LA VENDÉE
La chute de La Rochelle fut un coup terrible pour tout le pays. L'Aunis si riche jusque-là, si maigre aujourd'hui, fut comme anéanti. Toute les vieilles places de Poitou et de Saintonge, qui pourtant n'avaient pas bougé , perdirent leurs murs et peu à peu leurs habitants. Les fils de ceux qui restèrent, séparés de plus en plus de la France, devaient prendre sur elle une terrible revanche.
Cette partie du Poitou qui nous reste à parcourir, n'avait guère paru dans l'histoire, on la connaissait peu, elle s'ignorait elle-même.
Elle s'est révélée par la guerre de la Vendée.
Le bassin de la Sèvre Nantaise, les sombres collines qui l'environnent, tout le Bocage vendéen, telle fut la principale et première scène de cette guerre terrible qui embrasa tout l'Ouest. Cette Vendée qui a quatorze rivières, et pas une
navigable, pays perdu dans ses haies et ses bois^ n'était, quoi qu'on ait dit, ni plus religieuse, ni plus royaliste que bien d'autres provinces frontières; mais, refoulée sur elle-même depuis cent cinquante ans, elle ne savait rien du reste du monde et tenait à ses habitudes. Elle n'aurais rien fait si la République n'était venue à son foyer pour l'en arracher. Plutôt que de quitter ses bœufs, son enclos, elle eût fait la guerre au roi.
L'ancienne monarchie, dans son imparfaite centrahsation, l'avait peu troublée; la Révolution voulut l'amener d'un coup à l'unité nationale; brusque et violente, portant partout une lumière subite, elle effaroucha ces fils de la nuit. Ces paysans se trouvèrent des héros.
Profonde est la différence entre le Breton et le Vendéen. Celui-ci ne comprend rien à cette énigme de l'ancien monde. Et pourtant il n'est pas rare de les voir confondus dans l'histoire.
Le Vendéen des trois Vendées, du Poitou enfermé, aveuglé dans son fourré du Bocage; l'homme de la basse Vendée, du marais, qui vit entre un fossé et une mare, ne parlent pas moins notre langue. Le Breton, par la sienne qu'on ne parle nulle part, est isolé, enraciné au sol. La Bretonne timide et le prêtre — paysan breton lui-même — ne le poussent nullement à courir
hors du pays. La Vendéenne aux yeux noirs excite son mari aux aventures. Elle partira ellemême, audacieuse amazone, à la suite de l'armée de Charette. On sait le point de départ de la guerre : le voiturier Cathelineau pétrissait son pain quand il entendit la proclamation républicaine ; il essuya tout simplement ses bras et prit son fusil. Chacun en fit autant et l'on marcha droit aux bleus. Et ce ne fut pas homme à homme, dans les bois, dans les ténèbres, comme les chouans de Bretagne, mais en masse, en corps de peuple, et en plaine. Ils étaient près de cent mille au siège de Nantes. La guerre de Bretagne est comme une ballade guerrière du border écossais, celle de Vendée une Iliade.