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Il arriva avec six hommes devant Antioche

prenaient le titre de ducs d'Aquitaine, mais ils avaient trop forte partie dans les populations de Bretagne et d'Anjou, qui les serraient au nord; les Angevins leur enlevèrent partie de la Touraine, Saumur, Loudun, et les tournèrent en s'emparant de Saintes. Cependant les comtes de Poitou s'épuisaient pour faire prévaloir dans le Midi, particulièrement sur l'Auvergne, sur Toulouse, ce grand titre de ducs d'Aquitaine; ils se ruinaient en lointaines expéditions d'Espagne et de Jérusalem; hommes brillants et prodigues, chevaliers troubabours souvent brouillés avec l'Église, mœurs légères et violentes, tragédies domestiques. Ce n'était pas la première fois qu'une comtesse de Poitiers assassinait sa rivale, lorsque la jalouse Eléonore de Guyenne, transplantée en Angleterre par son mariage avec Henri Plantagenet, fit périr la belle Rosemonde dans le labyrinthe où son époux l'avait cachée. Les fils d'Éléonore, Henri, Richard Cœur de Lion et Jean, ne surent jamais s'ils étaient Poitevins ou Anglais, Angevins ou Normands. Cette lutte intérieure de deux natures contradictoires se représenta dans leur vie mobile et orageuse. Henri HI, fils de Jean, fut gouverné par les Poitevins; on sait quelles guerres civiles il en coûta à l'Angleterre. Une fois réuni à la monarchie, le Poitou du maraU et de la plaine se laissa aller

au mouvement général de la France. Fontenay fournit de grands légistes, les Tiraqueau, les Besly , les Brisson. La noblesse du Poitou donna force courtisans habiles (Thouars, Mortemar, Meilleraie, Mauléon). Le plus grand politique et l'écrivain le plus populaire de la France appartiennent au Poitou oriental : Richelieu et Voltaire; ce dernier, né à Paris, était d'une famille de Parthenay.

L'AUiMS — LA ROCHELLE

Mais ce n'est pas là toute la province. Le plateau des deux Sèvres verse ses rivières, l'une vers Nantes, l'autre vers Niort et La Rochelle. Les deux contrées excentriques qu'elles traversent sont fort isolées de la France. La seconde, petite Hollande, répandue en marais, en canaux, ne regarde que l'Océan, que La Rochelle. La ville blanche * comme la ville noire, La Rochelle comme Saint-Malo, fut originairement un asile ouvert par l'Église aux juifs, aux serfs, aux coliberts du Poitou. Le pape protégea Tune

4. Les Anglais donnaient autrefois ce nom à La Rochelle, à cause du reflet de la lumière sur les rochers et les falaises.

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comme Tautre contre les seigneurs. Elles grandirent affranchies de dîme et de tribut. Une foule d'aventuriers, sortis de cette populace sans nom, exploitèrent les mers comme marchands, comme pirates; d'autres exploitèrent la cour et mirent au service des rois leur génie démocratique, leur haine des grands. Sans remonior jusqu'au serf Leudaste, de File de Ré, dont Grégoire de Tours nous a conservé la curieuse histoire, nous citerons le fameux cardinal de Sion, qui arma les Suisses pour Jules II, les chanceliers Olivier sous Charles IX, Balue et Doriole sous Louis XI ; ce prince aimait à se servir de ces intrigants, sauf à les loger ensuite dans une cage de fer.

La Rochelle crut un instant devenir une Amsterdam, dont Coligny eut été le Guillaume d'Orange. On sait les deux fameux sièges contre Charles IX et Richelieu, tant d'efforts héroïques, tant d'obstination, et ce poignard que le maire Gui ton, nommé dictateur, avait déposé sur la table de l'Hôtel de ville, pour celui qui parlerait de se rendre. Le Rochelois est calme et tenace. Le matin on trouvait les sentinelles mortes de faim à leur poste. « Nous y passerons bientôt nous aussi, disait Gui ton, il suffit qu'il en reste un vivant pour fermer la porte. » De pareils exemples sont bons à citer.

La ville, en octobre, comptait vingt-huit mille habitants; en mars, il n'en restait plus que deux mille. Les autres, où étaient-ils? Tous morls de faim et de misère.

Il fallut bien qu'ils cédassent pourtant, quand l'Angleterre, trahissant la cause protestante et son propre intérêt, laissa Richelieu fermer leur port. Ne pouvant prendre pour elle La Rochelle, tout au moins elle eût voulu s'emparer de l'île de Ré, et se tenir là, comme l'aigle de mer sur son roc, entre Nantes et Bordeaux. Mais La Rochelle ne le voulut pas. Les huguenots furent avant tout des Français qui entendaient garder avec leurs libertés celles de la province. La Rochelle avait toujours été bonne Française. On le vit bien lorsque le roi Jean, pour faire sa paix avec TAngleterre, lui céda des provinces qui nevoulaient pas devenir anglaises. La Rochelle, d'autant plus française que Bordeaux était anglais, supplia le roi, au nom de Dieu, de ne pas l'abandonner. Les Rochelois « aimaient mieux être taillés tous les ans de la moitié de leur chevance «; ils disaient encore : « Nous nous soumettrons aux Anglais des lèvres, mais de cœur jamais. « Ce patriotisme ardent, La Rochelle en donna de nouvelles preuves douze ans plus tard^ lorsque le roi de Castille, qui redoutait l'invasion de l'Espagne par l'Angleterre, prêta une

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armée navale au roi Charles V. Les gros vaisseaux espagnols, chargés d'artillerie, accablèrent devant La Rochelle les petits vaisseaux des Anglais, leurs archers. La Rochelle applaudit et chassa les vaincus. Elle se donna, mais avec de bonnes réserves et sous conditions, dignement, de manière à rester république sous le roi, et « battre monnaie blanche et noire de telle forme et aloi comme ont ceux de Paris » (Froissart). Elle restait indépendante, mais toujours prête à servir la France. Charles VII était dépourvu de marine, La Rochelle mit à sa disposition seize vaisseaux armés pour l'aider à chasser les Anglais de Bordeaux.

Et pourtant, Richelieu, sans tenir compte de tant de services, fit périr La Rochelle. On distingue encore à marée basse les restes de Fimmense digue qui lui barra la mer, TétoulTa. Le jour où La Rochelle tomba, la France perdit son premier port, la terreur de FEspagne, l'envie de la Hollande. Isolée pour toujours de rOcéan, la ville amphibie ne fit plus que languir. Pour mieux la museler, Rochefort fut fondé par Louis XIV à deux pas de La Rochelle, le port du roi à côté du port du peuple.

Mais si La Rochelle, serrée entre Nantes et Bordeaux, étouffe, la ville royale, Rochefort, sur sa rivière boueuse et si loin de la mer, n'est guère plus vivante que sa rivale vaincue.

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