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Clément VI et Grégoire XI

L'AUVERGNE

Par le haut Limousin dont les montagnes se lient à celles de l'Auvergne, et celles-ci aux Cévennes, nous entrons, sans transition, dans le pays des anciens Galls, autrefois resserrés dans leurs montagnes volcaniques par l'invasion kymrique. Mais les Arvernes redevinrent prépondérants par leur barbarie même et leur attachement à la vie de clan. L'histoire antique de l'Auvergne est celle de la lutte homérique de César contre le Yercingétorix gaulois (le général en chef de la confédération). On sait les efforts héroïques du jeune Arverne, ardent, intrépide pour arrêter César, et sa glorieuse défaite (Alésia).

La richesse des Arvernes, la fertilité de leur plaine étaient pour les barbares un puissant

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attrait, u Quand verrai-je la belle Limagne? » s'écriait le fils de Clovis, Childebert.

Au v° siècle, l'Auvergne se trouva placée entre les invasions du Midi et du Nord, entre les Gotlis, les Burgundes et les Francs. Son histoire présente alors un vif intérêt, c est celle de la dernière province romaine. Les barbares alliés de Rome, cependant, ne l'épargnaient pas. Les Huns, auxiliaires de Litorius, en s'en allant au midi combattre les Wisigoths, la traversèrent et la mirent à feu et à sang. Mais bientôt la blessure se referma et les Arvernes furent assez forts pour imposer à Rome un empereur auvergnat.

Avitus était la créature des Goths autant que des Arvernes. L'Auvergne crut donc retrouver la paix et redevenir indépendante. Mais le règne d'Avitus fut éphémère. A la mort de Majorien, son successeur, elle vit de nouveau arriver et monter rapidement le flot de la conquête barbare.

Livrée h elle-même, abandonnée de Rome, la cribu arverne se défendit héroïquement sous le patronage de ses anciens chefs, les familles des Apollinaire, des Avitus, des Ferréol. Quittant leurs châteaux, elles s'enfermèrent dans leur petite, mais imprenable cité. Bientôt, en effet, l'antique Gergovie (Glermont) surnagea seule isolée sur la haute montagne. Elle devait

cependant échapper à ses légitimes possesseurs. Le roi des Goths (Euric) ne fit sa paix avec l'empereur Népos, qu'en lui prenant l'Auvergne. Il fallut bien accepter ces nouveaux maîtres. Mais les Goths eux-mêmes n'étaient-ils pas Romains? Leurs rois choisissaient leurs ministres parmi les vaincus. Arvernes et Goths, au lieu de se combattre, unirent leurs forces contre l'ennemi commun, contre les Francs, désirés, appelés par le clergé des Gaules. Tous les autres barbares, à cette époque, étaient ariens. Clovis, déjà converti, les conduisait, les encourageait, leur montrant d'avance un riche butin au bout de la victoire *.

Vainqueur à Vouglé (près de Poitiers), il envoya son troisième fils, Thierry, pour organiser par des ravages la domination franque. Là, comme ailleurs, le clergé était généralement pour les Francs. Saint Quintien, évêque de Clcrmont, semble leur avoir livré le château. A la mort de Cl vis, Theuderic, roi d'Austrasie, y établit ses guerriers en conquérants. « Je vous conduirai, a^ lit-il dit à ses soldats, dans un pays où vous tDuverez de l'argent autant que vous en pouvez

1. « Il me déplaît, disait-il, que ces ariens possèdent la meilleure partie des Gaules; allons sur eux avec l'aide de Dieu, et chassons-les : soumettons leurs terres à notre pouvoir; nous ferons bien, car elle est très bonne » (An 507.)

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désirer, où vous prendrez en abondance des troupeaux, des esclaves et des vêtements. »

Trahie, accablée, l'Auvergne — par ses grandes familles de Clermont — ne garda pas moins son influence sur les vainqueurs. Le fils de Sidonius, qui avait commandé les Arvernes à Vouglé, devint évêque de Clermont. Son petitfils fut assez puissant pour appeler au pouvoir Childebert, préférant, sans doute, sa domination à celle du barbare roi de Metz. Au ix® siècle, les Arvernes semblent avoir partagé la grande influence que les Aquitains exerçaient sur les Carlovingiens. Même costume, nous dit R. Glaber, mêmes mœurs, mêmes idées.

L'Auvergne est la vallée de l'Allier, dominée à l'ouest par la masse du mont Dore, qui s'élève entre le pic ou puy de Dôme et la masse du Cantal. Yaste incendie éteint, aujourd'hui paré presque partout d'une forte et rude végétation. Le noyer, le châtaignier pivotent sur le basalte, et le blé germe sur la pierre ponce *. Les feux intérieurs ne sont pas tellement assoupis que

1. Au nord de Saml-Flour, la terre est couverte d'une couche épaisse de pierres ponces, et n'en est pas moins très fertile. Elle semble plutôt contribuer à sa fécondité.

certaine vallée ne fume encore, et que les étouffis du mont Dore ne rappellent la Solfatare et la Grotte du Chien. Villes noires, bâties de lave (Clermont, Saint-Flour, etc.). Mais la campagne est belle, soit que vous parcouriez les vastes et solitaires prairies du Cantal et du mont Dore, au bruit monotone des cascades; soit que, de l'île basaltique où repose la dominante Clermont assise parmi la cour majestueuse des montagnes qui se tiennent autour *, vous promeniez vos regards sur la fertile Limagne et sur le puy de Dôme, ce joli dé à coudre de. sept cents toises, voilé, dévoilé tour à tour par les nuages qui l'aiment et qui ne peuvent ni le fuir ni lui rester. C'est qu'en effet l'Auvergne est battue d'un vent éternel et contradictoire, dont les vallées opposées et alternées de ses montagnes animent, irritent les courants. Pays froid sous un ciel déjà méridional, où l'on gèle sur les laves. Aussi, dans les montagnes, la population reste l'hiver presque toujours blottie dans les étables, entou* rée d'une chaude et lourde atmosphère. Chargée, comme les Limousins, de je ne sais combien d'habits épais et pesants, on dirait une race méridionale grelottant au vent du nord, et comme resserrée, durcie, sous ce ciel étranger.

1. Le vrai nom de Clermont, c'est le nom du petit fief des Pascal : Le Bien-Asais.

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Vin grossier, fromage amer comme Therbe rude d'où il vient, qui n'est jamais renouvelée. Ils vendaient, autrefois, leurs laves, leurs pierres ponces, leurs pierreries communes aux Espagnols qui venaient leur acheter. Communs aussi sont leurs fruits. Il faut, aux lieux élevés, tourner la grappe au soleil ou elle ne mûrirait pas. Ici, la culture est une industrie, une manufacture. Ces fruits descendent TAUier par bateaux. On en fait des conserves, des pâtes qu'on envoie jusqu'en Amérique. Le châtaignier, qui vit de la lave, plonge ses racines dans ses noires entrailles. Sur les volcans éteints, il se loge au cratère et jusqu'en leur bouche béante, la pare de sa verte jeunesse. Son fruit est, avec le lait, pendant l'hiver, la principale nourriture des habitants de la montagne.

Plus laborieux qu'industrieux, les paysans d'Auvergne labourent encore souvent les terres fortes et profondes de leurs plaines avec la petite charrue du Midi qui égratigne à peine le sol. Ils ont beau émigrer tous les ans des montagnes, ils rapportent quelque argent, mais peu d'idées.

Et pourtant il y a toujours une force réelle dans les hommes de cette race, une sève amère, acerbe peut-être, mais vivace comme l'herbe du Cantal. L'âge n'y fait rien. Voyez quelle verdeur dans leurs vieillards, les Dulaure, les de Pradt;

et ce Montlosier octogénaire, qui gouverne ses ouvriers et tout ce qui l'entoure, qui plante et qui bâtit, et qui écrirait au besoin un nouveau livre contre le parti-prêtre ou pour la féodalité, ami et en même temps ennemi du moyen âge.

L'Auvergne est mixte de droit et de langue. D'est une France en petit.

Le génie inconséquent et contradictoire que iious remarquions dans d'autres provinces de notre zone moyenne, atteint ici son apogée. Là se trouvent ces grands légistes *, ces logiciens du parti gallican, qui ne surent jamais s'ils étaient pour ou contre le pape : le cbancolior de l'Hôpital; les Arnaud; le sévère Domat, papinien janséniste, qui essaya d'enfermer le droit dans le christianisme; et son ami Pascal, le seul homme du xvn^ siècle qui ait senti la crise religieuse entre Montaigne et Voltaire, âme souffrante où apparaît si merveilleusement le combat du doute et de l'ancienne foi.

Desaix, l'homme du sacrifice et du devoir, un héros et un saint, naquit et fut élevé au pied du puy de Dôme, dans cette bonne Limagne, au

1. Domat, de Clermont; les Laguesle, de Vic-le-Comte; Duprat et Barillon, son secrétaire, d'Issoire; l'Hôpital, d'Aigueperse; Anne Dubourg, de Riom; Pierre Lizel, premier président du Parlement de Paris, au xvi" siècle, les du Vair, sont d'Aurillac; du Cantal, aussi, le moine Gerbert, qui coilTa la tiare après une vie d'aventures.

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petit manoir de Voygoux. Le pays et la race furent forts en lui et il leur dut beaucoup. II appartient vraiment à ce peuple vigoureux, honnête, laborieux entre tous, résigné aux plus rudes travaux. Mais l'Auvergne jamais ne fit un plus grand travailleur. Sa vie est d'une pièce, d'un fil tout aussi net que fut celui de son épé^

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