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LA FRANCE A VOL D'OISEAU

Revenant maintenant en arrière, nous allons essayer de marquer d'une manière précise le caractère original de tous les points oii ont surgi les dynasties féodales. Chaque province obéit visiblement dans son développement historique ^ à l'influence diverse de sol et de climat. La liberté morale est forte aux âges civilisés, la nature dans les temps barbares; alors les fatalités locales sont toutes -puissantes, la simple géographie est une histoire.

Le vrai point de départ de la nôtre doit être une division politique de la France, formée d'après sa division physique et naturelle. Nous ne pouvons raconter l'époque féodale ou provinciale {ce dernier nom la désigne aussi bien), sans avoir caractérisé chacune des provinces. Une N géographie toute physique les prendrait selon lies bassins et les cours des fleuves, c'est-à-dire

pour les bassins principaux de la France en latitude : Seine, Loire, Garonne. Alors, on verrait la Seine couler de Bourgogne en Champagne, Ile-de-France et Normandie; la Loire, partie du Forez , couler entre le Bourbonnais et la Bourgogne, entre le Berry et le Nivernais et, par l'Orléanais, la Touraine, l'Anjou, la Bretagne, arriver à la mer, etc. Cette méthode semble celle des analogues. On suppose que les yA populations ont coulé avec les fleuves. Mais ^j^ <iela n'est pas exact au moyen âge , où les F '; fleuves n*ont pas été des routes. Sans parler des difficultés physiques, les innombrables péages arrêtaient à chaque pas.

Et d'ailleurs, combien, sur un même fleuve, diffèrent les peuples! Voyez la Souabe, la Bavière, l'Autriche sur le même Danube. Sur notre Loire, combien l'Orléanais, la Touraine, l'Anjou se ressemblent peu!

La Seine seule a facilité les mélanges et centralisé, harmonisé tout ce qui lui est venu des diverses parties de la France.

l II ne suffit donc pas de tracer la forme géographique des provinces, il y a nécessité de les o étudier aussi historiquement selon leurs associations politiques, c'est-à-dire en longitude, du nord au midi, de voir comment l'histoire a violé la géographie.

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La chose est saisissante surtout dans nos provinces de l'Ouest. Ainsi, la maison d'Anjou, établie au centre de la Loire, d'énergie celtique, mais moins exclusive que la Bretagne, a par mariage sauté les hauteurs et pris la Normandie, l'Angleterre et le Poitou, la Guyenne, etc., réclamant même, en vain, Toulouse et les I Pyrénées. Cette méthode historique nous per- ^ mettra d'observer aussi comment les provinces

I alternent de caractère et s'aimantent dans toute cette zone de l'Ouest :

De Vuniversalité parisienne à la sévérité de Chartres et d'Orléans;

De la mollesse de la Touraine à la fermeté intelligente de Saumur et d'Angers ;

De Vamahilité poitevine à la sauvagerie vendéenne, à la sécheresse industrielle et politique de la Rochelle ;

De la grave Saintonge à la riche et aimable Angoulême ;

De V honnêteté de Limoges à Vâpreté spirituelle de Brives.

Puis, comment les dualités basco-béarnaise, gasco -languedocienne et rouergo-périgord — tragi-comique — font cercle autour de Bordeaux, de l'aimable et indifFérente Guyenne. Ces oppositions ou plutôt ces nombreux contrastes doivent contribuer à former l'harmonie générale.

C'est donc surtout par leurs fruits que ce» diverses provinces s'expliquent, je veux dire, par les hommes et les événements que doit offrir leur histoire.

Du point 011 nous nous plaçons, nous prédirons ce que chacune d'elles doit faire et produire, nous leur marquerons leur destinée, nous les doterons à leur berceau.

« Et d'abord, contemplons l'ensemble de la ^^France, pour la voir se diviser d'elle-même.

^ Montons sur un des points élevés des Vosges;

ou, si vous voulez, au Jura. Tournons le dos aux Alpes. Nous distinguerons (pourvu que notre regard puisse percer un horizon de trois cents lieues) une ligne onduleuse, qui s'étend des collines boisées du Luxembourg et des Ardennes aux ballons des Vosges; de là, par les coteaux vineux de la Bourgogne, aux déchirements volcaniques des Cévennes, et jusqu'au mur prodigieux des Pyrénées. Cette ligne est la séparation des eaux : du côté occidental, la Seine, la Loire et la Garonne descendent à l'Océan ; derrière s'écoulent la Meuse au nord, la Saône et le Rhône au midi. Au loin, deux espèces d'îles continentales : la Bretagne, âpre et basse, simple quartz et granit, grand écueil placé au coin de la France pour porter le coup des courants de la Manche; d'autre part, la verte et

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