints, étendit encore les privilèges